dimanche 26 avril 2015

Y a-t-il des leçons du passé ?

"Hitler n'aurait pu prendre le pouvoir sans la complicité d'élites bourgeoises" L'Obs  28/7/2013

Pour l'historien britannique Ian Kershaw, c'est la complaisance d'élites bourgeoises convaincues, à tort, de pouvoir les manipuler qui a permis aux nazis de prendre le pouvoir en 1933. Un calcul fou.


A 70 ans, le britannique sir Ian Kershaw est considéré comme l'un des meilleurs historiens de Hitler. En 1999, il a publié une biographie en deux volumes du maître du IIIe Reich qui a connu un grand succès international (la traduction française est parue chez Flammarion). Son dernier livre consacré à Hitler s'intitule "la Fin" (il a été publié en 2012 au Seuil). Il a été anobli par la reine d'Angleterre en 2002.

Une question obsède l'Allemagne et l'Europe depuis quatre-vingts ans : comment un peintre raté, sans fortune ni éducation, un marginal désaxé, incapable d'entretenir une relation humaine stable, a-t-il pu prendre le pouvoir dans l'un des Etats les plus avancés du monde ? Sans la complaisance puis la complicité d'une partie de l'élite allemande, écrivez-vous dans votre monumentale biographie de Hitler, rien n'aurait été possible. Pourquoi ?
- A plusieurs étapes cruciales de son ascension, Hitler a bénéficié de protections en haut lieu. Cela n'explique pas tout, évidemment. L'humiliante défaite de 1918, l'hyper-inflation de 1923, la grande crise économique de 1930, le rejet de la République de Weimar, les talents d'orateur de Hitler et bien d'autres facteurs ont concouru à cette prise du pouvoir. Mais celle-ci n'était pas inéluctable. De 1919, quand tout a commencé, à 1933, nombre de responsables politiques, judiciaires ou militaires auraient pu stopper la carrière du futur dictateur. Mais la plupart n'ont même pas essayé. Pis, beaucoup l'ont favorisée pensant qu'ils pourraient en tirer profit.

Vous dites qu'il aurait pu être stoppé dès 1919...
- Oui. Hitler ne serait sans doute jamais apparu sur la scène politique allemande, si, en mai 1919, un officier allemand ne s'était pas intéressé à lui. Le capitaine Karl Mayr commandait la section de renseignement de l'armée bavaroise. Après l'écrasement de la « République des Conseils », ce pouvoir révolutionnaire qui, pendant quelques semaines, a tenté d'instaurer une dictature communiste à Munich, Mayr fut chargé de recruter des agents sûrs. Leur mission : "rééduquer" les soldats dans une ligne antibolchevique et nationaliste. Le caporal "Hittler [sic] Adolf" figure sur la liste des premières recrues.

Comment se retrouve-t-il là ?
- Mayr l'a sans doute repéré parce que Hitler fait alors partie d'une commission qui enquête sur le comportement de ses camarades durant le gouvernement révolutionnaire. Et, juste avant, il a été élu représentant adjoint de son régiment. C'est donc une figure de la caserne.

Quel a été son rôle pendant l'éphémère République des Conseils ?
- L'épisode est mal éclairci. Il est resté dans l'armée régulière et n'a donc pas combattu par les armes le pouvoir communiste. Certains supposent qu'il a été choisi comme délégué adjoint pour représenter ses camarades opposés à la révolution. Quoi qu'il en soit, l'important pour Hitler, qui n'avait ni métier ni perspective, et tout juste 30 ans, c'était de pouvoir demeurer dans l'institution militaire. A propos de sa première rencontre avec le futur chef du IIIe Reich, le capitaine Mayr écrira : "On aurait dit un chien perdu fatigué en quête de maître prêt à suivre quiconque lui témoignerait quelque bonté..."

Qu'est-ce que Mayr va faire faire à Hitler ?
- Hitler est d'abord envoyé pendant une semaine à l'université de Munich suivre les premiers "cours d'instruction antibolchevique". Il s'initie notamment à la finance internationale auprès d'un certain Gottfried Feder, un "économiste" qui prétendait distinguer le capital "productif" du capital "rapace", qu'il associait aux juifs. Feder deviendra l'"expert" économique du jeune parti nazi. Mayr dépêche ensuite Hitler dans une caserne comme instructeur politique auprès d'anciens prisonniers de guerre jugés peu fiables. Là, tous - Hitler le premier - découvrent les talents d'orateur hors du commun du caporal. "C'est un tribun-né qui, par son fanatisme et son style populiste, captive l'attention et oblige à penser comme lui", est-il écrit dans un rapport militaire. Il attire aussi l'attention par son antisémitisme particulièrement virulent. A un auditeur de sa conférence qui voulait des détails sur la "question juive", il plaidera, dans une lettre du 16 septembre 1919, pour l'"éloignement de tous les juifs". C'est le premier texte connu de Hitler sur ce thème qui sera au cœur de sa pensée politique jusqu'à la fin.

Cet antisémitisme extrêmement virulent ne gêne-t-il pas son mentor militaire, le capitaine Mayr ?
- Pas le moins du monde. Il fait même de Hitler son bras droit et, toujours en septembre 1919, il lui demande de surveiller les activités d'un groupe ultranationaliste comme il en existe des dizaines à l'époque, le Parti ouvrier allemand. En fait, Mayr assurera plus tard qu'il avait demandé à Hitler de faciliter en sous-main, grâce à des fonds secrets gouvernementaux, l'essor de ce mouvement qui deviendra le Parti national-socialiste. En tout cas, c'est comme infiltré de l'armée que Hitler prend sa carte du futur parti nazi. Il continuera d'émarger à la section de renseignement pendant six mois, jusqu'en mars 1920, le temps de s'imposer comme l'orateur vedette du parti dans les brasseries munichoises. Le capitaine Mayr fut donc, dans l'ombre, l'un des « accoucheurs » de la carrière politique de Hitler.

Mais, selon vous, Hitler serait resté un "vulgaire agitateur de brasserie" s'il n'avait, au début des années 1920, bénéficié d'autres puissants soutiens en Bavière.
- A l'évidence. Plusieurs personnalités de la grande bourgeoisie l'ont aidé à faire son entrée dans les salons respectables de la capitale bavaroise, en particulier le poète Dietrich Eckart, qui publiait un hebdomadaire violemment antisémite et possédait une fortune. C'est grâce à lui, et à un certain Lüdecke, playboy et "homme du monde", que Hitler pénètre dans des milieux où, normalement, il n'aurait pas été admis. Son style rugueux, son chapeau mou et sa cravache surprennent mais font merveille. Au nombre de ces riches convertis de la première heure, on trouve un diplômé de Harvard, rejeton d'une grande famille de marchand de tableaux, un éditeur en vue ou un célèbre fabricant de pianos - des mécènes qui feront les fins de mois du parti pendant plusieurs années.

Ernst Röhm, le futur tout-puissant patron des SA, joue aussi un rôle crucial durant ces premières années...
- Oui, on peut même dire qu'après Mayr et Eckart il est le troisième "accoucheur" de la carrière de Hitler. En 1919, quand il adhère au futur parti nazi, cet ancien officier est une figure centrale des groupes paramilitaires ultranationalistes qui pullulent alors en Bavière. Grâce à lui, Hitler réussira en quelques années à fédérer ces forces éparpillées sous sa bannière, ce qui lui donnera une puissance formidable. Röhm, qui a de très bons contacts dans la Reichswehr, aidera aussi le parti nazi à acheter son propre journal grâce à des fonds de l'armée allemande. Fort de tous ces soutiens, le mouvement de Hitler [le NSDAP, selon son sigle allemand] croît vite et compte plus de 50.000 adhérents en 1923, la plupart en Bavière.

Cette année-là, profitant de la crise politique causée par l'hyperinflation et l'occupation de la Ruhr par la France, Hitler fomente à Munich un putsch contre le gouvernement central. L'affaire se solde, le 9 novembre 1923, par la mort de vingt personnes, dont quatre policiers. Pourtant Hitler bénéfice d'une grande mansuétude de la part des autorités bavaroises. Pourquoi ?
- Trop de personnalités locales, dont un membre de la Cour suprême de Bavière, avaient vu d'un bon œil la tentative de coup d'Etat. L'armée bavaroise s'était associée à la formation des groupes paramilitaires qui, derrière Hitler, avaient essayé de prendre le pouvoir. Et des responsables politiques de premier plan étaient mouillés. Les autorités font donc tout pour limiter les dégâts et, en particulier, pour que le procès de Hitler se tienne à Munich et non ailleurs dans le pays, comme cela aurait dû être le cas.

Comment se déroule ce procès ?
- C'est une mascarade. Le juge est de tout cœur avec Hitler. Il lui laisse la parole pendant quatre heures, et l'accusé peut interroger ses coïnculpés lui-même. La sentence, incroyablement légère, fait bondir jusque dans les milieux conservateurs : malgré la mort de quatre policiers et d'importants dégâts dans Munich, le juge condamne Hitler à cinq ans de prison seulement. Et encore se garde-t-il bien de rappeler que, sous le coup d'une condamnation avec sursis en 1922 pour troubles à l'ordre public, Hitler devrait purger une peine plus longue. De même le juge n'expulse-t-il pas le chef putschiste en Autriche, que Hitler a pourtant fuie en 1913 pour éviter le service militaire. Ce n'est pas tout. Hitler est libéré très vite, au bout de treize mois seulement, d'une captivité des plus agréables pendant laquelle il a pu écrire le premier tome de "Mein Kampf". Eût-il été contraint d'accomplir toute sa peine, près de quatre ans de plus, l'histoire aurait fort probablement suivi un autre cours.

Dans "Mein Kampf", la doctrine extrémiste dévoilée par Hitler dessine un projet politique radicalement nouveau, n'est-ce pas ?
- Aussi détestable soit-elle, la "vision" de Hitler est très originale pour l'époque. Elle combine des idées qui courent depuis plusieurs années dans les milieux ultranationalistes allemands, mais que personne n'a encore fédérées. Hitler est ainsi le premier à établir un lien entre la prétendue nécessaire "élimination des juifs", une vieille rengaine, et la lutte contre le bolchevisme, maître mot de la droite depuis la révolution d'Octobre. Pour lui, ces deux combats à mort n'en font qu'un. Il parachèvera cette doctrine dans le tome 2 de "Mein Kampf", en y intégrant une idée en vogue chez les pangermanistes depuis la fin du XIXe siècle : le Lebensraum, cet "espace vital" qui manquerait aux Allemands. Selon Hitler, il faudra aller conquérir ce Lebensraum à l'est, justement dans les terres "judéobolcheviques". Voilà donc le système idéologique nauséabond mais cohérent qui sera le sien jusqu'à la fin.

Et c'est avec cet homme-là, porteur de cette idéologie-là, qu'une partie de la droite allemande va faire alliance en 1933. Pourquoi ?
- De l'échec du putsch à la crise de 1929, la droite n'a plus du tout besoin de Hitler. Il a quasi disparu du paysage politique. La République de Weimar ayant réussi à stabiliser la situation économique et sociale du pays, le NSDAP ne récolte que 2,6% des voix aux élections législatives de 1928. Mais, après le krach de Wall Street et la montée exponentielle du chômage, le mouvement de Hitler en rafe huit fois plus en 1930 (18,3%). Et deux ans plus tard, après une campagne électorale extrêmement efficace, il devient le premier parti du Parlement avec 37,4% des suffrages. Au début de l'été 1932, Hitler se retrouve donc chef du mouvement le plus important au Reichstag.

Doit-il automatiquement devenir chancelier ?
- Non, la Constitution ne stipule rien de tel. C'est au chef de l'Etat, le maréchal Hindenburg, de désigner le chancelier de son choix. D'ailleurs, le 13 août 1932, au cours d'une rencontre très tendue avec le chef nazi, le vieux président propose à Hitler un poste de ministre, mais refuse catégoriquement de le nommer au poste suprême. D'après les notes de son secrétaire, le maréchal ne veut pas prendre le risque, "devant Dieu et les Allemands", de donner tous les pouvoirs à un dirigeant et à un parti aussi intolérants. Il choisit un autre chancelier, pariant sur le fait que le NSDAP a fait le plein des voix et qu'il est condamné à refluer.

Et c'est ce qui va se passer ?
- Effectivement. En novembre 1932, après de nouvelles élections anticipées, le parti nazi ne recueille plus "que" 33% des voix. En six mois, il a perdu 2 millions de suffrages, surtout parmi les classes moyennes, qui commencent à le déserter. Pourtant, un groupe composé d'hommes politiques, de militaires et de propriétaires fonciers décide de faire alliance avec lui. Lassés par la démocratie, ils veulent imposer le retour à un autoritarisme "traditionnel", cher à la haute société allemande.
C'est un aristocrate ambitieux, époux de la fille d'un important industriel, Franz von Papen, qui négocie avec Hitler : le chef nazi sera chancelier, von Papen vice-chancelier, et la plupart des ministres seront issus de la droite traditionnelle. Hitler accepte le marché. Aidé par la camarilla qui gravite autour de Hindenburg et par le fils de celui-ci, von Papen convainc le vieux maréchal de passer outre ses réticences et de nommer Hitler à la chancellerie. L'aristocrate assure qu'il ne faut pas s'inquiéter de la prise du pouvoir par ce petit-bourgeois de Hitler : "Il est sous notre coupe", dit-il, sûr de son fait. Ce fut l'une des plus grandes erreurs de l'histoire. Six mois après sa nomination, Hitler aura installé une dictature totale. Il aura emprisonné des milliers d'opposants, supprimé les libertés publiques et réduit von Papen au rôle de potiche qui lui était réservé...

D'autres solutions étaient-elles possibles ?
- Bien sûr ! Certes, la démocratie était condamnée. Les deux tiers des Allemands n'en voulaient plus. L'avènement d'un régime autoritaire était à peu près inéluctable. Mais pas le nazisme, avec son cortège d'horreurs et de folies ! Si Hindenburg avait résisté une fois de plus, il y a fort à parier que le NSDAP aurait continué à perdre de l'influence. Ses caisses étaient vides, il ne faisait plus le plein dans ses meetings et il était de plus en plus miné par les divisions. Et puis l'économie commençait à repartir. Autrement dit, si les élites n'avaient pas fait ce pari insensé en janvier 1933, Hitler et son parti seraient probablement tombés dans les oubliettes de l'histoire.
Propos recueillis par Vincent Jauvert - "Le Nouvel Observateur"

samedi 25 avril 2015

Pas de quoi être fier !


Jusqu'en 1998, le Time américain désignait l'Homme de l'année, puis jusqu'en 2004, "la personnalité de l'année", et enfin, certainement pour élargir son audience, "les personnalités les plus influentes de année". "Influentes" étant un terme ambigu puisque figurent, cette année, dans cette liste, des personnes aussi peu fréquentables que les dictateurs russe, nord-coréen et cubain. Marine Le Pen fut d'ailleurs la seule "Politique" étrangère à se déplacer (voyage en première classe et les frais de séjour au frais de qui ?Vous me direz, ce n'est pas la robe de soirée de MLP qui a coûté cher !). On notera, en passant, que certains médias pensent beaucoup à leurs lecteurs, réels ou potentiels (rappelez-vous Le Trombinoscope, en France, qui, quelques mois seulement après les élections municipales, désignait le maire d'Hénin-Beaumont, comme "l'élu de l'année !).


Adolf Hitler EEEn 
En 1938, le magazine américain a choisi le Führer en personne comme une, le désignant comme l'homme le plus influent de l'année. On y voit le dictateur jouer "son hymne à la haine, dans une cathédrale désacralisée, pendant que des victimes pendent à des roues de torture et que la hiérarchie Nazie contemple.", selon le dessinateur Baron Rudoph Charles von Ripper, un allemand catholique qui a fuit le nazisme. (La dépêche.fr 20/7/2013)
Time Magazine expliquait son choix ainsi : “Adolf Hitler a marché à pas de géant sur une Europe servile avec toute l’arrogance d’un dictateur. Ce n’est pas le simple fait que le Führer ait apporté de nouveaux habitants (…) à son pays conformément à sa règle absolue, qui l’a fait élire « Homme de 1938 . (…)  Hitler est devenu en 1938 la plus grande force menaçante à laquelle le monde démocratique, épris de liberté, fait face aujourd’hui
Marine Le Pen, donc, vient d’être honorée par le top 100 de “Time” des personnalités les plus influentes de l’année 2015. Loin du combat de Martin Luther King ou de Gandhi, “Time” sacre parfois de belles crapules (Les Inrocks) :
Kim Jong-un pour sa place dans le top 100. Le dictateur nord-coréen fait son entrée dans le classement en 2013 et s’y trouve encore en 2015. Cette même année, il tue son oncle, alors conseiller, le considérant comme un vulgaire opposant au régime. De quoi être devant Marine Le Pen dans le classement.
En 1931, Pierre Laval, alors président du Conseil, est nommé Homme de l’année. Ce choix est tactique: la grande dépression bat son plein et Laval est une figure d’espoir. “Il donne constamment l’impression que lui et son gouvernement travaillent”, commentait Time. Cette élogieuse réputation sera de courte durée : Laval sombre dans le pétainisme et la collaboration et  Time le regarde d’un autre œil.
Chef religieux chiite, l’ayatollah Khomeini fut un opposant acharné au chah d’Iran et à sa politique pro-occidentale. De retour de son exil français, il impose, en 1979, une théocratie islamique et dénonce les Etats-Unis comme les plus grands ennemis de l’Iran, ce qui lui valut d’être nommé Homme de l’année. Cette année-là, le personnel de l’ambassade américaine de Téhéran est pris en otage et le restera pendant plus de 400 jours.
Le président russe; Vladimir Poutine, fut désigné comme l’un des leaders politiques les plus influents du monde en 2007. Il est alors à la fin de son premier mandat. En 2015, il est toujours dans le classement.
Le Petit Père des peuples, Joseph Staline, n’a pas été élu seulement une fois par Time, mais deux fois, en 1939 et en 1942. Il reste bien connu pour les déportations, les famines et les exécutions en tout genre...


vendredi 24 avril 2015

Je m'égare...

Ce matin, je pourrais m’époumoner sur la réunion des chefs d'Etat à Bruxelles sur une soi-disant politique migratoire européenne partant à vau-l'eau, sur la robe de M. Le Pen qui a décrédibilisé l'image du goût français à l'étranger, sur les 40000 édifices religieux chrétiens à protéger en France ou encore le scandale financier de l'éco-taxe qu'il faudra faire payer (avec intérêts) aux Bonnets rouges (mais personne n'y pense...), sur le sort fait aux femmes du gouvernement (Taubira, Vallaud-Belkacem, Touraine, Pellerin...) montrées du doigt par une France plus machiste que jamais. Ben non, aujourd'hui, c'est repos ou presque... 
Je voudrais, en effet, me consacrer, dans ce court billet à ceux qui viennent de nous quitter et ont subjugué les gens de ma génération : Percy Sledge et Richard Anthony. Combien de slows langoureux et érotiques sur l'air de "When a man loves a woman" : des centaines, voire plus, dans les bals, discothèques (dancings à l'époque), et parties privées ("surprise-parties", à l'époque), en un temps où tout commençait à être permis. Des années plus tard (et aujourd'hui même) le souvenir d'émois dans les bras de donzelles aussi pâmées que moi (j'ai dû quand même, parfois, me bercer de quelques illusions) me fait penser que j'aurais pu plus en profiter... Quant à Richard Anthony, les mêmes souvenirs langoureux remontent à la surface. Mais l'homme eut des succès plus nombreux faisant alterner ses fans entre étreintes juvéniles et twists ou rocks endiablés, comme si ces dernières danses permettaient d'évacuer le trop-plein des excitations des enlacements précédents. 
Quand les chansons du Français et de l'Américain se succédaient au gré des vapeurs d'alcools, des baisers enamourés et des fantasmes licencieux, nous étions transportés dans un autre monde (R. Anthony : "et ce monde sera fait pour toi" murmurait-on à l'oreille de sa belle du moment, qui vous en remerciait par une douce pression de son corps ou un baiser fougueux).
Je viens de me relire et m'aperçois que j'ai déliré quelques instants... Oubliés, pendant ces moments d'abandon et de nostalgie, les renoncements humanitaires, les propos racistes et les velléités politiques. J'espère qu'il en fut de même pour vous...  

jeudi 23 avril 2015

A Hénin-Beaumont : une communication aux mains du FN...


Certes on savait qu'au FN, la démocratie, on s'en lavait les mains. On en avait eu confirmation lors du dernier conseil municipal, quand le maire avait "pété les plombs" donnant le signal des applaudissements au public, refusant la parole à l'opposition alors que "les siens" la prenaient quand bon leur semblait, méprisant la citoyenne qui était venue se plaindre auprès de lui, après le conseil, d'avoir été menacée dans le public, etc... (voir http://alpernalain.blogspot.fr/2015/04/conseil-municipal-dhb-du-08042015-1.html). Cette semaine, on a vu dans un documentaire "Danse avec le FN" sur Canal+, le même mépris du maire d'Hayange, lors d'un conseil municipal, envers son opposition et même de certains adjoints. A Hénin-Beaumont, on le sait, on n'est pas content de la presse et La Voix du Nord est vouée aux gémonies parce qu'il lui arrive d'oser dire ce qu'elle pense ! Vous me direz, l'exemple vient d'en haut : dans le même documentaire rappelé ci-dessus, le journaliste est contrecarré dans son travail, et on peut rappeler qu'il y a un quasi-boycott de Canal+ de la part du FN. 
La même volonté de capter l'information à son profit se retrouve dans la communication : le directeur de la communication de la ville d'Hénin-Beaumont, parachuté, pour les municipales, sur Oignies, dûment estampillé FN, vient d'être élu conseiller départemental dans le canton Hénin-Beaumont 1. Certes, il n'y a pas incompatibilité juridique entre la fonction en mairie et le mandat, mais sur le plan éthique, on peut se poser des questions, surtout du fait de la nature de l'emploi exercé dans la mairie de la ville-centre... Est-ce, d'ailleurs, une coïncidence que le magazine municipal fasse état sur 4 pages (dont la page de couverture et l'édito du maire !) de l'élection des 2 binômes FN dans les 2 cantons héninois ? Certes embaucher des petits copains fait partie des mœurs bien ancrées sur le territoire, et l'on se rappellera des reproches adressés par S. Briois, alors dans l'opposition, aux coups de pouce du maire de l'époque, à ses proches, pour leur trouver des emplois dans le public. Le copinage au FN, on connait aussi. On se rappellera également des récriminations (justifiées) du FN sur les embauches "familiales" au Conseil régional, surtout de la part d'un parti politique dont la présidente, le président d'honneur, un vice-président et une étoile montante sont de la même famille...
Parlons également du peu de respect des droits de l'homme en matière de communication. On vient d'annoncer localement et nationalement que le présumé incendiaire des locaux de la mairie avait été arrêté. Personne n'avait cité de nom afin de préserver la présomption d'innocence de l'individu. Personne, sauf Steeve Briois, le maire d'Hénin-Beaumont, "élu local" de l'année selon certains. Oh certes, il n'a précisé, dans son communiqué, que le prénom et la première lettre du nom de famille de la personne suspecte. Serez-vous étonné d'apprendre que ce prénom est d'origine maghrébine ? Bien entendu, les sites d'extrême-droite, et uniquement eux, se sont dépêchés de reprendre ce communiqué avec le prénom de la personne suspectée (Fdesouche, Parti national français, unité nationale...).

La communication de la mairie pourrait être mise à dure épreuve après le fric-frac à l'Olympique héninois (football), résumé comme suit par le journal régional : "Dimanche, le local de l’Olympique héninois du stade Delabre a été fracturé et le bureau du président plus particulièrement visité et mis à sac. Un cambriolage qui tombe mal dans une période où le club se sent... mal aimé". Le président Ahmed Nacer (par ailleurs cadre municipal, aux rapports ambigus avec la hiérarchie et les élus) se demande toujours pourquoi il n'a pas reçu sa subvention (il a pourtant envoyé tous les documents, quoiqu'en dise la mairie), pourquoi seul son bureau a été "visité", pourquoi seuls les documents administratifs ont été visés, et pour quelle raison sa demande d'installation d'alarme n'a jamais été honorée. Plainte contre X a été déposée et quelque chose me dit que cette affaire pourrait avoir des suites inattendues...

mercredi 22 avril 2015

J'ai cru rêver !


J'ai d'abord failli m'étrangler en prenant mon petit déjeuner, ce matin, puis ri, avant de regarder si on n'était pas le premier avril, et j'ai dû me rendre à l'évidence : ce que je venais d'entendre aux infos, ce n'était pas un gag, mais la réalité. Si vous ne connaissez pas encore la nouvelle, calez-vous bien dans un fauteuil et lisez ceci : Marine Le Pen vient d'être désignée parmi les cent personnalités les plus influentes ("inluent people") au monde, par le magazine Time Magazine ! Cette nuit, elle a été invitée à la réception organisée par Time, au Lincoln Center, "big show" pour la gloire du journal, mais quand même... Alors je sais bien que parmi les "nominés", il y a Obama, Merkel, Hillary Clinton, mais aussi Ki-Jong-un, le dictateur nord-coréen, Poutine, autre dictateur connu, Raul Castro, le ministre des affaires étrangères iranien... Bref, M. Le Pen ne dépare pas parmi ces derniers, mais elle en profite déjà pour saluer cette "reconnaissance" et cela a de quoi faire sourire. Certes, les sagas familiales, on connait bien aux Etats-Unis, et on peut penser que le népotisme régnant dans la famille Le Pen donne l'influence nécessaire pour figurer au palmarès. On sourira également de voir que Poutine, honni par les Américains, est admiré par MLP. Je ne sais pas comment la communauté juive étatsunienne, très puissante, appréciera l'"hommage" rendu à une femme dont on soupçonne toujours l'antisémitisme, malgré ses dénis récurrents... 
Et si finalement ce titre de "personnalité influente" n'était qu'un pied de nez à M. Le Pen ? La mettre au même niveau que les dictateurs cités n'a pas valeur d'"adoubement" comme le prétend Le Figaro. Au contraire, c'est mettre en avant l'influence des idées pernicieuses du FN sur la vie politique française : nous savons très bien comment N. Sarkozy court après les slogans extrémistes sur la sécurité, comment des citoyens français se laissent prendre à la haine de l'autre propagée par le FN, comment nombre de ces mêmes citoyens renouent avec de vieilles antiennes remises au goût du jour (rétablissement de la peine de mort, lutte contre l'IVG, opposition au mariage pour tous...). Finalement, M. Le Pen n'a que ce qu'elle mérite : être montrée du doigt par tous ceux qui ont des valeurs démocratiques chevillées au corps : il suffit de voir comment sont menés les conseils municipaux à Hénin et Hayange pour se rendre compte de ce que serait une France bâillonnée, si le FN accédait au pouvoir suprême...


Au fait, il y a un autre Français sur la liste des personnes influentes : l'économiste Thomas Picketty qui dénonce les inégalités. Et, pour le coup, c'est un honneur pour la France !

mardi 21 avril 2015

"Du bel ouvrage" !

"Danse avec le FN", c'est le titre du documentaire de Paul Moreira, diffusé hier soir dans Cash Investigation, sur Canal plus. C'est par le plus grand des hasards que je suis "tombé" sur cette émission, d'autant plus que je ne suis pas abonné à Canal +... Bien m'en a pris et il est à espérer que ce docu sera diffusé sur des chaines publiques.
Le réalisateur a pris le parti d'aller à la rencontre d'électeurs du FN afin de connaître les raisons de leur ralliement au parti d'extrême-droite. Et ce fut passionnant ! 

On fit connaissance de cette adjointe au maire d'Hayange, Marie Da Silva, électrice de gauche, "puisque" femme d'un ouvrier d'un sous-traitant d'Arcelor-Mittal, et écœurée par le lâchage du gouvernement malgré les belles paroles. Elle se jette dans les bras du FN et quelques mois plus tard se retrouve première adjointe de la majorité frontiste menée par F Engelman.  Devant l'autoritarisme (même hystérie en conseil municipal qu'à Hénin !) et l'anti-islamisme du maire, elle déchante, dénonce les conditions de financement de la campagne (le maire est déclaré inéligible en attente d'appel) et démissionne du parti. "Je ne regrette pas d’être allé au FN, c’est comme un voyage dans un pays qu’on croit beau et, au final, on revient déçu", dit son époux. l'ex-adjointe ajoute qu'en la propulsant première adjointe, le FN démontre qu'il n'a personne pour exercer le pouvoir.

Le syndicaliste CGT d'Arcelor qui était passé au FN avait beaucoup fait parler de lui à l'époque. Ayant vu s'envoler les espoirs instillés par Hollande, pendant sa campagne de 2012, il avait cru à cette "nationalisation temporaire" réclamée par Montebourg, mais refusée par le couple exécutif. Il crie au complot (Obama, Rothschild...) qui impose ses vues aux politiques. Mais le réalisateur, interviews à l'appui, lui démontre que cette décision, peut-être sans fondement, a été prise librement. Désespoir...

Cette mère de famille déracinée dans le Var, désespérée (pourquoi ? on ne le saura pas), est persuadée que les Musulmans vont prendre le pouvoir et donnent des exemples, que Paul Moreira démontera : les immigrés sans papier raflent toutes les aides, alors qu'elle ne peut bénéficier de rien (à la CAF, on lui dit que les sans-papier ne peuvent rien recevoir), les prières de rue (dont les photos continuent de circuler)... elle a, quand même peur, et continuera à voter FN.

Le marchand de chaussure de l'Aisne qui s'approvisionne en marchandises à bas coût en provenance de Chine sait que ce n'est pas bon pour la France, mais "il faut bien vivre" et le FN a raison de lutter contre la désindustrialisation de la France ! Et tant pis s'il voit des Musulmans partout qui l'obligent à descendre du trottoir, à Aubervilliers : P. Moreira est allé avec lui sur place (grossistes en chaussures) et ils n'ont vu que des Chinois !

Enfin, on a rencontré des rappeurs (musulmans et conscients de l'islamophobie frontiste !) qui votent FN comme dans une partie de poker : s'il arrive au pouvoir, il ne peut pas faire pire que les autres, sinon, s'ils appliquent leurs idées racistes, les Français feront la révolution pour les virer...

De ces entretiens jaillit le sentiment que le succès du FN est bâti sur un sol meuble, qu’il se construit toujours sur le rejet et non pas sur l’adhésion.
Pour Paul Moreira, le constat est sans appel : "Le FN est un grand lion en carton". " Les nouveaux électeurs du FN sont manipulables et fragiles, mais n’ont pas toujours tort d’être en colère"

"De la bonne TV vérité"...



lundi 20 avril 2015

Ce qui s'est passé pendant le week-end


-      Pour ses trois ans à l'Elysée, François Hollande était en direct dimanche durant deux heures sur le plateau du « Supplément » de Canal+.
On ne peut lui retirer qu'il est à l'aise dans ce type de communication et bien loin de ce qu'une autre émission de Canal plus (Les Guignols) essayent de nous faire croire, à savoir que c'est un niais. Quelle que soit l'opinion que l'on puisse avoir de son mandat, force est de constater que François Hollande est intelligent, cultivé et pétri d’humour. Certes, je pense qu’il n’était pas fait pour la fonction présidentielle… Il eut la franchise de dire, très tôt, qu’il considérait qu’il ne se représenterait en 2017 que s’il réussissait à inverser la courbe du chômage. Il est fort peu probable qu’il y parvienne, même si des contingences extérieures favorisent la baisse du chômage : fluctuations favorables de l’euro et du pétrole, baisse des taux d’intérêt… Constat personnel : éliminer Hollande pour avoir Sarko ou Le Pen ne me paraît pas une solution satisfaisante. Ici comme ailleurs, il est grand besoin de renouveler l’offre politique…

-      Le naufrage, dans la nuit de samedi à dimanche, d'un bateau de pêche chargé de migrants serait le plus important qu'ait connu la Méditerranée. Sept cents personnes parties d'une plage de Libye y auraient trouvé la mort. Depuis le 1er janvier, 1 500 personnes environ sont mortes dans le canal de Sicile, contre à peu près 90 lors de la même période en 2014.
L’horreur est encore amplifiée quand on apprend certaines circonstances : des migrants musulmans jetant à la mer des compagnons chrétiens, les exactions des « passeurs »…
L’Europe n’a pas su, jusqu’à présent, faire preuve de solidarité avec l’Italie dans ce drame. Il faut qu’une volonté politique s’exerce sur les 2 points à l’origine de ces catastrophes humaines :
·       C’est de Libye que partent les migrants, parce que c’est là qu’aboutissent les pauvres hères fuyant les guerres civiles en Syrie, Erythrée, Nigéria, etc. L’Europe doit s’investir dans la guerre civile libyenne qui met les autorités du pays dans l’incapacité de faire régner l’ordre. Je ne sais si la solution est politique ou militaire, mais elle est, à coup sûr, l’une des 2, ou les 2. Cela d’autant plus que Daech, là comme ailleurs, en profite pour avancer ses pions et semer la terreur. Je pense qu’il sera difficile de s’exonérer d’une solution militaire et tant pis pour les bonnes âmes pacifistes…
·       Les passeurs, ces « négriers » du XXI ème siècle doivent être mis hors d’état de continuer leurs activités. Là encore, c’est en Libye même qu’il faut agir pour en finir avec eux. L’Europe doit aider ce qui reste d’Etat libyen à frapper les « passeurs ».


-  François Fillon serait prêt, selon Sud Ouest Dimanche, à se désister au bénéfice d'Alain Juppé au second tour de la primaire à droite pour la présidentielle de 2017, ce que dément l'ex-premier ministre de Nicolas Sarkozy. Faut-il voir dans le maire de Bordeaux celui qui nous sauvera de Hollande, Sarko et Le Pen ? Quand on pense que Alain Juppé n’est pas « un perdreau de l’année », il y a beaucoup à dire d’un système politique qui ne renouvelle pas ses cadres, parce qu’il s’est ankylosé du fait du cumul de mandats… Voter Juppé contre Le Pen, dire qu’il va falloir se faire à cette idée… Et s’il est élu, on fera un remake du trio infernal (MLP, Sarko et FH) en 2022 , car Juppé aura 76 ans ? Ah non, j’avais oublié : Valls se prépare déjà…