samedi 27 mai 2017

M. Le Pen : la vie politique n'est pas un long fleuve tranquille...


Ceux des députés européens (dont M. Le Pen) qui seraient élus à l'Assemblée nationale française devront démissionner de leur mandat au Parlement européen, s'ils entendent privilégier le mandat français. "Ce qui aurait pour effet d’interrompre de facto les ponctions sur leurs salaires qui sont opérées depuis plusieurs mois par les services du Parlement, comme le permet le règlement de l’assemblée, pour récupérer l’argent public qui aurait été indûment versé au titre des contrats de certains assistants parlementaires...  L’institution européenne serait alors tributaire de l’enquête judiciaire ouverte en France et devrait en attendre l’issue pour pouvoir éventuellement recouvrer la totalité des fonds"... "Quelque 17 eurodéputés sont soupçonnés d’avoir salarié fictivement une quarantaine d’assistants parlementaires de 2012 à 2017" (Le Monde 24/5). Le préjudice total serait de 5 millions d'euros...

La présidente du parti était restée silencieuse après sa sévère défaite au second tour de la présidentielle, des proches l'estimant "fatiguée". On peut penser qu'elle ait pu hésiter à se présenter aux législatives pour ne pas essuyer une nouvelle défaite. Pas la sienne, car elle devrait s'en sortir sur Hénin-Beaumont, mais au niveau national où elle pourrait échouer à constituer un groupe à l'Assemblée (15 députés). Et même sur la 11ème circonscription où elle est candidate, elle devrait l'emporter au second tour, certes, mais en ne réalisant pas plus de 50% sur la ville d'Hénin-Beaumont alors qu'aux municipales de 2014 S. Briois l'avait emporté dès le premier tour. Cela fait tâche avant le prochain congrès du FN (fin 2017/début 2018) où sa ligne politique de dédiabolisation du parti est de plus en plus critiquée... D'où les quelques jours d'hésitation évoqués... Hésitation balayée par le fait qu'en étant élue en France, elle échappe aux retenues sur les revenus perçus à Bruxelles (environ 5800 euros par mois)... Voilà pourquoi, elle a finalement décidé de se présenter le 11 juin prochain.

Evidemment, le Parlement européen pourra toujours faire opérer une saisie sur les revenus français, mais la procédure est longue... D'autre part, la justice française s'est elle-même saisie de l'affaire, et attendait la levée de l'immunité parlementaire de la députée européenne, pour l'interroger. Élue en France, il faudra demander une nouvelle levée de l'immunité pour que la procédure puisse se poursuivre.

Depuis quelques jours, "l'affaire Ferrand" est apparue et MLP a demandé que le ministre, ainsi montré du doigt, "pose sa démission". On pourrait presque sourire de cette charge quand on sait que la présidente du FN est soupçonnée d’avoir salarié fictivement des dizaines d’assistants parlementaires et qu'elle n'a jamais songé à démissionner à Bruxelles...

Enfin, que pensent les électeurs du FN de tout cela ? Beaucoup se déclarent "secoués" suite au débat loupé avec Macron (reconnu par MLP : "j'y ai mis trop de fougue et de passion") et suite à la défaite avec un "petit score" de 33,9%, alors qu'ils espéraient plus... Le départ de Marion Maréchal-Le Pen et le chantage de Philippot (il déclare quitter le parti si le FN abandonne la sortie de l'euro) ajoutent à l'embarras des électeurs. Même le conseiller économique de Marine Le Pen, Jean-Richard Sulzer (par ailleurs maire-adjoint à HB) a attaqué en déclarant au sujet de Philippot : « Il veut être calife à la place du calife, il ne se rend pas compte qu’il n’est pas très populaire au sein du FN ».
Bref, comme le titre Le Monde dans un article du 26/5, il y a "des remous de la base au sommet" !

Affaire à suivre...










vendredi 26 mai 2017

E. Macron/V.Poutine

Lundi prochain, E. Macron recevra Poutine à Versailles. Comment le Président français supportera-t-il son homologue russe alors que les médias de son pays ont traité E. Macron plus bas que terre ? Voir, ci-dessous, quelques exemples cités par le Monde daté du 23 mai :
Le 14 mai : à 39 ans, explique Dmitri Kisselev, présentateur vedette de la première chaîne russe, M. Macron est le plus jeune dirigeant de l'Hexagone depuis Napoléon. "Mais le parallèle s'arrête là, précise-t-il aussitôt, car Napoléon était un personnage brillant, et Macron, personne, même parmi ceux qui sont proches de lui, ne le voit comme ça."
"29 avril. NTV, la deuxième chaîne russe, diffuse un long sujet sur la " dynastie des banquiers Rothschild", qui aurait préparé la route de l'Elysée à M. Macron. Pour illustrer son propos, le journaliste se rend dans une salle de coffres-forts, ouvre l'un d'eux et en extirpe une grosse liasse de billets : "C'est comme ça que tout a commencé." Le 5 mai, avant le second tour de l'élection, une présentatrice de Tsargrad TV annonce sans sourciller qu'il " n'est pas exclu que le candidat sodomite " Emmanuel Macron devienne le nouveau locataire de l'Elysée.
Homosexuel caché – selon l'agence pro-Kremlin Spoutnik, alimentée par le député français Nicolas Dhuicq (Les Républicains) –, marié à une enseignante "pédophile"(Komsomolskaïa Pravda), assujetti à l'Allemagne, où il "est allé se prosterner devant la vieille dame Merkel" (suivant le député ultranationaliste Vladimir Jirinovski) : les Russes ont eu droit à une version stupéfiante du nouveau chef de l'Etat."
On rappellera également à E. Macron que Poutine a longtemps marqué sa préférence pour F. Fillon, avant de porter son choix final sur M. Le Pen.
Alors Emmanuel, comment accueilleras-tu le camarade Vladimir : avec la bise comme pour Angela ou avec une poignée de mains virile comme pour Donald ? Je pense que tu ne feras sûrement pas comme JL Mélenchon qui, probablement, donnerait l'accolade à celui qu'il admire tant pour son soutien à Assad, en Syrie...

jeudi 25 mai 2017

Le combat contre le FN continue...

Ci-dessous, un article paru dans le Monde daté d'hier, concernant l'élection législative dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais (Hénin-Carvin) où se présentent 2 Marine. Il s'attache plus particulièrement à décrire le combat très difficile de Marine Tondelier (EELV).
Mes commentaires sont dans le texte...

Hénin-Beaumont, terre de mission pour la candidate écologiste
Face à Marine Le Pen, qui vise la circonscription de ce fief FN, Marine Tondelier (EELV), l’enfant du pays, veut croire en ses chances.
LE MONDE | 24.05.2017 |Par Raphaëlle Besse Desmoulières 

« Bonjour, je m’appelle Marine mais faut pas confondre, je n’ai rien de commun avec l’autre ! » Ce mardi 23 mai, c’est jour de marché à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Tracts à la main, l’écologiste Marine Tondelier joue sans complexe de ce prénom qu’elle partage avec la présidente du Front national, son adversaire dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Sous le soleil printanier, l’accueil est aimable, malgré quelques refus polis.
En jean-baskets, panier en osier sous le bras, l’enfant du pays manie l’humour et la décontraction. Ici, elle est chez elle. « Tout le monde connaît mon engagement contre le FN », glisse-t-elle. A 30 ans, cette diplômée de Sciences Po Lille partage sa vie entre sa ville natale et Paris, où elle travaille à temps partiel comme assistante parlementaire de la députée Cécile Duflot. AA : Cécile Duflot avec qui elle est souvent comparée. Même impétuosité, vivacité d'esprit, sincérité, avec, certes, un débit oral trop rapide et une voix trop aiguë. Bref, une candidate attachante...
Pour la seconde fois, elle se présente dans cette circonscription. En 2012, elle avait recueilli 1,6 % des voix. Deux ans plus tard, cette dirigeante nationale d’Europe Ecologie-Les Verts décroche son premier mandat de conseillère municipale d’opposition sur une liste (presque) unitaire de la gauche balayée dès le premier tour par le frontiste Steeve Briois. Depuis, elle est devenue l’une des bêtes noires de la nouvelle équipe municipale d’extrême droite et de ses militants. « Vous vous en prenez tellement plein la gueule que vous prenez de la bouteille en vitesse accélérée mais les gens voient que vous êtes solide », raconte-t-elle. AA : dans cette opposition, elle est la seule (avec le communiste David Noël) à faire le poids face au couple diabolique Briois/Bilde qui manie perversité, autoritarisme, démagogie...
 « ELLE N’EST PAS BÊTE MAIS ELLE EST DÉPOURVUE DE SENS POLITIQUE : ELLE CHOISIT TOUJOURS LE MAUVAIS CHEVAL », JUGE BRUNO BILDE AA : Et lui s'y connait en matière de cheval à choisir, lui le conseiller  de M. Le Pen !
Sur les réseaux sociaux, attaques et injures pleuvent. « Sur Facebook, on subit un harcèlement quotidien de frontistes qui nous traitent de “gauchiasse” ou “socialopes”, c’est pénible », euphémise son collègue communiste David Noël. Les conseils municipaux virent aussi à l’affrontement violent. Ce qui inquiète Cécile Duflot. « Personne n’est obligé d’être martyr, juge l’ex-ministre du logement. Marine est “sous surveillance”. Ils n’ont aucune limite. Le but, c’est de la faire craquer. » AA : c'est ce qu'a tenté MLP avec Macron, lors du fameux débat télévisé, avec le succès que l'on connait...
« Règne de la peur »
La publication de son livre Nouvelles du front (Les Liens qui libèrent, 224 pages, 18 euros), en mars, n’a rien arrangé. Marine Tondelier y raconte la vie sous le FN et le difficile quotidien des employés municipaux. « Intimidations, prises à parties et lynchage public des récalcitrants… Un vrai règne de la peur a vu le jour », dénonce-t-elle. AA : celui qui n'a jamais vu un conseil municipal à Hénin-Beaumont devrait s'y rendre et sera vacciné à vie contre le microbe frontiste. En fait, en faire un film documentaire pourrait en réveiller beaucoup ! « Elle ment de façon effrontée, répond Bruno Bilde, bras droit du maire et adjoint aux affaires générales. Elle est prête à faire beaucoup pour faire parler d’elle. » Marine T n'a jamais été prise en flagrant délit de mensonge !  AA : Par contre, cette affirmation gratuite de la part de celui qu'on surnomme, à HB (sans y mettre de gant), "Goebilde", est, elle, un mensonge grossier.
Une allusion à ses alliances passées, rarement couronnées de succès, avec le PCF ou le Parti de gauche. Pour le scrutin de juin, les discussions ont avorté. Chacun pour soi et advienne que pourra. Sans compter la candidate de La République en marche, ils sont six prétendants à gauche parmi lesquels le député sortant socialiste Philippe Kemel. La bataille s’annonce rude, peut-être même perdue d’avance. AA : MLP ne sera pas élue au premier tour, mais elle devrait l'emporter au second tour...
Ici, le Front national se nourrit d’une désespérance sociale et politique, alimentée dans le passé par la gestion calamiteuse de socialistes peu scrupuleux. Dans cette circonscription plus large que la seule ville d’Hénin-Beaumont, à la présidentielle, Mme Le Pen a recueilli 41,17 % des voix au premier tour, loin devant Jean-Luc Mélenchon (23,13 %) et Emmanuel Macron (14,55 %). Au second, elle a gagné plus de 7 000 voix pour atteindre les 58,17 %. AA : la surprise pourrait venir de la participation au second tour de la candidate "République en marche" qui pourrait devancer le candidat "La France Insoumise"

« On peut battre Marine Le Pen »
En 2012, M. Mélenchon essuyait une sévère défaite sur ce territoire. Malgré la concurrence du PCF, Jean-Pierre Carpentier, qui prend sa suite, espère bien « maintenir le potentiel » obtenu par le candidat de La France insoumise le 23 avril. Marine Tondelier, aussi, veut croire qu’elle a une chance, même si le bassin minier reste une terre de mission pour les écologistes.
Dans la soirée, devant une cinquantaine de ses partisans réunis dans un bar d’Hénin, la jeune femme se projette comme une « députée de combats » et promeut un « bouclier écologique et social »« Je ne serai pas une députée qui disparaît pour revenir cinq ans après », promet-elle. Ligne à très haute tension, pollution de l’eau, du sol, de l’air : elle entend déposer, si elle est élue, une proposition de loi pour créer un fonds d’indemnisation des victimes de préjudices environnementaux.
A ses côtés, Noël Mamère, député sortant de Gironde, et Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle, petite enclave écolo à quelques kilomètres de là. Le premier insiste pour faire de l’écologie « un outil de lutte contre les inégalités, d’émancipation et d’estime de soi ». Le second raconte les succès rencontrés dans sa ville et vante « la culture collective d’oser changer » qui anime ses concitoyens.

 « On peut battre Marine Le Pen, je suis née ici, les gens me connaissent », lance Marine Tondelier, comme pour s’en convaincre. La candidate de La République en marche ? Celui des insoumis ? « Pas assez consensuels », balaie-t-elle, le regard tourné vers l’avenir. Dans son livre, la jeune femme assure qu’elle ne fera pas au FN « le cadeau de céder à leur chantage insidieux »« Parce que se cacher, ce serait renoncer, ajoute-t-elle. Et renoncer, ce serait les laisser gagner une seconde fois. » A Hénin-Beaumont, l’extrême droite n’en a manifestement pas fini avec elle.
AA  : Marine Tondelier est optimiste et on ne saurait le lui reprocher. Ses chances de succès sont extrêmement réduites, certes, mais son combat est celui de l'avenir. Même si les électeurs FN ne tiennent pas rigueur, pour l'instant, au parti d'extrême-droite de ses dérives financières, anti-démocratiques et de son incompétence, ce sont les combats menés par certains, dont celui de Marine Tondelier, qui assureront la fin du Front national. 
Le FN n'a réalisé que 46,5% sur la ville d'Hénin-Beaumont, au premier tour de la présidentielle, contre un peu plus de 50% aux municipales de 2014. Le 11 juin, il devrait confirmer ce léger recul. Le FN vacille, mais le combat sera long encore pour que les Français qui votent pour lui prennent conscience de ce qu'il est réellement...

mercredi 24 mai 2017

Lettre à M. Bayrou.

Monsieur le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, 

J'ai eu l'occasion de saisir une de vos prédécesseurs, Madame Taubira, le 2/9/2015 (alpernalain.blogspot.fr/2 015/09/lettre-madame-taubira-ministre-de-la.html), concernant les 2 premières affaires évoquées ci-dessous. Je n'ai pas reçu de réponse de sa part.
Je reviens donc sur l'objet de ma première saisine et vous fais part, également, d'un troisième sujet. Bien entendu, ma démarche vise au bon fonctionnement de la justice.
En annexe, vous trouverez des notes complémentaires sur ces différentes affaires.


1- L'ancien député PS du Pas-de-Calais, Jean-Pierre Kucheida a été mis en examen pour corruption passive et recel d'abus de biens sociaux, selon l'annonce du parquet de Lille faite le mercredi 8 janvier 2014. 
A ce jour, aucune suite ne semble avoir été donnée à cette mise en examen, soit 3 ans et 5 mois après. 

2- j'ai écrit, en date du 20 juillet 2015, au Procureur de la République de Béthune en lui rappelant que Monsieur Gérard Dalongeville avait été condamné le 19 août 2013 par le tribunal correctionnel de Béthune à quatre ans d'emprisonnement, dont trois ferme, à cinq ans d'inéligibilité et à 50.000 euros d'amende, pour détournements de fonds publics, délits de favoritisme et usages de faux, au préjudice de la commune d'Hénin-Beaumont dont il a été maire de 2001 à 2009.
Il avait fait appel de cette décision, mais s'en était désisté en novembre 2014. J'ai fait part au Procureur de mon étonnement devant la non-application du jugement du tribunal de Béthune et lui ai demandé de me faire connaître comment il envisageait la mise en œuvre de la condamnation du sieur Dalongeville, compte tenu des 9 mois de détention préventive qu'il a déjà effectués. 
Le Procureur m'a répondu le 20 août 2015 "le Parquet de Béthune est tenu d’attendre la notification de l’arrêt rendu au printemps dernier par la Cour d’Appel qui seule avait le pouvoir de constater officiellement le désistement de l’intéressé et de rendre par là-même exécutoire le jugement du Tribunal correctionnel de Béthune.
J’ai d’ailleurs donné des instructions afin que dès réception prochaine de la décision de la Cour d’Appel, le juge d’application des peines de Béthune soit saisi pour en préciser les modalités d’application comme nous l’impose la loi."
Apparemment, à ce jour, Gérard Dalongeville n'a toujours pas exécuté sa peine.

3- J'ai écrit le 18 juillet dernier à Michel Dagbert, président du conseil départemental du Pas-de-Calais, pour lui rappeler qu'il avait déclaré, en séance "qu'une élue de votre assemblée serait ciblée dans un dossier de contentieux pour fraude au RSA à la Caisse d’allocations familiales (CAF) du Pas-de-Calais." Était désignée ainsi "l'adjointe aux affaires sociales du maire Front national d'Hénin-Beaumont Steeve Briois, Aurélia Beigneux qui n’aurait pas mentionné ses indemnités d’élue (environ 700 € par mois) lors de quatre déclarations trimestrielles, jusqu’au moment où elle fut élue au conseil départemental, en avril 2015. Elle aurait aussi mentionné une situation maritale et une adresse inexactes." "L’élue est vice-présidente du centre communal d’action sociale (CCAS) d’Hénin-Beaumont, en charge de l’instruction des dossiers de demande du RSA." (La Voix du Nord).
Je terminais mon courrier à Michel Dagbert, ainsi : "J'aurais aimé connaître les suites qui ont été données à cette affaire et, plus particulièrement, si vous avez déposé plainte. Nos concitoyens veulent savoir comment réagit un parti politique, en l'occurrence le Front National, qui fustige une prétendue politique d'assistanat". Je ne sais si le Parquet s'est saisi de cette affaire à défaut de plainte de Monsieur Dagbert.

Monsieur le Ministre, à l'heure où vous préparez la bienvenue loi sur la moralisation de la vie politique, les trois affaires précitées mériteraient d'être traitées par la Justice comme il se doit, de façon efficace et rapide. 
J'aurais souhaité que vous puissiez me situer où en sont ces trois dossiers. Ces derniers sont suivis de près par nos concitoyens du Nord de la France, mais aussi par les Français, en général, soucieux d'une Justice exemplaire en la matière. Les lecteurs de mon blog politique, que j'informe régulièrement des dérives de certains hommes politiques, veulent aussi savoir ce qu'il en est.

Respectueusement
Alain Alpern



Notes complémentaires :

1- L'ancien maire de Liévin, JP Kucheida avait été condamné en mai 2013 à 30 000 euros d'amende pour abus de biens sociaux au détriment d'un bailleur social qu'il a présidé de 2004 à juin 2012. Il avait été reconnu coupable d'avoir utilisé abusivement la carte bancaire de cette entité, la Soginorpa, et de ne pas avoir justifié quelque 11 000 euros de dépenses entre 2009 et 2012.Il affirmait avoir remboursé les dépenses qui ne rentraient pas dans ce cadre et pour lesquelles il aurait utilisé la carte par erreur. Ces dépenses concernent des factures d'hôtel, de restaurant de grand luxe, de bijoux ou encore d'essence
Outre l'amende, une interdiction d'exercer une profession commerciale ou industrielle pendant cinq ans a été prononcée mais aucune peine d'inéligibilité n'avait été demandée.
Jean-Pierre Kucheida avait été exclu du PS pour une candidature dissidente, puis battu au premier tour des législatives en juin 2012, par le candidat socialiste, Nicolas Bays. Il avait cédé son fauteuil de maire de Liévin en janvier.
Pour en savoir plus, allez sur Wikipédia et tapez "Alpern Kucheida", vous pourrez lire les très nombreux posts que j'ai écrits sur le sujet...

2- Concernant la réponse du Procureur, dans l'affaire Dalongeville, vous pouvez lire mes commentaires : :alpernalain.blogspot.fr/2015/09/le-procureur-de-bethune-ma-repondu.html

3- Concernant mon courrier et mon rappel à M. Dagbert, voir : alpernalain.blogspot.fr/2016/07/lettre-au-president-du-conseil.html


mardi 23 mai 2017

Macron/Hulot : une collaboration durable ?

Il faut reconnaître que la nomination de Nicolas Hulot comme ministre d'Etat, chargé de "la transition écologique et solidaire" en a surpris plus d'un. Non seulement parce que l'ex-animateur de TV avait toujours refusé toutes les propositions, mais aussi parce qu'on sait que le candidat Macron avait un programme écologique réduit à sa plus simple expression, contrairement à ceux de Mélenchon et Hamon... Politiquement, cela ne pose aucun problème puisque Nicolas Hulot a travaillé avec Chirac, Sarkozy et Hollande. Et comme le dit Dany Cohn-Bendit : " Hulot est typiquement le mec qui n'est ni à droite ni à gauche mais à droite et à gauche. " Comme Macron...
Une double question se pose, donc :
- E. Macron a-t-il pris conscience de sa légèreté, écologiquement parlant, ou a-t-il voulu réaliser "un coup" en faisant venir Nicolas Hulot ? Ce dernier, par exemple, est un adversaire de la notion de "croissance économique" qui ne tient pas compte de la finitude des ressources; or, le président est un libéral pour qui seule ce type de croissance répondra à nos problèmes d'emplois. Si on ajoute à cela que le nouveau Premier Ministre, Edouard Philippe, est un "nucléocrate" patenté, on ne voit pas très bien ce que Hulot est venu faire dans cette galère...
- Quelles garanties l'ex-animateur d’Ushuaïa a-t-il pu obtenir ? On ne peut, en effet, pas imaginer que E. Macron l'ai fait entrer au gouvernement comme numéro 3 sans s'être mis d'accord sur quelques points essentiels. Il semblerait que le passage de 75% à 50% de la part du nucléaire dans le "mix" énergétique soit acté, ce qui est le minimum alors que les Suisses viennent de voter pour la sortie du nucléaire à l'horizon 2050. Rien sur Fessenheim, par contre... Malgré l'annonce, pendant la campagne présidentielle, de la nomination d'un médiateur chargé de mettre toutes les cartes sur la table pour l'aéroport de Notre-Dame-des Landes, on ne voit pas comment N. Hulot pourrait accepter une décision impliquant sa construction. D'autant plus qu'Edouard Philippe s'est déclaré, en son temps, pour le démarrage des travaux... Comment Macron et Hulot vont-ils s'en sortir, car ni l'un, ni l'autre n'ont intérêt au clash... Rappelons que le second est une des personnalités préférées des Français...
D'autres sujets semblent également opposer les 2 hommes : le capitalisme, l'agriculture conventionnelle, les traités transatlantiques (CETA et TAFTA), contre lesquels N. Hulot parait intransigeant. Au moins a-t-il obtenu l'organisation d'un Grenelle de l'alimentation " afin d'assurer l'émergence d'un modèle garant de la souveraineté alimentaire et débarrassé de tout pesticide".

Sans aller jusqu'à la prédiction de JL Mélenchon qui ne donne pas 6 mois pour que NH quitte le gouvernement, il est certain que l'attelage est promis à de fortes perturbations. Mais les deux hommes ont intérêt à durer le plus longtemps possible, même si leur collaboration ne sera pas un long fleuve tranquille ! 




Pourquoi le pouvoir a toujours miné le Parti socialiste (3/3)

Le Monde 18/5

Qu’appelle-t-on la « troisième voie » ?
Théorisée par le sociologue et philosophe britannique Anthony Giddens, la « troisième voie » vise à créer une philosophie politique et économique à mi-chemin entre la social-démocratie et le libéralisme. Elle a été lancée en Amérique par Bill Clinton [président des Etats-Unis de 1993 à 2001] et en Europe par Tony Blair [premier ministre du Royaume-Uni de 1997 à 2007], puis reprise par le social-démocrate Gerhard Schröder [chancelier fédéral d’Allemagne de 1998 à 2005].
L’idée est la suivante : le capitalisme a changé, on ne peut pas ignorer la mondialisation, elle crée des inégalités mais elle fournit aussi d’énormes opportunités. Autrement dit : il faut se réconcilier avec une forme de libéralisme, et donner leurs chances non plus à des catégories sociales mais à des individus.
D’où l’importance de l’éducation et de la formation – grand thème de Tony Blair dans les années 1990 –, seules à même de répartir au mieux ces opportunités en aidant les catégories les plus faibles. Lesquelles ne sont plus seulement les classes populaires, mais aussi des classes moyennes émergentes malmenées par la mondialisation.
Cette évolution a déclenché l’un des grands débats de l’histoire du socialisme européen, peut-être le plus grand depuis celui entre Bernstein et Kautsky.
Car elle a de multiples conséquences sur le paysage politique : l’affrontement gauche-droite s’estompe au profit d’un clivage entre progressistes et conservateurs ; le centre gauche devient le dépositaire d’une forme d’optimisme ; le rôle de l’Etat s’amenuise ; les droits sociaux s’accompagnent de devoirs et de responsabilité individuelle… Tous ces éléments ont secoué fortement tous les partis socialistes et sociaux-démocrates. La majorité d’entre eux se sont reconnus dans cette proposition – à l’exception notable du parti d’Epinay.

Pourquoi cette résistance au changement du PS français ?
Parce que cette troisième voie emprunte beaucoup au libéralisme, et que ce « social-libéralisme » ne passe pas dans la gauche française – du moins officiellement. Car, en réalité, lorsqu’ils sont au pouvoir, les socialistes français tentent eux aussi de mener cette politique. Mais ils ne le disent pas : ils sont à nouveau dans une forme de réformisme honteux.
En premier lieu pour des raisons historiques : à la fin des années 1990, alors que le débat fait rage au sein des social-démocraties européennes, le gouvernement Jospin, au pouvoir de 1997 à 2002, est soutenu par une gauche plurielle rassemblant notamment le Parti communiste français (PCF) et Les Verts. Tactiquement, pas question, donc, d’aller dans cette direction.
Pour des raisons culturelles, ensuite : au sein de la gauche française, la troisième voie est perçue comme un libéralisme uniquement économique. Or, si le PS est progressiste en termes de libéralisme culturel (défense des libertés individuelles), il est nettement moins à l’aise avec le libéralisme économique. Nous avons en effet une culture étatique très importante héritée de notre histoire monarchique.
« La troisième voie suppose de s’affranchir du clivage gauche-droite, ce qui est inadmissible pour l’ensemble de la classe politique française »
Enfin, la troisième voie suppose de s’affranchir du clivage gauche-droite, ce qui est inadmissible pour l’ensemble de la classe politique française. C’est en effet la France qui a inventé ce clivage, selon la position géographique prise par les différents partis politiques dans l’Assemblée constituante de 1789 ! C’est la division suprême, la summa divisio dont parlait l’historien René Rémond, celle qui structure les mentalités, les cultures et les comportements politiques.
Et cette division a encore été renforcée sous la Ve République par la loi électorale du scrutin majoritaire à deux tours : même si le clivage entre gauche et droite est de plus en plus difficile à comprendre sur les questions économiques, il revient en force au moment de l’élection. C’est ce que perturbe aujourd’hui Emmanuel Macron.
Quel résultat a donné cette troisième voie dans les pays qui l’ont suivie ?
Tous les tenants du social-libéralisme le savent aujourd’hui : la troisième voie n’est pas la solution miracle. Certes, elle réduit le taux de chômage dans la plupart des pays qui l’ont suivie. Mais au prix d’un creusement des inégalités, qui s’est encore accentué depuis la crise financière de 2008.
Résultat : non seulement ces politiques sont aujourd’hui contestées, mais elles ne garantissent plus la victoire des partis qui les portent – en Italie, le mouvement démocrate de Matteo Renzi est ainsi sévèrement concurrencé par le Mouvement 5 Etoiles.
La mondialisation nous plonge dans une phase historique de bouleversement, et toute la gauche européenne est en crise. Le problème n’est donc pas propre à la France. Mais plus encore que les autres partis social-démocrates, le PS, du fait de sa résistance au changement, souffre d’une faiblesse d’élaboration intellectuelle et de travail théorique. Aujourd’hui, c’est peut-être ce qui pèse le plus sur sa survie.

Quel avenir peut-on prédire au PS français ?
Le PS est dans une situation gravissime. ­Depuis le congrès d’Epinay, au cours duquel François Mitterrand, en 1971, a pris le contrôle du tout nouveau PS, sa grande force a été de parvenir à rassembler des sensibilités différentes autour d’un projet.
Or, la machine vient d’exploser en vol. Le quinquennat de François Hollande a mis au jour qu’il y avait peut-être en effet, comme le disait ­Manuel Valls, des gauches « irréconciliables ».
La gauche française peut aujourd’hui être comparée à un champ magnétique à deux pôles : le pôle Mélenchon et le pôle Macron. Ecartelé entre ces deux forces contraires, le PS voit son centre se fragiliser, alors qu’il s’agit justement d’un parti gouverné au centre.

Se sortira-t-il de cette crise ? S’il doit continuer d’exister, il lui faudra tout refonder : ses bases, son identité, sa stratégie. Il lui faudra surtout faire un devoir d’inventaire de son exercice du pouvoir, en remontant jusqu’en 1981. Après le quinquennat qu’ils viennent de vivre, les socialistes ne peuvent plus éviter cet examen de conscience. Moyennant quoi ils parviendront peut-être, pour certains d’entre eux, à « garder la vieille maison ».


lundi 22 mai 2017

Pourquoi le pouvoir a toujours miné le Parti socialiste (2/3)

Le Monde 18/5

La culture marxiste est-elle encore présente au sein du PS et, plus globalement, dans les partis européens d’inspiration socialiste ?
Force d’opposition ou force de gouvernement, parti de rupture ou exercice du pouvoir : loin d’être propre à la France, cette tension n’a cessé de travailler les partis socialistes européens. Et elle plonge ses racines, en effet, dans la théorie de Marx et Engels : crise inéluctable du capitalisme, rôle prééminent de la classe ouvrière, rupture révolutionnaire.
A la fin du XIXe siècle, les premiers sociaux-démocrates s’en réclament. Le parti modèle est alors le Parti social-démocrate d’Allemagne (SPD), que les socialistes de toute l’Europe viennent visiter : un parti puissant, organisé autour de la classe ouvrière, qui ne parvient pas au pouvoir dans l’Allemagne bismarckienne autoritaire mais qui n’en joue pas moins un rôle sociétal et théorique important.
Au milieu des années 1890 survient au SPD un premier grand débat, que l’on appellera la « querelle révisionniste ». Elle oppose deux hommes politiques et théoriciens, Eduard Bernstein et Karl Kautsky. Bernstein estime qu’un certain nombre de prédictions énoncées par Marx sur l’évolution du capitalisme ne se vérifient pas : il faut donc, selon lui, abandonner l’idée révolutionnaire et se diriger vers une logique plus réformiste. Face à lui, Kautsky défend le dogme marxiste et l’idéal révolutionnaire. Le débat sera officiellement tranché en faveur de Kautsky. Mais dans la réalité, dès cette époque, la social-démocratie allemande commence à s’orienter vers le réformisme.
Entre marxistes et sociaux-démocrates européens, la grande rupture survient en 1917. Lénine, qui prend le pouvoir en Russie, se pose en garant du « vrai » marxisme et considère que la social-démocratie a dégénéré parce qu’elle en a trahi les principes. Cet affrontement détermine une grande partie de l’histoire de la gauche du XXe siècle, en séparant la famille communiste d’un côté, la famille social-démocrate de l’autre.
En France, en 1920, la SFIO voit ainsi la majorité de ses adhérents rejoindre l’Internationale communiste – d’où la phrase fameuse de Léon Blum au congrès socialiste de Tours : « Il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. » Pour autant, Blum lui-même ne rompra avec le marxisme qu’à partir de 1946, au lendemain de la seconde guerre mondiale : il plaide alors pour un socialisme humaniste. Quant à l’emblématique SPD, ce n’est qu’à partir de 1959 et du congrès de Bad Godesberg qu’il prendra véritablement ses distances avec le dogme révolutionnaire.

« A dater de 1959, la culture marxiste ne constitue plus la colonne vertébrale des social-démocraties européennes. Elle n’en reste pas moins très prégnante au sein de la gauche, que celle-ci soit ou non au pouvoir »
A dater de ce tournant, la culture marxiste ne constitue plus la colonne vertébrale des social-démocraties européennes. Elle n’en reste pas moins très prégnante au sein de la gauche, que celle-ci soit ou non au pouvoir.
En France, Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO de 1946 à 1969, s’en réclamait toujours, et Mitterrand lui-même s’y convertit dans le contexte des années 1960-1970. Si les dogmes de la dictature du prolétariat et de la crise inéluctable du capitalisme sont progressivement tombés en désuétude, le marxisme a longtemps continué à fournir aux socialistes européens sa grille de lecture des réalités sociales. Jusqu’à ce que ces partis soient traversés, à partir des années 1990, par un autre débat : celui de la « troisième voie ».


A suivre

dimanche 21 mai 2017

Pourquoi le pouvoir a toujours miné le Parti socialiste (1/3)

Le Monde 18/5

Parti de rupture ou de gouvernement ? Cette tension jamais résolue menace le Parti socialiste de désintégration. Professeur d’histoire et de sociologie politique, directeur du Centre d’histoire de Sciences Po et président de la School of government de la Libre université internationale des études sociales (Luiss, Rome), Marc Lazar est coauteur de l’ouvrage Le Parti socialiste unifié. Histoire et postérité (Presses universitaires de Rennes, 2013). Il retrace les grandes étapes de la douloureuse confrontation du PS avec l’exercice du pouvoir.

Le PS est-il mort, comme l’a récemment déclaré Manuel Valls ?
Je serais plus prudent. La crise qu’il traverse est périlleuse mais il en a connu d’autres. Chaque fois que les socialistes ont été au pouvoir sous la Ve République, les tensions qui se sont ensuivies ont entraîné des échecs électoraux : lors du premier mandat de François Mitterrand (ils perdent les législatives en 1986), lors du second (déroute aux législatives de 1993), lors de l’élection présidentielle de 2002, où Lionel Jospin a été éliminé du second tour… Manifestement, l’exercice du pouvoir plonge toujours le PS dans de grandes difficultés et dans de douloureux débats internes.

Ces difficultés se sont-elles aggravées sous le quinquennat de François Hollande ?
Un certain nombre d’éléments ont amplifié le problème. C’est d’abord l’écart entre le discours et les actes en matière de politique économique et sociale. La fameuse phrase de François Hollande lors du discours du Bourget – « Mon ennemi, c’est la finance » – s’est rapidement heurtée à la nouvelle orientation économique du gouvernement en faveur des entreprises.
C’est, ensuite, la question de l’Union européenne (UE), qui divise depuis des décennies le PS. François Hollande avait annoncé qu’il allait tenter de renégocier le traité de stabilité budgétaire pour infléchir la politique d’austérité : cela ne s’est pas fait, et cet échec a mis à nu la division sur ce sujet au sein du PS – division qui avait déjà été creusée lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen.
« La fameuse phrase de François Hollande lors du discours du Bourget – “Mon ennemi, c’est la finance” – s’est rapidement heurtée à la nouvelle orientation économique du gouvernement en faveur des entreprises »
C’est, encore, la question de la fonction présidentielle sous la Ve République, sujet toujours épineux pour un parti dont la tradition est la démocratie parlementaire. Faut-il incarner franchement cette fonction, de façon verticale, comme le soutient Manuel Valls ? Ou au contraire introduire plus d’horizontalité et évoluer vers une VIe République, comme le propose Benoît Hamon ? En hésitant entre les deux, le président « normal » a relancé le débat au sein du PS.
Ce sont, enfin, les attentats terroristes, qui ont ouvert une ligne de fracture autour de la déchéance de nationalité. Deux sensibilités s’y sont opposées : celle de l’autorité de l’Etat, d’une logique répressive implacable contre le défi terroriste ; et celle qui considère qu’il faut aussi s’interroger sur la raison pour laquelle des Français sont capables de se faire exploser contre leur propre pays.

Pourquoi le PS français a-t-il, de manière générale, un rapport douloureux avec l’exercice du pouvoir ?
D’abord, une précision : depuis la création de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), en 1905, les multiples crises qu’a connues le PS français n’ont pas toutes été liées à l’exercice du pouvoir.
On peut citer par exemple la scission communiste de 1920, qui est un affrontement sur les valeurs ; la crise des néosocialistes de 1934, qui dériveront ensuite vers le régime de ­Vichy ; la question du pacifisme à la fin des années 1930 ; la guerre d’Algérie dans les années 1950-1960… Mais ce parti, c’est vrai, a un problème dans son rapport au pouvoir.
« Depuis son origine, le PS n’a cessé d’être écartelé entre deux objectifs inconciliables : rompre avec le capitalisme d’une part, s’insérer dans une politique gouvernementale – donc dans une économie de marché – d’autre part »
Depuis son origine, il n’a cessé d’être écartelé entre deux objectifs inconciliables : rompre avec le capitalisme d’une part, s’insérer dans une politique gouvernementale – donc dans une économie de marché – d’autre part.
Les chercheurs Alain Bergounioux et Gérard Grunberg ont amplement théorisé cette tension, ce « long remords du pouvoir ». Plus que tout autre parti en France, le PS est confronté à cette contradiction entre un idéal de la transformation radicale et la réalité du pouvoir. Les socialistes ne sont plus révolutionnaires, mais l’idée d’une rupture avec le capitalisme reste chez eux très prégnante – elle était d’ailleurs portée en 1981 par François Mitterrand, qui insistait sur la nécessité de faire des réformes fortes et non graduelles.
Pour les socialistes, la question du pouvoir est donc une confrontation très rude, très douloureuse, entre ce que Sigmund Freud appelle le principe de plaisir et le principe de réalité.
On retrouve cette tension tout au long de l’histoire du PS. En 1924, au moment du Cartel des gauches, les socialistes décident de ne pas participer au gouvernement avec les radicaux. A la fin des années 1920, Léon Blum propose sa célèbre distinction théorique entre « conquête » et « exercice » du pouvoir : il faut assumer, dit-il, l’exercice raisonné du pouvoir dans un gouvernement d’alliance, et repousser l’expérience révolutionnaire à l’heure où la SFIO réussira à conquérir ce pouvoir, c’est-à-dire à obtenir la majorité absolue aux élections.
Cette tension ressortira violemment lors du Front populaire de 1936 : un temps bref durant lequel sont réalisées une multitude d’avancées sociales, que l’aile gauche du parti considère comme un simple commencement quand son aile droite estime qu’on ne peut pas aller plus loin. Il faut encore citer la période de la guerre froide allant de 1947 à 1951, durant laquelle la SFIO fait alliance avec les démocrates-chrétiens du MRP contre les deux forces qu’elle considère comme extrémistes : les gaullistes d’un côté, les communistes de l’autre. De cette expérience d’un gouvernement centriste, les socialistes garderont une méfiance durable, car ils estiment qu’elle a très peu favorisé les conquêtes sociales.
Le dernier grand moment de cette tension originelle survient en 1981 : pour la première fois sous la Ve République, les socialistes arrivent au pouvoir. Ils entament un grand programme de nationalisations et de réformes sociales… avant de se fracasser deux ans plus tard sur le « tournant de la rigueur ».
« Le socialisme français est passé d’un réformisme « honteux » à un réformisme assumé. Mais la tension n’en demeure pas moins entre partisans de réformes dures ou graduelles »
Aujourd’hui, le socialisme français se réclame clairement du réformisme, et non de la révolution marxiste : il est passé d’un réformisme « honteux » à un réformisme assumé. Mais la tension n’en demeure pas moins entre partisans de réformes dures ou graduelles. A l’aile gauche du parti, le programme de Benoît ­Hamon se voulait ainsi un programme de gouvernement, mais il comportait des propositions radicales.

A suivre