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dimanche 7 mai 2017

Le "peuple" a-t-il toujours raison ?

Les Britanniques viennent de conforter Thérésa May lors d’élections locales. Curieux car, de part et d'autre de la Manche, les conséquences, dans 2 ans, de la "facture" (fracture ?), seront élevées. On parle de plus de 60 milliards de "frais" de rupture. Sans parler du reste, probablement plus dramatique encore... 
Moralité : méfions-nous des référendums...

Mme May et les fables du Brexit
Editorial. La première ministre britannique pensait pouvoir diviser les Européens dans ses négociations de sortie de l’UE et s’attache au mythe d’un accord gagnant-gagnant. Mais elle fait face à un blocus continental.
LE MONDE | 05.05.2017

On connaît la passion des Britanniques pour les épopées impériales. Osons donc une comparaison nouvelle avec le Brexit, qui prévoit la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) d’ici deux ans : pour la première fois depuis deux siècles, les Britanniques font face à un blocus continental, comme celui tenté par Napoléon en 1806. A une différence près, il fonctionne !
La première ministre, Theresa May, pensait en effet pouvoir diviser les Européens dans ses négociations de sortie de l’UE, flatter telle branche industrielle, s’attirer les bonnes grâces des pays amis d’Europe de l’Est. C’est l’échec. Loin d’accélérer le délitement européen, le Brexit semble conduire à un sursaut. Les continentaux y ont trop à perdre. Les Vingt-Sept font bloc et le feront encore plus si Emmanuel Macron est élu président de la République, lequel a déjà annoncé son intention de travailler non pas « face » à Angela Merkel mais « avec ».

Curieusement, les Britanniques n’ont pas réalisé combien leur vote marquait une rupture stratégique, une révolution du rapport de force en Europe. Le Brexit sera « hard », comme l’a dit depuis le début Mme May. « Hard » oui, très « dur », mais pour les Britanniques, qui n’ont jamais été aussi affaiblis.

Jean-Claude Juncker « dix fois plus pessimiste »
Mme May ne l’a pas encore réalisé, comme en témoigne le compte rendu par la Frankfurter Allgemeine Zeitung d’un dîner calamiteux, mercredi 26 avril, entre Mme May, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le négociateur pour le Brexit, le Français Michel Barnier. Durant cette soirée, M. Juncker a expliqué à son interlocutrice qu’on ne sortait pas de l’UE « comme on quitte un club de golf » et qu’il quittait Downing Street « dix fois plus pessimiste » qu’il n’y était entré.

Explication des illusions des Anglais, accusés par M. Juncker de vivre dans « une autre galaxie ». Depuis la défaite de Napoléon, les Britanniques veillaient à organiser un équilibre des puissances sur le continent qui soit favorable à leurs intérêts. Ils regardaient l’Europe avec une bienveillante condescendance, tel Churchill prônant en 1946 les Etats-Unis d’Europe, dont ils seraient avec les Etats-Unis d’Amérique les « protecteurs ». Et, lorsqu’ils sont entrés dans l’UE, ce fut pour façonner une Europe à leur main, un vaste espace économique, de liberté et de sécurité : l’Europe élargie appelée à se confondre avec l’OTAN.

Ce magistère moral a permis aux Britanniques de faire la pluie et le beau temps en Europe : c’est Tony Blair, européen de papier, qui imposa, au début des années 2000, tant de lignes rouges à la Constitution européenne qu’il empêcha une vraie intégration, ou qui organisa la division de l’Europe lors de la guerre en Irak. Ces temps sont révolus. Depuis la crise financière, les Européens font sans les Britanniques si nécessaire. Le reniement du Brexit fait perdre la main à ces derniers.
Mme May est désormais dans une seringue, boutée hors d’Europe d’ici deux ans. Elle doit prendre la mesure de la tâche qu’elle a à accomplir. Son pays a beau n’être ni dans l’euro ni dans Schengen, il est lié à l’UE jusque dans les plus étroits interstices. M. Juncker a présenté à Mme May les accords commerciaux avec le Canada et d’adhésion avec la Croatie : six kilogrammes de documents. Elle va devoir en détricoter puis en renégocier au moins autant. Mme May s’accroche à la fable d’un accord gagnant-gagnant qui n’existe pas. Le Brexit est un jeu à somme négative. Surtout pour son pays.

mercredi 11 janvier 2017

Le besoin d'Europe...

En Europe, le Brexit ne fait pas envie

Editorial. La victoire du « out » au référendum du 23 juin au Royaume Uni n’a pas sonné le début de la fin de l’Union européenne.
LE MONDE | 10.01.2017

Il y a bientôt sept mois, les Britanniques votaient en faveur du Brexit. A près de 52 % des suffrages, les sujets du Royaume-Uni décidaient de quitter l’Union européenne. Le reste de l’Europe a pris peur. Cette manifestation de rejet sonnait le début de la fin de l’UE. A tout le moins, elle portait un coup terrible à l’image de l’Union. Elle allait susciter des vocations, marquer le début d’un détricotage de ce que les Européens ont mis plus d’un demi-siècle à bâtir. Grosse vague de « blues » sur le Vieux Continent. A tort.

Car la vérité est que le Brexit ne fait pas envie. L’europhobie ne traverse pas les eaux froides de la Manche. Au contraire. L’Europe est cette chose bizarre qui ne suscite guère d’enthousiasme dans les opinions de ses membres mais, pour autant, que personne ne veut quitter. Moins que jamais. Le référendum du 23 juin 2016 chez nos cousins britanniques a même plutôt renforcé l’attachement à l’Union européenne. AA : "nos cousins" se posent d'autant plus la question que l'Ecosse et l'Irlande ont voté contre la "sortie" de l'UE. C’est une bonne nouvelle, à la veille des élections qui doivent avoir lieu cette année aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. AA : législatives dans les 3, plus présidentielle et sénatoriales en France.

Pas d’effet « domino »
Un sondage réalisé par l’institut Win Gallup du 25 novembre au 7 décembre – auprès de 14 969 Européens – indique que le Brexit n’a pas produit d’effet « domino » : dans tous les Etats membres, la majorité des Européens souhaitent que leur pays reste dans l’UE. Dans la plupart des pays, les chiffres sont même plutôt en hausse à la suite du Brexit. Détail qui a son importance : seuls 46 % (et non plus 52 %) des Britanniques voteraient aujourd’hui pour le Brexit.
Une étude IFOP pour la Fondation Jean-Jaurès témoigne du même phénomène en Allemagne et en France. Dans ces deux pays, qui sont au cœur de la construction européenne, l’appartenance à l’UE est cotée à la hausse. Commandées par la Fondation Robert-Schuman, une série d’enquêtes menées en novembre par l’IFOP au sein de l’UE (Allemagne, Espagne, France, Italie, Pologne) témoignent d’un regard réaliste porté sur le Brexit. Une majorité des sondés n’y voient pas une catastrophe pour l’Europe, mais une affaire qui affaiblira l’économie britannique. AA : relativisons les sondages, mais, d'une part, l'impression que je ressens dans mon entourage va dans ce sens; d'autre part, les difficultés politiques auxquelles se heurte la première ministre anglaise sont visibles : on a l'impression qu'elle ne sait pas par où prendre le problème (rappelons quand même qu'elle était pour le non au Brexit... cela sans mettre en doute sa loyauté !). Enfin, le Conseil européen a décidé de faire front uni dans les négociations et d'être inflexible...

L’UE n’est plus une histoire d’amour
L’Italie apparaît comme le maillon européen le plus faible. Elle est le pays où l’euroscepticisme est le plus fort. Et, pourtant, même en Italie, les partis anti-européens sont obligés de tenir compte de l’état de l’opinion : l’europhobie ne fait pas un programme de gouvernement. A tel point que le Mouvement 5 étoiles de l’Italien Beppe Grillo a esquissé une vaine tentative de rapprochement avec le groupe le plus « européiste » du Parlement européen ­celui du Belge Guy Verhofstadt. AA : c'est ce groupe fédéraliste qui a refusé l'union... Grillo est-il maintenant "grillé" auprès de ses électeurs, après ce faux-pas ?

Mais, aux Pays-Bas comme en France, les formations d’extrême droite, comme le Parti pour la liberté de Geert Wilder ou le Front national de Marine Le Pen, ont bien compris aussi que leur tropisme anti-européen était minoritaire : elles ne prônent plus la sortie de l’UE. Il en va de même en Allemagne, où l’AfD a changé de bouc émissaire, passant de l’UE aux immigrés en général.
L’UE n’est pas, n’est plus, une histoire d’amour : elle ne stimule guère notre libido politique. Mais tout se passe comme si les Européens saisissaient bien le profil du monde qui s’annonce, marqué par le réveil d’un nationalisme brutal, dans l’Amérique de Donald Trump, la Chine de Xi Jinping, la Russie de Vladimir Poutine, l’Inde de Narendra Modi. Dans cet univers de blocs de puissance, le seul instrument qu’ont les Européens pour tenir leur place, c’est l’UE. Pas romantique, mais efficace. AA : La conclusion est donc bien la nécessité de renforcer l'Europe...