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dimanche 14 mai 2017

Pourquoi la victoire de Macron n'est pas passée inaperçue

« La victoire de Macron, un enjeu international important »
Si l’élection du nouveau président en France a soulagé bien des capitales dans le monde, les partis protestataires restent très présents en Europe, explique dans sa chronique Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ».
LE MONDE | 11.05.2017 Par Alain Frachon


Le parti communiste chinois est très content du résultat. L’Américain Donald Trump n’a rien compris. Le Russe Vladimir Poutine ne cache pas sa déception. C’est peu de dire que le scrutin présidentiel en France, dimanche 7 mai, a été un événement mondial. L’élection d’Emmanuel Macron n’a laissé aucun des grands de ce monde indifférent. Que s’est-il passé ? L’avenir politique d’une moyenne puissance, la France, près de 67 millions d’habitants, pesait-il cette fois d’un poids particulier ? Pourquoi 3 000 journalistes étrangers à Paris ?
La presse mondiale a répondu : pas par exotisme. Il y avait un enjeu international important. L’affaire dépassait la personnalité inhabituelle des deux impétrants – la chef du parti d’extrême droite Front national (FN), Marine Le Pen, d’un côté ; un ovni sur la scène publique, le jeune Emmanuel Macron (39 ans), centriste assumé, de l’autre. « C’était un référendum sur l’Europe et sur la mondialisation », écrit Pierre Briançon, une des grandes plumes du site américain Politico. Pour la première fois depuis longtemps en Europe, quelqu’un faisait campagne en déployant à tout vent la bannière bleu étoilé de ses convictions européennes.

 « C’était la globalisation contre le nationalisme », poursuit Adam Nossiter du New York Times. Au-delà de la question européenne, l’élection s’inscrivait dans l’une des grandes batailles idéologiques de ce premier tiers de XXIe siècle. « Pourquoi Macron est-il si important pour le monde entier ? », interroge Gideon Rachman, le chef des commentateurs diplomatiques du Financial Times. Réponse : « S’il réussit, les forces du nationalisme et de l’extrémisme politique souffriront une défaite aux quatre coins du globe ; s’il échoue, le populisme, le nationalisme, le protectionnisme resurgiront bientôt. »
Un peu vite, la presse anglo-saxonne avait imaginé une suite logique au vote sur le Brexit (unique thème, l’immigration) et à l’élection de Donald Trump (rejet de l’immigration et de la mondialisation) en 2016. On oubliait volontiers les singularités nationales. La France, disait-on, risquait à son tour de tomber dans l’escarcelle « populiste ». Tourmentée elle aussi par la globalisation des échanges, la révolution technologique permanente, les flux migratoires, le multiculturalisme, tout ce qui fragilise nos sociétés, elle pouvait céder aux illusions du cocktail « trumpiste » : xénophobie, protectionnisme et repli sur soi. C’était d’autant plus grave que l’Union européenne (UE), l’une des toutes premières entités commerciales de la planète, ne survivrait pas à l’élection de Mme Le Pen – pas plus que l’euro, deuxième monnaie de réserve mondiale.

« Une source d’inspiration »
Les plus attachées à la mondialisation, les économies émergentes, surveillaient de près les signaux venus de France. Dans la première d’entre elles, la Chine, les dirigeants, lundi 8 mai, ne cachaient pas leur soulagement. Comment dit-on « ouf » en chinois ? L’éditorial d’un des organes du Parti communiste chinois (PCC ), le Global Times, célèbre l’avènement du président Macron. Après le traumatisme du Brexit, cette élection, qui manifeste un refus de la tentation protectionniste, « va stabiliser l’UE ». L’éditorialiste exulte : « Pour beaucoup, la victoire de M. Macron sera accueillie comme la manifestation que la France peut encore être une source d’inspiration pour le monde entier ; bien plus tard, quand on regardera ces événements avec du recul, on pourrait bien se dire que la France a fait, ce jour-là, un choix crucial pour la civilisation. »

On n’est pas aussi lyrique à Moscou. Volontiers critique d’une globalisation qu’il perçoit comme menaçante pour le monde blanc chrétien, pour « l’âme russe » ou l’identité profonde de son pays, Vladimir Poutine est l’un des perdants du 7 mai français. En grande pompe, il avait adoubé Mme Le Pen au Kremlin : le nationalisme en congratulant un autre. Les médias russes n’ont eu de cesse de véhiculer toutes les fausses rumeurs, calomnies et autres ignominies véhiculées sur les réseaux sociaux à l’encontre d’Emmanuel Macron. Enfin, un lourd soupçon pèse sur les habituels pirates russes dans le vol puis la diffusion des mails de l’équipe de campagne du mouvement En marche !.

Comme par hasard, ce sont des sites de l’extrême droite américaine qui, les premiers, ont relayé les données du MacronLeaks. Parmi eux, on retrouve des familiers d’une nébuleuse dont Stephen Bannon, l’un des principaux conseillers de Donald Trump, est, ou en tout cas a été, proche. Elle pourfend la mondialisation, elle défend l’idée d’un monde blanc assailli par la Chine et les musulmans. Si les options de son gouvernement sont aujourd’hui bien différentes, plus réalistes, Trump n’en a pas moins fait campagne sur des thèmes très proches. Le 21 avril, le président américain n’a d’ailleurs pas caché une forme d’admiration, sinon sa préférence, pour Mme Le Pen – c’était une manière de soutien.

Défaite des anti-européens en Autriche, aux Pays Bas, en France maintenant. Doit-on conclure à un reflux de la vague protestataire née des fractures sociales et culturelles provoquées par la mondialisation ? L’insurrection électorale contre « les élites » se serait brisée aux portes de l’Hexagone ? Faux. Mme Le Pen réalise un score « énorme », comme dirait M. Trump. En moyenne dans les pays européens, le mouvement protestataire – de droite ou de gauche – rallie de 15 % à 20 % des élus nationaux. Les partis qui l’incarnent sont devenus la deuxième ou la troisième force dans leurs pays respectifs. Ils redessinent la carte politique du Vieux Continent.
Emmanuel Macron ne s’est pas trompé sur le sens de son élection : il lui revient de répondre à cette « colère » et de diminuer d’autant le vote protestataire en France. Cette ambition dépasse les frontières de la France.



lundi 8 mai 2017

L'exemple d'Hénin-Beaumont pour expliquer les résultats au niveau national

J'ai pris l'exemple des résultats des élections présidentielles à Hénin-Beaumont pour en tirer des conclusions qui me semblent valables pour la France entière.
En effet, j'estime que le score de MLP en France (34% environ) est au-dessus de ce que MLP représente réellement !
1- Démonstration avec les scores réalisés à Hénin :
Au premier tour, le 23 avril, elle avait réalisé 46,5%, inférieur au 50,25 % du premier tour aux municipales de 2014, au 55,04% des départementales de 2014 (premier tour) et des 59,36% du premier tour des régionales, il y a 16 mois. Sans parler des 53,49 (avec 21 listes en présence !) des européennes de 2014... 
Bien sûr, quand j'ai affirmé que le FN était en régression par rapport aux scrutins précédents, on m'a mis en avant des arguments classiques, mais insuffisants pour expliquer la baisse soudaine sur HB : "on ne peut pas comparer les élections" ou encore : "en nombre de voix, le FN progresse"... 

Après le second tour, je maintiens mon constat avec un raisonnement différent. Le FN a réalisé, à Hénin, 61,56%. En réalité, ce pourcentage est largement surestimé !
En effet, comme partout en France, l'abstention, en augmentation entre les 2 tours, ainsi que le nombre de bulletins blancs et nuls supérieur à celui du premier tour, provient, en très grande partie de la "La France insoumise" (JL Mélenchon). Certes, des partisans de Fillon ou d'autres formations ont pu également s'abstenir ou voter blanc ou nul, mais je considère que c'est à la marge...
Si j'affecte les 1321 personnes ayant ainsi manifesté leur mécontentement et qui auraient pu voter Macron (et pas Le Pen, puisqu'ils s'opposaient, on le sait, à la candidate frontiste), on obtient les résultats finaux suivants : 
- Le Pen : 55,61%
- Macron : 44,38%
Alors, bien sûr, je le répète, cela tient compte d'un vote théorique de "mélenchonistes" vers Macron. Cela confirme, d'ailleurs, que ceux qui avaient décidé de ne voter ni EM, ni MLP, avantageaient, en fait, cette dernière. Mais ce résultat "rectifié" prouve bien, encore une fois, que le FN est en perte de vitesse. Par comparaison avec les résultats de second tour des scrutins précédents, là où il y eut un second tour : 60,34 aux régionales, 61,78% aux départementales, on le vérifie aisément... 

2- Au niveau national, l'augmentation des abstentions et des blancs et nuls est encore plus forte ! 
Ainsi, l'abstention a crû entre les 2 tours de 3,5% (HB : +1,28%), les blancs et nuls de 9,5% ! estimés (+4,8% à HB), soit 4 091 000 électeurs qui ne se sont pas exprimés le 7 mai alors qu'ils l'avaient fait le 23 avril. Si ces déçus (en majorité des "Insoumis") avaient voté Macron, ce dernier aurait obtenu 69,96% des suffrages exprimés et, donc, MLP 30,04%. Encore une fois, il ne s'agit ici que de montrer que le résultat de MLP est moins élevé qu'il ne paraît à première vue. Certes, elle a obtenu 10,6 millions de voix, mais Macron aurait eu, dans notre hypothèse, 24,8 millions de suffrages.

En conclusion, MLP pèse moins que ce que le total de ses voix indique, même si 10 600 000 électeurs, c'est beaucoup et même beaucoup trop !

dimanche 7 mai 2017

Présidentielle

Victoire très nette d'EM ou défaite très large de MLP ? Bien sûr, l'une ne va pas sans l'autre, mais je suis, comme beaucoup de Français, satisfait de l'échec (relatif, puisque la candidate d'extrême-droite a quand même obtenu près de 11 millions de voix) du FN. Je souhaiterais, ce soir, évoquer quelques remarques qui seront précisées dans les jours prochains.

- Le nouveau Président, pour pouvoir gouverner, aura comme objectif de constituer une majorité parlementaire, lors des prochaines législatives. Or ni la droite et ni la gauche ne sont en mesure de constituer une majorité. Alors accords de gouvernement ou cohabitation?
- Les démocrates seront contents d'apprendre que MLP, une fois son immunité parlementaire levée, devra répondre de sa responsabilité dans les différentes mises en cause dont elle est l'objet. Il en sera de même pour F. Fillon. 
- L'avenir de MLP, comme je l'ai, depuis longtemps, annoncé, est en jeu. Non seulement pour les raisons judiciaires évoquées, mais parce que sa ligne politique de dédiabolisation et de banalisation a échoué. Après les législatives, il est à prévoir des remous au FN...
- Pour revenir à la victoire d'E. Macron, et quelles que soient les préférences des uns et des autres, il y a, devant nous, une lueur que les choses changent : l'arrivée de nouveaux élus, l'éclatement des partis traditionnels, l'espoir en l'avenir qu'un jeune président puisse donner à la jeunesse, l'envie d'Europe...
- Enfin, je suis particulièrement satisfait que la France ait pu démontrer au monde entier qu'elle était très majoritairement contre les idées désastreuses portées par l'extrême-droite. On nous regardait anxieusement et nous avons pu démontrer que la France des Lumières était toujours debout !

vendredi 5 mai 2017

Faux, exagéré, trompeur... Les propos de MLP passés au crible (seconde partie)

Dix-neuf intox de Marine Le Pen dans son débat avec Emmanuel Macron (suite et fin)

Les deux candidats se sont affrontés, mercredi, lors d’un débat d’entre-deux-tours très virulent, ponctué par plusieurs fausses affirmations.
LE MONDE | 03.05.2017 à 22h37 • Mis à jour le 04.05.2017 à 15h17 | Par Les Décodeurs

·         Le gouvernement socialiste n’a-t-il vraiment rien fait pour les PME ?
« Vous n’avez pas baissé les charges des PME. »
FAUX

Depuis 2013, diverses cotisations sociales ont été réduites par le gouvernement socialiste sur l’ensemble des 3 millions d’entreprises françaises (parmi lesquelles on ne compte que 205 grands groupes).
L’allègement des cotisations sociales patronales prévues par le pacte de responsabilité et le CICE (cotisations sociales et familiales) concerne aujourd’hui 90 % des salariés. La contribution sociale de solidarité des sociétés (C3S), un impôt sur les entreprises dont le chiffre d’affaires était supérieur à 200 000 euros, est progressivement supprimée depuis 2015, en commençant par les TPE-PME. En outre, depuis janvier 2016 jusqu’en juin 2017, les entreprises de moins de 250 salariés ont bénéficié d’une prime à l’embauche de 4000 euros sur deux ans, pour toute embauche d’un nouveau salarié en CDI. la baisse de l’impôt sur les sociétés à 28 % qui sera étendue à toutes les entreprises en 2020 bénéficiera d’abord en 2017 au PME.


Retraites, GPA, fichés S… Des intox sur les thèmes de société
·         Marine Le Pen nie avoir promis la retraite à 60 ans « sous deux mois »
AMNÉSIE
Marine Le Pen s’est engagée au cours du débat sur le retour à la retraite à 60 ans d’ici à la fin de son quinquennat si elle est élue. Emmanuel Macron lui a fait remarquer qu’auparavant, elle parlait d’un délai « dans les deux mois ; ça a changé », ce que l’intéressée a nié.
Et pourtant, dans une vidéo publiée sur le site du FN le 11 avril, Marine Le Pen inscrivait bien la proposition dans les dix premières mesures de son quinquennat, « dans les deux premiers mois de [son] mandat ». Elle a donc bien largement revu à la baisse sa promesse.

·         GPA : Marine Le Pen reprend les intox de La Manif pour tous
« Vous êtes en train de créer des filières de GPA à l’étranger. »
FAUX

Marine Le Pen a déformé la vérité sur ce sujet en usant des arguments de La Manif pour tous. La gestation pour autrui (GPA) est interdite en France et Emmanuel Macron ne veut rien changer à ce fait.
La question qui se pose est celle du devenir des enfants nés de GPA à l’étranger, et donc adoptés ensuite par des parents français. Jusqu’en 2015, la citoyenneté de ces enfants était reconnue ou non selon les tribunaux. Une circulaire de l’ancienne garde des sceaux, Christiane Taubira, a cherché à harmoniser ces décisions en se conformant à celle de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a tranché la question au niveau européen.
C’est cette reconnaissance de la citoyenneté des enfants nés de GPA à l’étranger que M. Macron acte dans son programme. De fait, la France n’a que peu de choix, puisqu’il s’agit là d’une jurisprudence européenne à laquelle elle doit se conformer.
L’argument de La Manif pour tous vise à dire qu’en se conformant à cette décision la France reconnaît de fait la GPA à l’étranger. Ce qui est faux : elle donne la citoyenneté française aux enfants nés d’une GPA à l’étranger.

·         La retraite à points de Macron était-elle aussi proposée par Fillon ?
« La retraite à points on la trouvait aussi chez M. Fillon. »
FAUX

Non seulement François Fillon ne proposait pas la retraite par points, contrairement à Emmanuel Macron, mais il proposait de surcroît un recul de l’âge légal départ à la retraite (ce que ne propose pas Emmanuel Macron). L’ex-premier ministre qualifiait même en mars « d’illusion » la retraite par points du fondateur d’En marche !.

·         L’aide médicale d’Etat, meilleure que la couverture maladie des Français ?
« Il y a des moyens pour financer (…) l’aide médicale d’Etat aux clandestins, qui permet de prendre en charge des soins et de les rembourser bien mieux qu'on ne rembourse aux Français en situation difficile. »
FAUX

L’aide médicale d’Etat (AME), qui finance notamment les soins aux immigrés sans statut, a représenté en 2015 un coût de 775 millions à un milliard d’euros. Mais il est complètement abusif de présenter la couverture accordée au titre de l’AME comme supérieure à celle dont bénéficient les Français.
Tout Français a le droit à la prise en charge de ses frais de santé grâce à la protection universelle maladie (PUMA). Pour les plus défavorisés, la part complémentaire des soins est également prise en charge par la CMU-C (environ 5,2 millions de Français en bénéficiaient en 2015).
L’AME offre un panier de soins réduit en comparaison et a concerné entre 250 000 et 280 000 personnes par an ces dernières années. Les inspections générales des finances et des affaires sociales rappelaient en 2007 dans un rapport que l’AME « ne couvre pas de soins de “confort” ». Il est donc faux d’affirmer que l’AME se ferait au détriment des soins des Français.

·         Une proposition toujours inapplicable sur les fichés « S »

« Il faut que l’on expulse tout de suite les fichés S étrangers sur notre territoire. Tous ceux qui ont un lien avec le fondamentalisme islamiste, dehors ! »
INAPPLICABLE

Marine Le Pen laisse entendre qu’il serait possible d’expulser de manière systématique des étrangers soupçonnés d’appartenir de près ou de loin à la mouvance djihadiste. Or, la décision d’expulsion ne peut se faire qu’en fonction d’une appréciation individuelle de la menace.
La candidate a de nouveau mentionné sa proposition d’expulser tous les fichés « S » étrangers. La loi permet tout à fait d’expulser un étranger qui représente « une menace grave ou très grave pour l’ordre public ». La décision peut être prise par le préfet ou, dans certains cas, le ministre de l’intérieur. Sauf « urgence absolue », la procédure demande de convoquer la personne concernée devant une commission avant de prendre une décision. Convocation qui doit être notifiée au moins quinze jours à l’avance.
Il n’est pas nécessaire que la personne visée ait été condamnée, mais le danger doit être jugé « actuel » et « proportionnel » à la décision d’éloignement. Le cas des fichés « S » regroupe des situations bien trop vagues et diverses pour légitimer des expulsions systématiques. La fiche « S » est un outil de surveillance, pas d’appréciation du niveau de dangerosité d’un individu.

·         La double peine a-t-elle été supprimée ?
« La double peine, ça a été supprimé il y a quelques années. On est aujourd'hui obligés d'accepter sur notre territoire et de subvenir aux besoins de ceux qui sortent de prison et qui sont de nationalité étrangère. »
FAUX

Ce que l’on appelle la « double peine » est le système consistant à renvoyer dans leur pays d’origine, à l’issue de leur peine de prison, les étrangers condamnés en France.
Ce principe qui existe depuis 1945 a été critiqué par Nicolas Sarkozy avant 2007, qui avait promis d’y mettre un terme. Mais contrairement à ce qu’affirme Marine Le Pen, la « double peine » n’a jamais été supprimée. La loi a simplement prévu davantage d’exceptions.

·         Macron sans programme ?
« Le lendemain de l’attentat [sur les Champs-Elysées], vous avez dit : “Je ne vais pas inventer un programme dans la nuit contre le terrorisme.” Vous vous présentez sans programme constitué. »
FAUX

Marine Le Pen a tancé Emmanuel Macron au sujet de la lutte contre le terrorisme. Certes, le fondateur d’En marche ! a déclaré le lendemain sur RTL : « Moi je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme dans la nuit. »
Mais la candidate du FN tombe dans l’outrance en affirmant qu’il n’avait pas de programme de lutte contre le terrorisme – il a de fait plusieurs propositions dans ce domaine. Les propos de son rival auquel elle a fait allusion visaient au contraire à affirmer qu’il ne comptait pas le modifier au gré de l’actualité :
« Ça, c’est de l’irresponsabilité, ce que veulent ceux qui nous assaillent, c’est la panique, que nous changions chaque jour de proposition et de programme au gré des circonstances, c’est que nous nous divisions, qu’on arrête la campagne présidentielle. »

·         Une citation tronquée de François Hollande
« Comme vous êtes socialiste, vous allez nous dire : “Ça ne coûte rien, c’est l’Etat qui paie” ! »
TROMPEUR

Marine Le Pen fait ici allusion à une citation déformée de François Hollande au cours d’une interview sur TF1 en 2014. Gilles Bouleau interrogeait le chef de l’Etat sur le coût des emplois d’avenir pour les collectivités locales. Voici l’échange en question :
François Hollande : « Il y a des collectivités locales qui ne veulent pas se lancer de peur d’avoir à pérenniser ces emplois. (…) Les collectivités locales ont certaines difficultés financières, aussi. »
Gilles Bouleau : « Et parce que ça coûte très cher. »
François Hollande : « Non, c’est l’Etat qui paie. Donc en l’occurrence non, ça ne coûte pas cher aux collectivités locales, puisque c’est l’Etat qui paie. » (…)
Gilles Bouleau : « L’Etat ce sont les contribuables. De Marseille par exemple… »
François Hollande : « Oui, mais ce n’est pas la collectivité marseillaise, ou le département ou la région, mais je vais y revenir. C’est l’Etat qui fait l’effort. »
Cette citation a ensuite été déformée par certains, qui ont voulu faire dire à François Hollande : « Ça ne coûte rien, c’est l’Etat qui paie. » Or, le président disait simplement que ce n’était pas aux collectivités de payer, mais à l’Etat. Mais il parlait bien d’un effort pour le budget de l’Etat.

·         La loi El Khomri favorise-t-elle le communautarisme ?
« Avec la loi El Khomri, vous interdisez aux chefs d’entreprise de pouvoir éviter les revendications communautaristes et les exigences religieuses au sein de l’entreprise. »
FAUX

Marine Le Pen reprend ici une intox déjà mise en avant par Jean-François Copé en 2016. Pourtant, la loi El Khomri n’a pas fait évoluer la doctrine sur les libertés religieuses en entreprise. Elle prévoit que « le règlement intérieur peut contenir des dispositions inscrivant le principe de neutralité et restreignant la manifestation des convictions des salariés si ces restrictions sont justifiées par l’exercice d’autres libertés et droits fondamentaux ou par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise et si elles sont proportionnées au but recherché. »
Une mention qui ne change rien au droit des salariés, puisque la liberté religieuse est déjà consacrée par deux textes fondamentaux :
·         à l’échelle européenne par l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH) ;

·         à l’échelle nationale par l’article L. 1121-1 du code du travail, qui interdit les « restrictions aux libertés individuelles », et l’article L. 1321-3, qui n’autorise pas les « restrictions qui ne seraient pas justifiées par la nature de la tâche à accomplir ni proportionnées au but recherché ».

Faux, exagéré, trompeur... Les propos de MLP passés au crible (1ère partie)

Le Monde a, pendant le débat retransmis sur son site, examiné les assertions de MLP ("fast checking") et a, en direct, fait part à ses lecteurs, du vrai, du faux et de l'a-peu- près de ce que disait la candidate FN (ce fast-checking sera, dans l'avenir, la règle pour établir, en direct, aux yeux des téléspectateurs, l'exactitude ou la fausseté de ce qui est dit). Le même procédé a été utilisé pour E. Macron, mais les résultats sont largement moins spectaculaires que pour Le Pen... 
Je publierai la seconde partie de cet article ce soir...

Dix-neuf intox de Marine Le Pen dans son débat avec Emmanuel Macron
Les deux candidats se sont affrontés, mercredi, lors d’un débat d’entre-deux-tours très virulent, ponctué par plusieurs fausses affirmations.
LE MONDE | 03.05.2017 à 22h37 • Mis à jour le 04.05.2017 à 15h17 | Par Les Décodeurs

Le traditionnel débat entre les deux finalistes de l’élection présidentielle a viré, mercredi 3 mai, à l’échange d’invectives et à la confusion. Mais il apparaît clairement que si Emmanuel Macron n’a pas toujours été dans le respect total des faits, sa rivale, Marine Le Pen, a proféré de nombreuses approximations et des contre-vérités.
Une stratégie qui a semblé délibérée, pour empêcher un débat de fond en forçant M. Macron à répondre à des attaques souvent mensongères, et qui n’était pas sans rappeler celles de Donald Trump durant la campagne américaine. Nous avons vérifié dix-neuf cas.
1.  Brexit, UE… Des intox sur l’Europe
2.  SFR, Chantiers de l’Atlantique… Des intox sur l’économie
3.  Retraites, GPA, fichés S… Des intox sur les thèmes de société

Brexit, UE… Des intox sur l’Europe

·         L’économie britannique va-t-elle mieux depuis le vote sur le Brexit ?
« L’économie britannique ne s’est jamais aussi bien portée que depuis que les Britanniques ont décidé de reprendre leur liberté. »
C'EST TROMPEUR

L’affirmation de Marine Le Pen sur la bonne santé de l’économie du Royaume-Uni tente de rassurer les Français sur les conséquences d’une éventuelle sortie de l’Union européenne (UE) de la France ; elle est trompeuse. L’économie britannique a certes enregistré une croissance de 2 % du produit intérieur brut (PIB) en 2016. Mais cela n’a rien à voir avec le Brexit. Le référendum a eu lieu en juin 2016 et l’article 50 sur la sortie de l’UE, qui a enclenché les négociations entre Londres et les Européens, n’a été officiellement activé que le 29 mars.
Surtout, les premières conséquences économiques du vote pour sortir de l’Union européenne commencent à se faire sentir, l’inflation affectant les dépenses des Britanniques et pesant sur l’activité.
Au premier trimestre, la croissance britannique a enregistré un net ralentissement. Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,3 %, contre 0,7 % au quatrième trimestre 2016, selon les données du Bureau national des statistiques, publiées vendredi 28 avril.

·         La contribution de la France à l’Union européenne, 6 ou 9 milliards d’euros ?
« Votre Union européenne, c'est 9 milliards d’euros par an. »
FAUX

La candidate du Front national fait allusion à une participation française au budget de l’UE s’élevant à 9 milliards d’euros. Mais selon les chiffres du Parlement européen, la contribution nette de Paris au budget de l’UE est de 4,5 milliards d’euros pour l’année 2015. Un autre mode de calcul ajoute à ce chiffre des ressources propres traditionnelles (droits de douane, cotisations sur le sucre, etc.) qui sont directement versées à l’UE, et qui représentaient 1,6 milliard en 2015, selon le projet de loi de finances pour 2017. En suivant ce calcul, on passe donc à 6,1 milliards d’euros, et toujours pas à 9 milliards.
Au-delà des chiffres, l’affirmation de Marine Le Pen est surtout pour le moins réductrice. Elle ne compte pas tous les avantages et inconvénients indirects liés au fait d’appartenir à l’UE, notamment l’accès au marché commun. On ne peut donc résumer la situation par la contribution nette des Etats au budget européen.

·         L’euro ne circulait pas avant 1999
« De 1993 à 2002, toutes les grandes entreprises françaises pouvaient payer en euros »
FAUX

Marine Le Pen a déclaré que « de 1993 à 2002, toutes les grandes entreprises françaises pouvaient payer en euros ». Une affirmation utilisée pour défendre son idée de revenir au franc tout en conservant la devise européenne comme monnaie commune, mais pas unique. C’est faux.
Certes, l’euro a d’abord été introduit sous sa forme immatérielle avant de circuler sous sa forme fiduciaire. Mais c’était le 1er janvier 1999, et non en 1993. La monnaie commune n’a en réalité existé que de 1999 à 2002, pendant la transition des monnaies nationales à l’euro, avec des taux de change fixes de celles-ci vers la nouvelle monnaie.
Marine Le Pen fait également référence à l’écu, qui a existé en Europe de 1979 à 1998. Mais il ne s’agissait pas d’une monnaie commune, seulement d’un « panier » de toutes les monnaies européennes qui servait d’outil bancaire. Les banques centrales échangeaient entre elles dans cette unité de compte, plus stable que les monnaies nationales, mais les acteurs privés n’ont quasiment pas échangé en écus, contrairement à ce qu’affirme la candidate. L’écu ne remplaçait pas les monnaies nationales dans les échanges internationaux, alors qu’une euromonnaie commune s’y substituerait.

·         L’euro a-t-il provoqué une augmentation des prix ?
« L’euro a eu des conséquences très lourdes sur le pouvoir d’achat des Français. Sa mise en place a entraîné une augmentation spectaculaire des prix. »
FAUX

Calculé par l’Insee, l’indice des prix à la consommation a augmenté régulièrement depuis le début des années 2000. Mais lorsque l’on scrute la courbe sur une plus longue période, depuis 1990, on s’aperçoit qu’elle est presque linéaire et que l’entrée en vigueur de l’euro ne constitue pas une rupture.
Certains produits ont pu augmenter au cours de la période, notamment du fait des arrondis. Et surtout, la consommation a changé. Ainsi, les téléphones mobiles n’étaient pas un budget dans les années 1990. Mais il est faux d’affirmer comme le fait Mme Le Pen que, au niveau global, l’euro aurait fait exploser les prix à la consommation.

·         L’épargne des Français en danger avec l’union bancaire ?
« L’épargne des Français est en danger [à cause de] la loi sur l’union bancaire. »
TROMPEUR

L’union bancaire, mécanisme mis en place au niveau européen en 2014 pour éviter les faillites de banques, prévoit bien la possibilité d’une ponction des dépôts des clients pour contribuer au sauvetage des établissements en cas de risque de crise. Mais il existe une garantie de dépôt jusqu’à 100 000 euros. Seuls les épargnants qui possèdent des sommes au-delà de ce montant seraient menacés.
Si une banque se trouve en situation de risque de faillite, les pertes devront d’abord être payées par les actionnaires, puis par les créanciers, et éventuellement par les gros déposants, au-delà de 100 000 euros, montant qui sécurise de fait la quasi-totalité des épargnants français. Il faudrait donc au contraire dire que l’union bancaire les protège.


SFR, Chantiers de l’Atlantique… Des intox sur l’économie

·         Macron était-il ministre de l’économie lors de la vente de SFR ?
« Vous étiez ministre quand vous avez vendu SFR à votre ami M. Drahi. »
C'EST PLUS COMPLIQUÉ

« Je n’étais pas ministre quand SFR a été vendu », a affirmé Emmanuel Macron. Point contesté par Marine Le Pen : « Evidemment vous étiez ministre. » La candidate a même accusé son rival d’avoir déjà menti à ce sujet devant « des millions de Français ».
La vente de SFR par Vivendi à Numericable a été actée en avril 2014 ; Arnaud Montebourg était ministre de l’économie, alors qu’Emmanuel Macron était conseiller à l’Elysée. L’opération s’est officiellement conclue en novembre 2014, trois mois après l’arrivée à Bercy de M. Macron – qui s’est par ailleurs opposé publiquement par la suite au rachat de Bouygues par SFR-Numericable.

·         STX, « vendu aux Italiens » ?
« Vous avez vendu les Chantiers de l'Atlantique aux Italiens. »
FAUX

Le dossier STX est complexe. L’ancien propriétaire des Chantiers de l’Atlantique était le groupe sud-coréen STX, qui a été placé en redressement judiciaire en 2016. Tout comme STX Offshore and Shipbuilding, STX France a été officiellement mis en vente par la justice sud-coréenne cette même année.
Une seule offre de reprise du chantier naval STX de Saint-Nazaire – détenu pour un tiers par l’Etat français – ayant été soumise au tribunal sud-coréen fin 2016 et en avril 2017, le gouvernement a annoncé avoir donné son accord de principe à la reprise de ces chantiers par l’opérateur italien Fincantieri.
Il est donc faux de dire que c’est l’Etat qui aurait « vendu » les chantiers aux Italiens comme l’affirme Marine Le Pen : ce groupe privé a été racheté, en Corée du Sud, par un autre groupe. On peut cependant reconnaître que l’Etat français, qui avait tenté d’inciter des sociétés tricolores à racheter les chantiers, y a échoué. Enfin, Emmanuel Macron n’était plus ministre au moment de cette vente.

·         Combien de travailleurs détachés en France ?
« Vous avez refusé de supprimer la directive de détachement des travailleurs. 300 000 à 500 000 emplois ne sont pas accessibles aujourd'hui à nos compatriotes français, car ils sont remplis par des travailleurs détachés. »
FAUX

Si la France est l’un des pays de l’UE qui accueille le plus de travailleurs détachés étrangers, leur nombre officiel est presque deux fois inférieur à celui qu’avance Marine Le Pen – jusqu’à 500 000 selon elle. Il s’élevait à 285 025 en 2015, selon la Commission nationale de lutte contre le travail illégal (CNLTI). Chiffre auquel on peut ajouter les salariés « low cost » n’ayant pas fait l’objet de déclaration, pour lequel on ne dispose pas d’étude récente. Un rapport du Sénat l’estime de 220 000 à 300 000 pour l’année 2011.
Surtout, il est trompeur de parler au sujet des travailleurs détachés d’emplois qui pourraient être récupérés. Le détachement concerne « une période limitée », comme le définit la directive. Limite fixée à vingt-quatre mois dans le cas français, mais qui est souvent bien inférieure. Pour l’année 2014, la CNLTI estimait le volume total d’emploi du travail détaché à 9,7 millions de jours, pour 230 000 salariés concernés. Soit environ quarante-deux jours d’emploi par travailleur détaché en moyenne. Ce qui ne correspond donc pas à 500 000 emplois équivalent temps plein, comme le suggère la candidate du FN, mais à 42 000, selon l’estimation du ministère du travail. Soit douze fois moins.

·         A qui le CICE a-t-il bénéficié ?
« Le CICE, vous l’avez donné en priorité aux grands groupes. »
EXAGÉRÉ

Le crédit d’impôt compétitivité emploi, mieux connu sous son sigle (CICE), est une mesure associée à un « tournant libéral » de François Hollande : le chef de l’Etat sortant a mis en place, en 2013, ce crédit d’impôt (de 4 % puis 6 %) pour les entreprises employant des salariés.
Selon un rapport du ministère de l’économie publié en janvier 2016, l’Etat avait versé – à cette date – 18,6 milliards d’euros de CICE aux entreprises qui en avaient fait la demande. Le dispositif bénéficiait d’abord aux « très petites entreprises » (TPE) et aux « petites et moyennes entreprises » (PME), qui représentaient 48 % des crédits enregistrés sur 2013 et 2014. Suivaient ensuite les grandes entreprises (30 %) et les entreprises de taille intermédiaire (22 %).
De surcroît, le seul rapport du comité de suivi du CICE publié à ce jour soulignait que 78 % de la masse salariale des TPE/PME était éligible au CICE (donc concerné par la baisse des charges), contre 56 % dans les entreprises de plus de 2 000 salariés.

A suivre