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lundi 12 septembre 2016

Lettre à mes enfants, à l'étranger (1).

Mes chers enfants,
Il y a quelque temps que je ne vous ai fait part de l'ambiance dans notre cher pays.
La France n'a pas, depuis longtemps, autant baigné dans le racisme et la xénophobie. Certes, ces 2 maux sont toujours plus ou moins latents. On se souvient de l'antisémitisme du temps de Dreyfus et de celui des années 30. Même si cette forme de racisme existe encore probablement, les relents anti-arabo-musulmans ont pris le dessus et relayent dans l'esprit de beaucoup cette peur de l'étranger, cette psychose de tout ce qui est différent de nous...
Rappelons-nous que toute une génération de Français a fait la guerre d'Algérie et une partie est devenue raciste pour des raisons qui mériteraient un long développement. C'est là, d'ailleurs, qu'un dénommé JM Le Pen s'est illustré par la pratique de la torture... En France, le FLN, le mouvement de "résistance" algérien, a suscité également beaucoup de haine...
Tout cela était enfoui dans le subconscient de nombreux Français, tant et si bien que, la fin des 30 glorieuses engendrant un chômage de plus en plus important, l'extrême-droite et plus particulièrement sa représentation politique, le Front national, réveilla cette haine. Le FN prospéra au fur et à mesure de la faillite des partis politiques, ces derniers se décrédibilisant par aussi bien leurs échecs au pouvoir que par des décisions opportunistes peu conformes à leurs engagements et par des conduites de privilégiés ne songeant qu'au renouvellement infini de leurs multiples mandats... 
On comprend que c'est sur ce terreau favorable que la vague d'attentats islamistes, commis en France depuis 18 mois, a déclenché un racisme exacerbé contre la population française d'origine musulmane et, par extension, signe d'un mal encore plus profond, contre toute immigration... 

La France a peur ! Et cette peur, amplifiée par l'extrême-droite qui mise sur cette haine longtemps étouffée, a trouvé un relais puissant chez ces hommes politiques qui trouvent le créneau porteur et font de la surenchère sécuritaire... Même si l'Histoire ne repasse pas les mêmes plats, la situation fait étrangement penser à celle de la fin de la République de Weimar et à l'arrivée des nazis sur fond de chômage et de querelles entre les partis (dont celles qui opposèrent les partis de gauche entre eux), mais aussi sur fond d'hitlérisation des esprits... et d'antisémitisme. Comparaison n'est pas raison, mais il faut savoir tenir compte des leçons du passé.
La France a peur et se trouve prête à succomber à un pouvoir fort qui restreindra les libertés et gouvernera sur ordonnances au mépris des représentants du peuple...
La France a peur et le jour n'est pas loin où des individus feront eux-mêmes la loi, au mépris de la loi...
La France a peur et se ridiculise : on l'a vu avec cette sotte histoire de burkini qui a fait de nous la risée du monde entier...
Et moi aussi, j'ai peur parce que la France a peur et est prête à se jeter dans les bras de n'importe quel Politique qui aura su flatter ses bas instincts...
Voici ce qu'est la France d'aujourd'hui : haine et fantasmes !

A suivre

mercredi 2 mars 2016

Lettre à mes enfants, à l'étranger (suite)


Mes chers enfants,

Je vous ai écrit hier pour vous expliquer pourquoi je pensais que la menace Le Pen était jugulée pour ces prochaines années. Mais s'il n'y a pas d’aggiornamento de la classe politique avant 2022, le national-populisme pourrait finir par l'emporter.
Dans notre région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, la droite l'a emporté, parce que la liste de gauche majoritaire s'est retirée pour empêcher le FN de gagner au second tour. Décision courageuse, tout comme le fut la déclaration du quotidien régional La Voix du Nord, seul parmi ses confrères en France à se situer contre le FN. Ces deux exemples prouvent que l'on peut prendre des positions conformes à ses valeurs. Confirmation de ce que je vous disais hier sur la crédibilité des élus FN, les positions exprimées lundi en commission permanente au Conseil régional : refus d'une subvention au Nouvel an berbère de Beauvais pourtant soutenu par l'élue frontiste locale, sous prétexte d'une "manifestation communautariste": ou encore l'abstention sur une subvention pour ce festival consacré à l'amour et dont une manifestation, interdite au moins de 16 ans, proposait la lecture  de textes osés d'Aragon et Apollinaire (qu'une élue FN s'empressa de lire dans l'assemblée...).

A Hénin-Beaumont, on mesure ce que pourrait être la France dirigée par le FN. Certes, le FN flatte les habitants en mettant l'accent sur les fêtes et manifestations traditionnelles. Aucun projet n'a été mis en oeuvre depuis 2 ans, probablement encore par carence intellectuelle.
Par contre, la liberté d'expression est bafouée continuellement :
- les associations sont visées (écartées, privées de subvention...) quand elles ne vont pas dans le "bon sens"...
- la presse locale est vilipendée, interdite de réunions publiques et d'informations; les journalistes injuriés...
- le maire utilise le magazine municipal, payé par les contribuables, pour mener sa propagande municipale (notamment en éreintant La Voix du Nord et l'opposition municipale);
- le syndicat CGT qui avait dénoncé l'installation de caméras de vidéo-protection dans la mairie, alors que le Préfet n'avait pas donné son autorisation et que d'autres instances n'avaient pas été consultées comme l'exige la loi, est attaqué en la personne de son secrétaire général. La CGT, donc, voit des membres de son bureau démissionner par chantage à la promotion. Des agents cégétistes sont traités d'"alcooliques" et de "fainéants" (il est vrai que cette insulte a été retirée d'Internet, mais il reste des captures d'écrans)... La page Facebook du maire et un journal soi-disant "satirique" sur le même support, regorgent de propos injurieux et racistes...
- l'opposition municipale est insultée, privée de parole, ridiculisée, niée quand elle veut intervenir en conseil municipal...

Voilà ce qu'est devenue cette ville, près de 2 ans après l'arrivée du FN !
La population commence à comprendre, mais faute d'opposition crédible, un travail de fond n'est pas effectué. Quand on pense que le maire n'a pas suspendu une adjointe accusée (par le président du conseil départemental 62) de fraude au RSA et que les Héninois n'ont pas été informés de cette double infamie, on mesure les déficiences de l'opposition politique, laminée lors des dernières élections... 

Ces exemples (Conseil régional et Hénin) prouvent que le FN est néfaste et dangereux pour la France, mais tant qu'un travail complet de renouvellement politique n'est pas entrepris, la menace d'extrême-droite, même si elle est reportée, n'en reste pas moins préoccupante. Comme sur le plan national, c'est maintenant qu'il faut préparer l'avenir...

Je vous embrasse, mes chers enfants.
Votre père.  


 

mardi 1 mars 2016

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants, vous me demandiez mon sentiment sur la menace constituée par le Front national, en France. Je sais que dans vos pays respectifs de résidence, à part quelques images de M. Le Pen, le sujet est quelque peu édulcoré (si vous voulez des infos, n'hésitez pas à lire mon blog...). J'ai pourtant lu qu'aux USA, on faisait un peu plus cas de Marion Le Pen, nièce de la précédente et petite-fille du fondateur du parti... Effectivement, on la sent poindre le bout de son nez (n'y voyez aucune allusion à son appendice nasal !) et si sa tante perd les élections présidentielles de 2017 et si les scandales financiers dans lesquels le nom des Le Pen est fortement évoqué, elle pourrait prendre la suite dans cette épopée familiale...

1) En France, au niveau national, le FN a atteint son apogée en décembre dernier, avec 27,8% des voix. Il a certes emporté de nombreux postes de conseillers régionaux, comme il avait gagné des postes de conseillers départementaux, quelques mois auparavant. Mais, dans les 2 cas, il n'a pas obtenu de département ou de région. Tant mieux, quand on voit l'incompétence et l'inutilité dont ils font preuve dans ces assemblées. On se demande comment ils auraient pu gérer ces collectivités... Il faut dire que, dans les mois précédents ces élections, on avait pu mesurer, à travers les propos graveleux de leurs candidats sur les réseaux sociaux, le degré de bêtise atteint par certains d'entre eux, à tel point que le FN a dû nettoyer ses listes en expulsant les plus dangereux...  
Quant aux villes emportées en mars 2014 (une quinzaine), elles sombrent les unes après les autres, dans ce que l'on pourrait appeler, si ce n'était aussi dramatique, un vaudeville désolant. Je vous parlerai d'Hénin-Beaumont un peu plus loin, mais les cas d'Hayange et de Béziers, par exemple, posent question quant au degré d'acceptation par les populations concernées... Jusqu'à quand supporteront-elles leurs élus FN ? Ainsi, Robert Ménard, le maire de la seconde ville citée (ex-président de Reporter sans frontières !), a fiché les enfants qui portaient un prénom musulman, ou a envisagé d'exclure les enfants de chômeurs d'activités péri-scolaires... et a également interdit que l'on pende du linge aux fenêtres et balcons des habitations... 
Si les élections présidentielles avaient lieu demain, Marine Le Pen serait présente au second tour, mais serait très nettement battue par le candidat de la droite, Alain Juppé probablement. En effet, la gauche s'effondre entre un F. Hollande qui n'a pas été capable de répondre au défi qu'il s'était lui-même lancé (faire baisser le chômage) et le reste de la gauche est très mal en point. Nicolas Sarkozy indispose une grande partie des Français (même ceux de droite !) et Alain Juppé devrait emporter les Primaires de son parti (Les Républicains, ex-UMP) : moins il s'exprime et plus sa popularité monte ! Les électeurs de gauche devraient voter pour lui dans un duel qui l'opposerait à M. Le Pen. 
Pour cette dernière, les obstacles seront nombreux dans les prochains mois, des affaires financières ayant interpellé la justice.  Ces affaires concernent le financement de son parti d'une part, et, d'autre part, son patrimoine immobilier (sous-évaluation pour une partie, et interrogation sur son financement, pour une autre partie). 
La crédibilité du FN est mise en cause pour son programme économique : sortie de l'euro et de l'Europe apparaissent peu crédibles aux yeux d'une grande majorité de Français... Quant aux questions sociétales : rétablissement de la peine de mort, de la légalisation de l'IVG, retour sur la loi "mariage pour tous"... les réponses ne satisfont qu'une petite partie des Français.   
Vous comprenez pourquoi, à votre question sur la menace FN, je réponds qu'elle ne se traduira pas par la victoire de MLP, l'an prochain. Les 5 ans de présidence d'Alain Juppé (il a déclaré ne pas se présenter pour un second mandat en 2022, car il aura atteint 76 ans...) doivent aboutir à une recomposition politique propre à éliminer une grande partie du vote FN. S'il n'y a pas de bouleversement de fond de la politique française, le spectre d'une menace frontiste resurgira avec beaucoup plus d'acuité, tant le monde aujourd'hui est confronté aux questions de nationalisme face à une immigration grandissante auquel nous ne savons pas répondre efficacement...
Demain, je poursuivrai avec la situation dans la région Nord-Picardie pour évoquer, localement, la "menace" frontiste.

Je vous embrasse, mes chers enfants.
Votre père. 

mardi 19 mars 2013

Lettre à mes enfants, à l'étranger


Mes chers enfants,

Voilà maintenant plus d'un an que je ne vous ai donné des nouvelles de cette France que vous avez, pour l'instant, quittée.
Comme vous le savez, à travers vos lectures et autres regards, notre pays est bien mal en point. Pourquoi ? Pour 2 raisons essentielles : l'espoir est absent et la solidarité disparaît.

Les 10 années que nous avons passées jusqu'en mai dernier, avait été marquées par des gouvernements de droite qui ont mené des politiques... de droite. Ce qu'avaient fait Reegan et Thatcher, nos présidents Chirac et Sarkozy l'ont fait : ils ont défait ce qui avait été mis en place, les 50 années précédentes et, en grande partie, ils ont détruit ce lien social défini par le programme issu de la Résistance et développé par tous les gouvernements successifs de droite comme de gauche... Les Français avaient alors vécu d'espoir : l'espoir d'un avenir meilleur pour eux et leurs enfants, l'espoir d'un progrès constant de leur environnement économique et social. Un effort collectif pour vivre mieux dans un monde meilleur. Les projets les plus fous ont pu naître à ce moment-là : la construction de l'Europe, certes, mais également une sécurité sociale unique au monde, des réalisations, telles que le Concorde ou le bateau France, qui ont redonné fierté à un peuple malmené pendant la seconde guerre mondiale, un développement culturel et littéraire qui faisait de notre pays un phare pour les autres : Sartre et Simone de Beauvoir, Foucault, Levi-Strauss et Derrida, mais aussi Cocteau, Truffaut et Godart...ont maintenu haut la notoriété française. Ces rêves fous ont trouvé leur apogée en mai 68 avec cette révolution qui n'était pas politique, mais utopique, par le fait qu'elle symbolisait le passage d'une génération qui avait vécu la guerre à celle qui était née après 45 et qui souhaitait que le progrès économique, social et culturel s'accompagne de l'émancipation de l'Homme. Tout était alors possible, même l'impossible... Certes, les premières crises dites "pétrolières" étaient annonciatrices de lendemains plus difficiles, mais l'espoir subsistait et aboutissait à l'élection de François Mitterrand comme Président de la République. C'est cette foi en l'avenir qui a maintenant disparu : nous avons vécu, depuis 2002, une droitisation des politiques, culminant avec une grave crise économique, quasi-mondiale, dans laquelle nous baignons depuis 2008...

Et pendant ces dix dernières années, où le désespoir a succédé à l'espoir, les politiques de solidarité ont été écornées, voire détruites : l'indemnisation du chômage, les prestations sociales, la progressivité de l'impôt... Sans parler des politiques sécuritaires qui ont dressé les Français les uns contre les autres, et provoqué une xénophobie digne des années trente... Les Français font face aux difficultés quotidiennes, se demandent comment leurs enfants s'en sortiront et, pendant ce temps-là, on avive ce climat angoissant par des mesures renforçant la peur de l'autre, délinquant en puissance, surtout s'il a un "look" étranger. Cette défiance, que l'on instille chez chacun, provoque un recroquevillement sur soi, peu favorable à la créativité ou à l'épanouissement de chacun...

C'est dans cet état d'esprit désespéré que les Français ont élu François Hollande (ou se sont débarrassés de Sarkozy), en mai dernier, il y a à peine 10 mois. Alors que Mitterrand avait, dans les mois suivant son élection, fait voter de grandes lois de réenchantement (39 heures, hausse du SMIC, cinquième semaine de congés, abolition de la peine de mort, nationalisations, retraite à 60 ans, lois de décentralisation...), le nouveau François s'attelle, dans une situation économique difficile, à mettre en place son programme, avec quelques écarts ou retards (accords de compétitivité, vote des étrangers non communautaires, limitation du cumul de mandats, mesures contre le chômage jugées insatisfaisantes...) qui ne satisfont pas les Français: les uns sont déçus par le manque de résultats des mesures prises, d'autres (parfois les mêmes) sont accablés par la politique d'austérité menée par le gouvernement. Y a-t-il une autre politique possible, dit F. Hollande ? Le fait est que, même si la situation est quasiment identique dans les autres pays européens (exceptée l'Allemagne), même si les contraintes semblent difficiles à desserrer tant les solutions ne sont pas nationales, mais internationales, les Français ne s'y retrouvent pas. Pire encore, les chantres d'une autre politique (à droite comme à gauche) ne sont pas crédibles et on en arrive à une situation telle que le ras-le-bol est généralisé et qu'une étincelle pourrait provoquer l'explosion.
Vous comprendrez pourquoi la situation est morose (et c'est un euphémisme!) et l'on ne voit pas, à ce jour, ce qui pourrait changer. Les Français n'ont toujours pas d'espoir en leur futur... et c'est grave, parce que n'importe quel bonimenteur pourrait leur faire croire n'importe quoi...

J'espère pouvoir, dans un prochain courrier, être moins pessimiste...

Je vous embrasse.
Votre père


mardi 17 janvier 2012

Lettre à mes enfrants, à l'étranger

Mes chers enfants,

Je ne sais si vous suivez les péripéties de la campagne présidentielle française, mais force est de reconnaitre qu'elle n'a pas encore vraiment  débuté. En effet, la grave situation économique française limite les promesses électorales habituelles: à moins d'être démagogue, personne (sauf une candidate) ne songe à distribuer l'argent qui n'existe pas ou hésite à formuler des propositions de recettes irréalistes (sauf une seule candidate). Une autre raison de cette campagne encore au ralentie est que le candidat-président n'a pas encore déclaré sa candidature et que son challenger principal a décidé de ne pas précipiter les choses...

- Le présumé-candidat Sarkozy doit faire face à un bilan épouvantable: très peu de ses innombrables promesses ont été honorées et son image en France (comme à l'étranger, d'ailleurs) est plus qu'écornée. Certains sondages envisagent même qu'il ne soit pas présent au second tour... Il est véritablement rejeté par une très large majorité de Français.

- François Hollande a une position ambiguë qui laisse planer des doutes sur le personnage. Il retarde le moment de se mettre véritablement en campagne: il explique cela par sa volonté de ne pas s'engager, immédiatement, dans un combat où il devrait rendre coup sur coup à son principal concurrent qui le pilonne sans cesse. Il porte un masque "à la Mitterrand": impassible et froid alors que le personnage est doué d'un humour peu commun. Je ne suis pas sûr que son attitude soit médiatiquement porteuse...

- Marion Le Pen (la fille de JM Le Pen), comme tout leader populiste d'extrême-droite, profite de la crise économique, de la misère sociale et du désaveu du politique. Ses propositions ne sont pas crédibles (sortie de l'euro, mesures sécuritaires...) et racistes (refus des immigrés, même présents sur le sol français, anti-islam obsessionnel). N'empêche que certains sont réceptifs à ce discours, d'autant plus que la classe politique, figée et décalée des réalités quotidiennes, scient la branche sur laquelle elle est assise.

- François Bayrou récupère des déçus de tous les bords qui ne veulent pas se réfugier dans les bras des antirépublicains. L'homme est intelligent, mais ne dispose pas de troupes suffisantes. Son progamme économique est toujours vague ("produire")...Il peut bénéficier de pas mal de voix de droite qui en ont assez de Sarkozy...Sa présence au second tour n'est pas à exclure totalement. Dans une telle éventualité, il aurait sa chance contre Hollande...

- Jean-Luc Mélenchon: l'homme est redoutable dans les débats et devrait en profiter dès que la campagne aura véritablement commencé. Lui seul peut récupérer les voix des désespérés de gauche qui seraient tentés par ..M. Le Pen. Son volontarisme et ses convictions anti-libérales pourraient lui assurer un score à 2 chiffres... et le candidat sur qui il appellera à reporter ses voix devra en tenir compte!

- Eva Joly a beaucoup de mal à faire entendre sa voix, pourtant originale (je ne parle pas de son accent...). On aurait pu penser que les Français seraient attirés par son expérience dans la lutte contre la corruption. L'élection présidentielle est traditionnellement l'élection la plus difficile pour les Verts parce que leur message est plus difficile à faire passer dans les scrutins nationaux que locaux. Dommage, parce que ce sont les seuls à avoir une démarche pour changer de société, tout en restant dans l'économie de marché. Le score de l'ex-juge pourrait être très faible et entrainer la même catastrophe aux législatives. EELV joue gros parce que ces dernières élections déterminent le montant du financement des partis. Or, comme on sait que la situation financière des écologistes est plus que difficile...

Il y a d'autres candidats annoncés. Les uns sont connus: C. Boutin, JP.Chevènement, D.de Villepin. D'autres le sont moins (N.Arthaud, C.Lepage, H.Morin, N.Dupond-Aignan). D'autres, enfin, le sont très peu, voire pas du tout (F.Nihous, P.Poutou, JM.Governatori, A.Mourguy...). 2 obstacles pour ces candidats: les 500 parrainages et le financement...

Voilà la situation à un peu plus de 3 mois du 1er tour de cette élection présidentielle...Je vous en dirai un peu plus dans quelques semaines...

Je vous embrasse

lundi 28 novembre 2011

Lettre à mes enfants, à l'étranger


Mes chers enfants,

Le mot "déliquescence" m'obsède, depuis quelque temps déjà...Qu'il soit qualifié de chute, décadence, décrépitude, dégénérescence ou dégradation, il correspond à un état de fait que je résumerai lapidairement par le mot "décomposition". Décomposition d'une société où les règles d'antan, la morale, les valeurs, la solidarité sont bafouées. Ne croyez pas que je radote: bien sûr, on peut toujours trouver des choses positives ici-bas, telles que la possibilité de se relier au monde entier (nos conversations sur Skype en sont un exemple), la créativité dans tous les domaines, l'éducation (pour le meilleur et le pire), néanmoins je reste pessimiste. 

Quelques exemples, à différents niveaux, seront plus parlants:
Quand je vois que les pays du Nord ne sont pas plus solidaires envers ceux du Sud ou que, malgré les avertissements quasi-unanimes des scientifiques, la menace des changements climatiques s'amplifie, n'entraînant aucune réaction collective, on se dit que nous allons vers une extinction de l'espèce humaine pour la fin de ce siècle.
De même, quand je constate, avec effroi, que le racisme et la xénophobie s'amplifient de part le monde, je me dis que nous avons bien reculé ces dernières années, malgré nos idéaux d'après-guerre.

D'ailleurs, partout en Europe, les partis xénophobes ont une audience de plus en plus importante: la théorie du bouc-émissaire, lors de crises économiques, est toujours utilisée avec un succès qui nous rappelle de sombres heures. La France, malheureusement, n'est pas épargnée par ces phénomènes et je voudrais citer 2 exemples, symptomatiques de la déliquescence en question:
- en France, le parti majoritaire surfe sur les peurs des Français, exploitées sans vergogne par le parti fachiste et ouvertement xénophobe. Que ces gens-là (des 2 partis) nient les valeurs républicaines de notre belle devise "Liberté, Egalité, Fraternité" en discriminant l'Etranger, en flattant les bas instincts de ceux qui souffrent (individualisme, peurs, haine de l'autre), fait reculer nos sociétés et donne une image de la France qui me fait honte.
- non seulement l'UMP et le FN font oeuvre de décomposition de la société française, mais les partis de gauche, pour des raisons bassement électoralistes, s'accomodent de cette déliquescence des valeurs. Ainsi, dans ma Région, ils ont mis en place (je parle particulièrement du Parti socialiste, qui détient tous les pouvoirs) un système de financement occulte dont les objectifs sont, non seulement de constituer un magot pour le parti, mais également d'enrichir certains. Tout le monde le sait...et jusqu'à présent, la justice n'a pu s'exercer.
Bien entendu, cette déliquescence de la morale n'est pas l'apanage d'une seule organisation: dans d'autres régions, d'autres partis en font autant, mais ici, le système est quasiment monopolistique, depuis des dizaines d'années.
- dans la ville où j'habite, délabrée par la crise mais aussi et, surtout, par un maire escroc (en passe d'être jugé), les successeurs, en poste actuellement, qui avaient tous les éléments pour redonner espoir à la population ont échoué lamentablement et offre, ainsi, la ville au Front National. Mais pire encore, on peut penser que cette transmission se fait en toute connaissance de cause, non seulement de la part de ceux qui gèrent (?) la ville, mais également de la part du parti dominant régionalement, qui a tout fait  (ou: n'a rien fait) pour qu'il en soit ainsi.
Le fait que la déliquescence politique, évoquée à travers ces 2 exemples, soit sur le point d'être médiatisée (élections présidentielles obligent), ne me réjouit pas, car elle va détourner encore plus nos concitoyens de la représentation politique.

Les affaires dans lesquelles sont mêlées Strauss-Kahn (à New-York et à Lille, via la Belgique) ajoutées aux turpitudes socialistes à Marseille et dans le Pas-de-Calais, les forts soupçons qui pèsent sur le Président de la République, à travers plusieurs affaires de financement, sont, malheureusement, significatives du délabrement de la politique française. Quoiqu'en pensent ceux qui se tournent vers le FN, ce n'est pas de là qu'il faut attendre une renaissance des valeurs démocratiques.

Comme nous le démontrent certains exemples étrangers, seul le peuple est à même d'exiger qu'on le respecte!
A quand une révolution du type de celle de 1789 où ceux qui demandent plus de justice sociale et de respect, moins d'assujetissement aux marchés, moins de rigueur, moins de privilèges pour ceux qui sont déjà des privilégiés..? Quand est-ce que ceux qui veulent que soit appliqué notre tryptique républicain s'élèveront pour faire entendre leur voix? Dans le fond, nous aussi, nous sommes des "indignés"...Qu'attendons-nous pour nous faire entendre, nous qui sommes majoritaires?

Mes chers enfants, je sais ce que vous vous dites: même avec l'âge, il n'en a pas fini avec son esprit rebelle...Sachez que je n'abandonnerai pas ce combat qui vous concerne, principalement vous et vos enfants...

Votre père

jeudi 14 avril 2011

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants,

Je vous avais parlé dans mon précédent courrier du 25 janvier dernier des catastrophes, guerres et tutti quanti, tout en terminant sur un espoir de paix, si ce n'est pour votre génération, mais pour les suivantes...
Depuis, il s'est passé pas mal de choses et le monde change, plus vite encore que nous l'eussions pensé, il y a peu...
Véritables révolutions, Europe impuissante, catastrophe nucléaire...

Tunisie, Égypte, Libye et le Yemen qui est en passe de le faire, ces pays ont renversé leurs dictateurs...Véritables révolutions qui en ont ébranlé plus d'un. Ne parlons pas de ceux qui ont toujours pensé que ces pays ne pouvaient vivre que sous la botte d'un despote. Mais plutôt de ceux qui pensent que des régimes forts (c'est un euphémisme!) sont le barrage aux menaces islamistes. Ils le pensent d'ailleurs toujours et c'est bien une des raisons pour laquelle le FN ne voit pas d'un bon œil ce qui se produit. En effet, l'avènement de régimes démocratiques démontrerait bien que la peur de l'islam qu'agitent les Frontistes n'est, comme d'habitude, qu'un mensonge; une autre raison de cette méfiance (je rappelle que le FN est le seul parti en France à en avoir), c'est la démonstration que la liberté peut triompher de tout...
Rien n'est acquis aujourd'hui et les Islamistes  ne resteront pas les bras croisés et réclameront une plus ou moins grande parcelle de pouvoir. Mais les peuples qui se sont révoltés (et surtout les jeunes) ont, à travers Internet, une idée bien précise de ce que sont les libertés et le danger islamiste. A nous de les aider à mettre en place ces régimes démocratiques.
Bien sûr, les peuples qui bougent actuellement (Syrie, Oman, Jordanie voire Algérie) n'aboutiront qu'au prix de morts (car les régimes en place n'hésitent pas à tirer) et de détermination à ne pas se faire voler leur révolution...
N'oublions pas, non plus, le retour de la légalité en Côte d'Ivoire, en espérant que Ouattara, le Président élu, soit bien un démocrate...Comme vous le savez, ici (comme en Libye, d'ailleurs), beaucoup se sont émus que les Occidentaux aient pu aller au-delà du mandat de l'ONU. Il conviendra donc de vérifier tout cela, en sachant que, jusqu'à preuve du contraire (et on nous a déjà tellement menti, dans ces cas-là!), Gbagbo et Khadafi ont été défaits. Que ce soient pour eux, mais également pour Moubarak et Ben Ali, nous attendrons également les résultats d'éventuelles commissions d'enquête parlementaires pour voir dans quelle mesure la France s'est compromise avec ces dictateurs...

La catastrophe de Yukushima était annoncée, en quelque sorte. On sait très bien que le risque d'une catastrophe nucléaire existe et existera tant que nous nous fourvoierons dans cette aberration. Il y a toujours une bonne raison pour dire que cela n'arrivera pas en France (Tchernobyl était obsolète, la centrale japonaise est située sur une faille sismique, etc...), sauf que d'autres facteurs de risques existent, telles que l'erreur humaine ou le terrorisme, sans parler des inondations (le niveau des mers augmentent constamment, rappelons-le...). Même les faux arguments de l'État français ne sont pas crédibles. Les arguments d'indépendance énergétique (l'uranium vient de l'étranger et, en outre, il n'y en aura bientôt plus), le bas coût de l'électricité (bien sûr, puisque nous trichons sur la réalité des coûts: les provisions pour le démantèlement des centrales sont scandaleusement minorées) ne servent qu'à masquer la dépendance de l'État face aux lobbys des pétroliers, d'Areva et d'EDF, tous avides de profits au détriment de la sécurité et du pouvoir d'achat des Français.
Ces menaces qui planent sur nous sont évidemment en contradiction avec les mouvements de démocratisation évoqués avant. En France, nous obéissons au diktat de l'État: on ne peut débattre du sujet, a répété le Président Sarkozy...

L'Europe s'est montré impuissante pour prendre le leadership dans l'aide aux révolutions. L'Allemagne a refusé d'acter une intervention en Libye, même sous mandat onusien et même dans un cadre très précis, celui d'empêcher Kadhafi de massacrer sa population. Sarkozy a voulu faire cavalier seul en Libye, en faisant ses habituelles rodomontades, la veille d'un sommet européen...Et comme la Grèce, l'Espagne et le Portugal sont empêtrés dans leurs désastres économiques (vous remarquerez d'ailleurs qu'aucun de ces pays ne songe à quitter l'euro), que l'Italie essaye de se débarrasser du libidineux Berlusconi, que la Belgique n'a toujours pas de gouvernement, le moins que l'on puisse dire c'est que la sérénité n'est pas de mise en Europe, à commencer par la "Vieille Europe".
Seul soubresaut de lucidité, les 27 se sont mis d'accord sur des "stress tests" concernant les centrales nucléaires (les 58 françaises représentant la plus grande partie du parc européen) procédure que l'on pourrait traduire par "audits très poussés". 
Ainsi l'Europe en panne sur le plan social, fiscal et économique, n'est même pas capable de mettre en place une politique étrangère commune...Seule l'Europe de l'environnement surnage quelque peu...

La démocratie est le moins pire des régimes disait Churchill, mais encore faut-il l'instituer. L'Europe, elle, est une "ardente obligation", mais qui n'avance que trop lentement, au risque de sombrer, un jour, face aux mastodontes que sont l'Inde, la Chine, le Brésil et les États-Unis.

Le chemin est encore long...

Je vous embrasse.

mardi 25 janvier 2011

Lettre à mes enfants, à l'étranger

Mes chers enfants,

Plus on regarde le monde, et plus on sombre dans le pessimisme...

Voyez ces catastrophes aux 4 coins du monde: inondations en Australie, au Brésil, Pakistan, Xynthia en France, sans parler des tremblements de terre en Haïti, en Chine, le volcan en Islande, la marée noire dans le golfe du Mexique,  les boues toxiques en Hongrie...La liste est longue...
L'année 2010 a été l'une des plus meurtrières de ces deux dernières décennies, a affirmé ce lundi l'ONU. Au total 373 catastrophes naturelles ont fait l'an dernier 296 800 morts ainsi que 208 millions de sinistrés, dont 178 millions lors d'inondations.
Je ne parlerai pas des guerres en Afghanistan, Proche-Orient, etc...
Bref, on ouvre la télévision et, à chaque journal, les images de ces hommes et ces femmes  morts ou blessés, apeurés, dans le plus grand dénuement...Ces derniers jours, dans une indifférence quasi-générale, on a confirmé le viol de 500 000 femmes au Congo, en quelques années...Bref, le monde est fou...

Qui est responsable? L'homme, lui-même, souvent; le réchauffement climatique, peut-être...
Pas un jour que l'on annonce, près de chez nous, une agression, un "casse" meurtrier, une disparition qui se révèle être due à des violences. Depuis la semaine dernière, dans notre région, on juge 2 jeunes gens, qui ont martyrisé, méprisé, traité, par pur sadisme et gratuitement, 2 hommes mûrs, comme même des loups ne l'auraient pas fait avec leurs victimes...
Comment vivre dans ce tourbillon de malheurs et de méchancetés? L'Homme pourra-t-il un jour maîtriser ce torrent d'abominations? Des religions, des théories politiques ont pensé trouver des solutions. Las! Rien ne change...La nature se venge de ce qu'on lui fait, l'homme reste un loup pour l'homme...

Je n'ai, bien entendu, pas de solution à vous proposer. Tout au plus, pourrais-je répéter ce que je n'ai cessé de vous inculquer: le respect vis-à-vis de vous-mêmes, envers les autres et face à la nature. Ce n'est pas un système, mais la croyance que les hommes détiennent la solution, tapie au fond d'eux-mêmes. Peut-être que cet espoir débouchera un jour sur le bonheur universel...Nous ne serons pas là pour le voir, mais ayons conscience que nous pouvons y participer, de façon infinitésimale, certes, mais que, sans espoir, nous ne sommes rien.

De temps en temps, une lueur apparaît et nous nous disons: oui, l'homme est capable de modifier le cours des choses, parce qu'il le veut et parce qu'il détient les clefs de sa propre délivrance du mal.
Le cas de la Tunisie en est un exemple parfait! Voilà un peuple vivant sous le joug de 2 dictateurs successifs, le premier (Bourguiba) peut-être plus éclairé que le second (Ben Ali). Voilà un peuple sympathique que l'on croyait voué au joug éternel, courbant l'échine devant l'autorité. Et pourtant, il a pris son destin en main, chassant l'infâme, et cherche, aujourd'hui, à construire son destin démocratique. Quel bonheur pour lui, mais aussi pour tous ceux qui pensent que l'Homme est capable de grandes choses. Au Maghreb, en Afrique en général, mais aussi en Chine, en Russie ou en Birmanie, par exemple, mais, également, à... Hénin-Beaumont, les Hommes sont capables de se défaire des chaînes dans lesquelles les retiennent des gouvernants, cruels, autoritaires ou incompétents.
Ces dernières années, nous avions eu, avant la Tunisie, la Grèce, l'Espagne, le Portugal, le Chili, l'Argentine, les ex-pays de l'URSS et ses satellites et j'en passe...L'espoir a souvent été confirmé par le temps, mais quelques fois, les mêmes travers sont revenus: qu'importe, parce que les populations ont goûté au parfum de la démocratie et il en restera toujours le souvenir, déclencheur d'un prochain sursaut...

Fasse que, malgré les horreurs du monde, nous gardions cette lueur qui brille toujours au fond des ténèbres et de nous-mêmes, afin que nous puissions trouver ce chemin qui nous mènera vers la paix universelle.

Votre père



dimanche 19 décembre 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants, 

Je ne sais comment on voit la France d'où vous êtes, mais à travers votre presse, on est frappé par l'image qui en est donnée.
Jusqu'à présent, et je résume à l'extrême, c'était plutôt positif: protectrice des droits de l'homme, la France était réputée pour son bon goût (mode, gastronomie, patrimoine, érotisme...) et le rayonnement de sa culture, malgré une propreté négligée et une attitude arrogante des Français.
Aujourd'hui, la côte d'alerte semble atteinte au niveau de la justice et de la démocratie.. La France du Code Civil et de Tocqueville donne le mauvais exemple. J'ai déjà eu l'occasion de vous narrer nombre d'atteintes à la démocratie et à ses principes dont le Président de la République s'est fait le spécialiste.

Puisque tous les trois sommes juristes de formation et nourris au lait du droit français (toi S et moi-même) ou européen (toi J), laissez-moi vous faire partager le désespoir des démocrates français sur la question de la justice. 

Concernant l'indépendance de la justice par rapport au pouvoir politique. Au moment où le droit européen  (et cette semaine la Cour de Cassation après le Conseil Constitutionnel) fait remarquer que les Procureurs français ne sont pas des juges, car ils sont hiérarchiquement liés au pouvoir politique et au moment où il nous rappelle que la garde à vue doit bénéficier des droits de la défense (présence d'un avocat), l'État français, qui voulait supprimer la fonction de juge d'instruction, indépendant, fait feu de tout bois pour empêcher, dans différentes affaires, que l'administration de la justice se déroule indépendamment du regard du pouvoir politique. Gravissime est la façon dont se déroulent les procédures dans certaines affaires (Woerth/Bettancourt, Karachi, Chirac) mettant en cause les plus hautes personnalités de l'État. La probité et le sens du devoir de la magistrature finiront, je l'espère, par triompher des embûches que le pouvoir exécutif met pour les empêcher de trouver la Vérité.

Sur les atteintes à la démocratie, sachez qu'un homme, ami du Président et Ministre de l'Intérieur, symbolise cette déliquescence complète des mœurs politiques françaises. Il s'agit du sieur Brice Hortefeux: condamné pour injure raciale, il y a quelques mois, et, ces derniers jours, pour atteinte à la présomption d'innocence, il fait toujours partie du gouvernement, ce qui est une insulte aux règles de probité et d'honnêteté d'un État. Outre ces 2 condamnations (la seconde faisant l'objet d'un appel), notre homme vient, une nouvelle fois, de s'attaquer aux règles de la séparation des pouvoirs, en critiquant une décision de justice, soit-disant trop sévère. Sur le principe, c'est, évidemment, hautement répréhensible, et sur le fond, c'est plus que douteux (des policiers ont maquillé un faux rapport pour accuser un innocent et disculper l'un des leurs!). Plus le 1er Ministre attend pour le "virer", plus l'opprobre fait tâche...

Bien sûr, toi J, tu vis dans un pays où la justice est réellement indépendante, alors que chez toi, S, elle est aux mains du politique. Et vous percevez bien, que c'est dans le premier que l'Homme peut se sentir libre, alors que, dans le second, malgré les succès économiques, la liberté n'existe pas et sera un frein à l'évolution nécessairement démocratique du pays.
Les Hommes aspirent à la Justice, condition essentielle à leur épanouissement...

Je vous embrasse
Votre père.

mercredi 10 novembre 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants,

Je ne sais comment vous voyez la chose de vos continents respectifs, mais nous sommes très fortement préoccupés, en Europe occidentale, par la tentative de dédiabolisation de l'extrême-droite par elle-même.
Le schéma est à peu près le même partout:

- des partis extrémistes, nationalistes et racistes se débarrassent de leurs oripeaux les plus voyants: en général, on devient plus accommodants sur les problèmes de société (avortement, peine de mort), on met sous le boisseau son antisémitisme (quelque fois sous couvert d'antisionisme), son racisme est dirigé contre un très ambigu anti-islamisme, son nationalisme exacerbé se focalise, de façon démagogique, contre l'Europe, moyennant quoi, on espère passer pour fréquentable. Le scénario s'est joué, à peu près de la même façon, en Suède, en Hollande, en Autriche, en Italie, en Belgique, au Danemark, en Finlande, en Norvège, en Suisse...(le mouvement est encore plus criant en Pologne, Hongrie, Ukraine...), avec l'apparition de partis plus convenables, vus de l'extérieur et qui ont pu atteindre les marches du pouvoir dans les assemblées ou les exécutifs.

- des partis de droite, gênés aux entournures, et qui finissent par s'accommoder d'une union leur permettant d'exercer le pouvoir. Généralement les partis de centre-droit sont plus rétifs à ces relations que les droites classiques qui ont du mal à résister aux tentations...L'exemple français est, à ce sujet, significatif. N.Sarkozy avait triomphé aux Présidentielles de 2007 en siphonnant, par un discours musclé, les voix qui auraient pu se porter sur le FN. 3 ans après, les actes n'étant pas en conformité avec les paroles, le Président-candidat à sa propre succession n'a que 2 solutions en mains: renouveler le même discours sécuritaire ou s'allier au FN pour triompher. Cette seconde solution, fort possible, peut s'effectuer: soit par une alliance préélectorale (certains élus UMP viennent de le proposer), soit, plus naturellement, par des accords "discrets" de second tour, aboutissant à un gouvernement d'union, en cas de victoire de N.Sarkozy. La chose étant facilitée par le discours plus policé de Marion Le Pen...Ce dernier scénario, tenant compte d'une victoire interne de la fille Le Pen au sein du FN (son adversaire, B.Gollnisch, étant beaucoup plus dur et n'étant de ce fait, pas fréquentable), est le plus probable. Vu aujourd'hui, il est le seul qui permettrait à N.Sarkozy de se maintenir au pouvoir: c'est comme cela que S. Berlusconi gouverne, avec la Ligue du Nord...

- quant à la gauche, si les circonstances (hostilité des Français vis à vis du Président) peuvent paraître favorables, une alliance de fait entre l'UMP et le FN la renverrait à de nouvelles années d'opposition...
Pour éviter ce scénario catastrophe, une partie de la gauche serait-elle prête à faire alliance avec Sarkozy? Cela s'est vu en Allemagne, en Belgique, en Israël...C'est iconoclaste, mais si une génération d'hommes politiques veut exercer le pouvoir, c'est sa seule chance...

Vous me direz, les Français ne sont pas prêts à de telles alliances. Je pense, pourtant, que les esprits sont plus mûrs pour une union UMP/FN que pour un rapprochement Sarkozy/Gauche (une partie de la gauche...). Les esprits évoluent vite, à ce sujet et je reprendrai l'exemple héninois pour le prouver.
La montée du FN dans cette ville, avec la présence emblématique de Marine Le Pen, a donné lieu à des rapprochements impensables, il y a encore une dizaine d'années:

- le PS a favorisé, éhontément le FN, depuis 10 ans. Certains pensent maintenant qu'il a passé, volontairement, la ville par pertes et profits et, ce, depuis longtemps. Pour quelles raisons? Probablement le jeu bien connu, dans le Pas-de-Calais, du "je te tiens par la barbichette" illustré, en interne, par les soutiens surprenants à des élus décriés tels que Mellick, Facon ou Cottignies (à ce sujet, je me souviens que lorsque l'affaire Mellick a éclaté en 1993, les seuls élus socialistes venus à Béthune accorder leur soutien au Maire béthunois furent les 2 derniers cités...). Ce jeu serait-il en vogue entre le PS et le FN? En tous les cas, les soutiens intempestifs du PS à Dalongeville (alors que les rapports de la Chambre Régional des Comptes étaient éloquents), et l'absence de stratégie du PS, dans le 62, pour mettre fin à la gangrène frontiste (dans le Bassin Minier, je ne sais pas si il y a une ville où le FN serait en dessous de 30%, aujourd'hui), tout cela est trop parlant pour ne pas évoquer une collusion...

-  en 2001, la candidature Dalongeville, soutenue par le député socialiste Facon (et donc par le PS, lui-même), pour dégager le Maire sortant PS, Pierre Darchicourt, a donné lieu à des connivences entre Dalongeville et Briois (tête de liste FN à HB), avoués par ce dernier, et consistant en l'échange d'informations (sur le parking Babou).
Mieux encore, les candidats "humanistes" de l'Alliance Républicaine (qui ont gagné les élections de 2009 et sont actuellement au pouvoir), ont appliqué le même principe de "la fin justifie les moyens", en multipliant les rencontres et travaux en commun (dans un restaurant, en particulier, et non sur un parking!) avec le FN (avoués par M. Le Pen, en Conseil Municipal)! Quelqu'un me racontait récemment combien avaient été stupéfaits ceux qui assistaient au débat télévisé sur FR3 avant les élections de mars 2009, quand Marion Le Pen, en arrivant sur le plateau, fut embrassée par les 2 leaders de l'AR, Daniel Duquenne (qui allait devenir Maire, pendant quelque mois) et Georges Bouquillon. On voit bien que tout est possible et que ces alliances, souvent discrètes, peuvent prospérer...

Je ne sais si le phénomène des Tea Parties, mouvement ultra-conservateur, raciste ou au minimum anti-musulman, aux États-Unis, peut être assimilé à tout cela, mais il est sûr que, si les Républicains veulent gagner les Présidentielles de 2012 (eux aussi...), il leur faudra composer avec leur droite-extrême...

Voilà, mes chers enfants, comment on passe de la bataille pour des valeurs à la bataille dévalorisante pour le pouvoir.
Et pourtant...

mardi 21 septembre 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants,

Où va la France? Telle est la question angoissée que vous vous posez, que se posent les Français d'"ici et là-bas", ainsi que tous nos amis, francophiles ou non...
Bon, "il" avait annoncé la couleur en 2007: libéral économiquement, volontariste, complice, il s'est révélé, depuis, protecteur des riches, velléitaire et arrogant...Il avait pourtant fait ses preuves comme Ministre, depuis 2002, préférant les coups de gueule et les rodomontades à la volonté des Français d'être rassurés. Je reconnais qu'il satisfaisait ce besoin séculaire des Français d'avoir un chef fort. De Clovis à Sarkozy, les Français ont toujours eu besoin de s'identifier à un homme fort: Charlemagne, Louis XIV, les 2 Napoléon, Pétain, De Gaulle, Mitterand (Dieu!), toujours ce besoin de confier leur destin à un seul homme, qui plus est providentiel...Il faudrait être un saint pour ne pas se sentir au-dessus des autres...L'Histoire dira combien néfastes les institutions de la Vème République furent, préférant accorder tout pouvoir au chef plutôt que de donner une place aux contre-pouvoirs...
Les institutions états-uniennes, anglaises ou allemandes nous donnent pourtant des exemples réussis d'équilibre entre elles.
Et justement, si,
depuis 1958 et jusqu'à présent, les différents Présidents, n'en ont pas abusé, N. Sarkozy révèlent bien les excès auxquels notre Constitution peut amener. Voilà un homme qui, sans vergogne, s'appuie sur les forces de l'argent, méprise les citoyens français par le verbe, se croit investi de pouvoirs suprêmes pour prendre des décisions dont ses concitoyens ne veulent pas. Non seulement il se croit au-dessus des lois françaises, mais il a décidé, maintenant, en notre nom, de bafouer le droit universel des citoyens de non discrimination, péniblement élaboré au siècle dernier, après les barbaries humaines qui ont déferlé: il en profite d'ailleurs pour se mettre à dos le monde feutré des dirigeants européens ...
Vous avez vu la couverture terrible du célèbre magazine anglais "The Economist" montrant Carla Bruni trainant par la main un bicorne dont on devine que, dessous, se trouve un horrible gamin, avec le titre "The incredible shrinking President", l'incroyable Président qui rétrécit, qui ne rend pas en francais ce mélange d'ironie et d'exaspération devant ce bad boy (mauvais garçon) dont la stature, l'importance voire les promesses qu'il a inspirées, ont rétréci jusqu'à en faire un rien du tout, sous couvert (le bicorne) d'un sentiment de supériorité, bien français, d'ailleurs, tombé au ras des pâquerettes. Ce mépris pour l'homme est accentué par l'image de la belle Carla essayant de remettre devant ses responsabilités un homme qui n'en fait qu'à sa tête ...("à ses pires moments, c'est un opportuniste sans complexe qui tourne en fonction du vent. Avec ses contradictions, difficile de savoir ce qu'il veut réellement, pour peu qu'il le sache lui-même." écrit le journaliste anglais).
Cruelle caricature du rabaissement de la France..."J'ai mal à la France" disait un ancien Président français: je crois que nos compatriotes comprennent, maintenant, et ressentent le sens de cette formule...
La France gronde parce qu'elle est rabaissée, la France ressasse devant les fleurs faites aux riches, la France a honte parce que ses dirigeants abusent de privilèges, la France en a assez qu'on lui marche dessus, la France va se soulever parce que les soupapes vont lâcher,

Où va la France, demandais-je au début de cette lettre? Elle va réguler la situation par la rue, comme elle l'a fait en 1789, 1830, 1848, 1871 et 1968. A chaque fois qu'un pouvoir abuse de lui et que les institutions sont impuissantes, le peuple réagit...Et comme le Phénix, la France renaîtra de ces cendres, disant que l'on ne l'y reprendra plus...
Jusqu'à la prochaine fois?

Je vous embrasse

lundi 5 juillet 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants,

Je ne sais comment vous avez vécu les quolibets et autres moqueries à la suite de la performance de l'équipe de France de football au Mondial: j'ai lu des commentaires de la presse étrangère qui ont dû vous blesser profondément...
Je ne puis, malheureusement, que constater que cette catastrophe annoncée est le reflet de ce qu'est la France aujourd'hui: un pays déboussolé, sans point de repère...

- Le dédain et la surdité, dont a fait preuve Domenech, n'ont rien à envier au comportement du Président de la République. Persuadé d'avoir raison, Sarkozy n'écoute que les privilégiés pour mener la politique anti-sociale la plus éhontée. Ainsi la réforme des retraites et la réduction des déficits: plutôt que faire payer ceux qui, aujourd'hui, échappent, en tout ou partie, aux cotisations et impôts (du fait d'un bouclier fiscal qui permet aux détenteurs de patrimoine de ne pas payer leur dû, ou d'une taxation très basse des revenus financiers, sans parler de niches fiscales, de taux d'imposition maximum trop faibles...), on va faire payer les moins nantis et les classes moyennes. On crie casse-cou, mais, de la même façon que la Fédération française de football n'avait pas bronché, on n'écoute pas et le réveil risque d'être douloureux, comme à l'occasion de l'élimination des Bleus.

- L'éthique est absente de la politique française: les ministres bafouent les règles morales, se croyant tout permis; de même le Président s'augmente tout seul ses indemnités, veut imposer son fils sur le trône, comme dans une république bananière, ou s'offre un avion personnel de 180 millions d'euros...Pendant ce temps-là, il laisse le pouvoir d'achat des Français se détériorer (voir les hausses au 1er juillet) ou dégraisse la fonction publique, alors que le chômage ne cesse d'augmenter. On ne comprend toujours pas pourquoi Domenech a imposé Anelka et Govou, tout en punissant Malouda: le fait du prince, certainement. On ne peut admettre que malgré l'incompétence de cette équipe (de foot), ses joueurs vont se partager de 150 à 300 millions d'euros...

- L'omnipotence de Domenech, face à laquelle personne n'a pu opposer de contre-pouvoirs (Fédération, presse, licenciés, opinion publique), est également celle de Sarkozy: Parlement inaudible, médias surveillés (la direction de France-Inter inféodée, la nomination du Président du CSA par l'Élysée, la tentative de prise en main du journal Le Monde...), la manipulation de l'opinion publique...

Cela fait 8 ans que l'Etat français s'incarne dans Sarkozy (ministre puissant, puis Président) et que les Français ne s'y retrouvent pas: grossier personnage (ses insultes méprisantes, du "Karcher" au "pauv'con", sont légendaires), sa vie privée confondue avec sa vie publique, sa fascination pour les puissants (entrepreneurs du Fouquet's, people fraudeurs fiscaux...) et son obséquiosité envers ses "collègues" (Obama, Merkel ou Berlusconi) ont donné une image désastreuse d'une France méprisante, dictatoriale (népotisme, prébendes, privilèges sont le lot de tous les jours). Mais cette image, les Français la ressentent aussi: ils sont bafoués dans leurs droits, et ils savent bien que  l'unité nationale est mise en cause parce qu'on les dresse les uns contre les autres: la laïcité n'est plus le ciment de la société.

Or, la débandade de l'équipe de France de football est le reflet de cette déliquescence: un sélectionneur honni depuis plusieurs années, n'en a fait qu'à sa tête et a ridiculisé l'honneur national. Il s'est cru au-delà de ce que son mandat lui permettait et a mis en péril l'unité nationale: les racistes en profitent pour suggérer leurs relents nauséabonds. Sarko a donné l'exemple à Domenech et la France est désarticulée, s'enfonçant dans la méfiance, le repli sur soi-même, dans une période économique difficile...et propice à tous les errements...

J'espère que ce message pessimiste pourra se transformer bientôt en un message d'espoir en une France meilleure...

Je vous embrasse.

vendredi 4 juin 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger.


Mes chers enfants, je ne sais si vous percevez, d'où vous êtes, l'atmosphère délétère qui règne en France.
Je ne reviens pas sur la personnalité du Président de la République qui, bien qu'essayant de prendre un peu de recul, lui qui fut omniprésent sur la scène depuis 3 ans, ne "passe" pas aux yeux des Français. Les médias sont cruels avec lui, lui rappelant sans cesse ses contradictions: la semaine dernière, on nous montrait ses discours dans lesquels il soulignait avec force qu'il n'avait pas reçu mandat des Français pour modifier l'âge de la retraite; cette semaine, on revoit en boucle toutes les assurances qu'il avait pérorées, main sur le cœur: au grand jamais, il ne serait le Président de l'augmentation des impôts. On attend d'ailleurs le florilège télévisé de tous les renoncements. Si ce n'était aussi pathétique, on en rirait...

Je souhaiterais vous faire part de la morosité, voire de la colère sourde des Français devant les atteintes à leur quotidien.Certes les temps sont difficiles, certes notre économie est atone, comme partout en Europe, mais nous regardons ailleurs et nous voyons bien l'insolente réussite économique de pays aussi divers que le Costa-Rica, le Brésil, l'Australie, la Lettonie ou l'Inde, par exemple. Sans parler bien sûr des 2 pays où vous résidez: la Chine ne sait plus comment freiner cette croissance insolente qui fait éclater les carcans de la société; les États-Unis renouent avec les créations d'emplois...
Les Français ne supportent plus qu'on leur parle d'austérité alors qu'ils découvrent les privilèges de ceux qui bénéficient d'un bouclier fiscal, de revenus indécents ou d'avantages indus. Ils ne supportent plus d'être la seule variable d'ajustement alors que les stars du show business, de la finance ou du sport se pavanent devant eux...Derrière la morosité ambiante sourd un début de révolte que la moindre étincelle pourrait embraser. Sera-ce l'augmentation des cotisations sociales, la suppression de la retraite à 60 ans ou les mesures drastiques pour abattre une éducation nationale déjà mal en point?

Nous laisserons-nous endormir par la Coupe du Monde de football, le Tour de France cycliste ou la moiteur de l'été? Je n'ose imaginer un été pourri, une équipe de France éliminée prématurément ou une nouvelle affaire de dopage! Si cela était, l'explosion serait pour septembre...Quoique je ne serais pas étonné que les différents syndicats ne nous concoctent pour le début des vacances une de ces grèves dont nous sommes les spécialistes, particulièrement dans les transports...pour peu que les routiers s'en mêlent et la pagaïe risque de durer tout l'été. Certes, cette période est sacrée en France, mais il faut avouer que si les syndicats veulent obtenir des reculs du gouvernement sur tous les sujets qui fâchent, l'occasion est belle. Les Français, malgré leur colère, accepteraient-ils de voir leurs vacances gâchées?  Rien n'est moins sûr...

D'autant plus que tous les éventuels acteurs de ces événements risquent d'être scotchés devant leurs écrans de télévision, du 11 juin au 11 juillet, par le football... "Panem et cicenses", du pain et des jeux, philosophait le poète latin Juvenal, qui avait bien compris que les pouvoirs publics savaient comment anesthésier les velléités de révolte de leurs compatriotes.
Ne doutons pas que cela a été pris en compte dans la stratégie de ceux qui nous gouvernent et effectivement une élimination de la France avant la fin juin pourrait être le catalyseur de l'embrasement populaire que j'évoquais, dès juillet.
Ne doutons pas, non plus, que, dans ce cas-là, Domenech serait pendu haut et cours!

Je vous embrasse

mardi 6 avril 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants, 

Je vous avais évoqué, le 8 mars, dans mon dernier courrier, la raclée prévisible de la droite et la descente aux enfers de N.Sarkozy. Tout cela se confirme et empire. J'en avais conclu que l'année 2010 serait l'année de tous les dangers, avec une période trouble à venir qui nous rappellera certains mouvements que la France a déjà connus par le passé. Je persiste et signe...

Je souhaiterai revenir sur la désaffection des Français vis à vis de leur Président de la République, car, je ne sais si, à travers la lecture de la presse française et étrangère, vous pouvez mesurer cette véritable haine qui est en train de s'installer.

Il est impossible que, en 2 ans, N.Sarkozy puisse remonter dans la côte d'amour des Français. Son électorat traditionnel se désagrège: les agriculteurs sont méprisés, les professions libérales craignent pour leurs avantages fiscaux, les retraités voient leur pouvoir d'achat laminé. Le reste de la France en a assez de voir un Président se pavaner, se prendre pour le centre du monde, rire à ses propres traits d'humour inconvenants, incompréhensibles ou suffisants, mêler vie privé et vie publique, piétiner la démocratie, etc.
Tu as eu, ma fille, un exemple graveleux de son ego, lors de sa venue aux États-Unis: donnant des leçons au monde entier lors de son intervention devant des étudiants, se pavanant à l'occasion d'un repas privé avec les Obama, évènement grossi par la presse française et ignoré par les médias du monde entier (dont ceux des EU). On se demande toujours, d'ailleurs, ce qu'ils ont pu se raconter, les Obama ne pipant pas un mot de français, Sarko ne jactant nullement l'anglais. Carla aurait servi d'interprète et je ne doute pas de sa bonne volonté, mais je crains que cette soirée entre amis n'aient été entrecoupée de blancs et de moments de grand ennui. J'espère pour eux que le diner fût bon...Cet épisode me semble suffisamment éloquent pour résumer la suffisance sarkozienne.

Alors que va-t-il se passer? La nature ayant horreur du vide, et c'est encore plus vrai en politique, la gauche et les écologistes se sont installés au faîte des sondages. Sauront-ils éviter les discordes habituelles pour s'y maintenir? That's the question!
Aujourd'hui la droite vacille: la fronde parlementaire a commencé, Fillon continue à jouer au bon toutou, ce qui est gage de montée dans les sondages au fur et à mesure de la descente de son maître, Juppé montre le bout du nez pour le cas où, Bertrand et Copé ne savent pas sur quel pied danser, Villepin a donné le signal de l'hallali. Bref, la "droite la plus bête du monde" met en place un scénario auto-destructeur sidérant!

Alors? Si, par extraordinaire, Sarko réussissait à recoller les morceaux et que sa vie privée ne le handicapait pas, comment, en 2 ans, retrouver les scores de 2007? Il ne peut plus, comme il l'avait fait à cette époque, piller le fonds de commerce du FN: les électeurs de ce dernier se sont fait avoir une fois, mais il ne se feront pas berner une seconde fois On vient de le voir aux Régionales, où malgré leur danse du ventre devant eux, Sarkozy et Besson se sont essuyés un bide monumental: d'ailleurs le fait d'avoir agité l'oripeau de l'identité nationale pour draguer les voix de la peur restera un de ces grands moments d'indignité nationale que l'Histoire retiendra, au même titre que la collaboration vichyste ou la guerre d'Algérie!

Alors? Une seule solution: faire comme Berlusconi et s'allier aux fâchistes du FN, qui, eux, savent faire briller les yeux des Français apeurés. Puisque l'UMP ne sait pas gérer ce créneau, elle peut sous-traiter ce dossier! Pas possible? A voir! Il y a bien sûr des résistances à prévoir, mais chacune peut être enfoncée:
- certains à l'UMP pourraient tiquer. A voir comment la majorité municipale héninoise a gardé l'unité malgré une collaboration non assumée officiellement avec le FN, le gourou sarkozien ne doit pas être plus mauvais que le gourou héninois pour manipuler électeurs et membres de sa majorité, sous couvert de raisons hautement stratégiques...
- ceux qui tiqueront vraiment auront toujours la possibilité de rejoindre les quelques troupes d'un Villepin, voire d'un Juppé (faisant l'union sacrée avec Bayrou? sacrée mélange d'egos!). Mais le déchet (désolé pour ce mot injustifié pour ces démocrates) devrait être largement inférieur aux retombées lepenisques (ou lepeniennes? lepenoises? lepenardes?).
- le FN serait-il sourd à une telle alliance? Certes, il en veut énormément à Sarkozy pour le racolage de  2007, mais cette alliance avec le diable a des vertus: en cas de victoire, cela permet de faire appliquer une partie de son programme...Marion Le Pen a fini par donner une image plus rassurante à son parti et cela paraît dans la ligne de sa stratégie.. N'oublions pas que, par exemple, dans le Pas-de-Calais, le FN a dépassé la majorité présidentielle le 21 mars dernier: le FN doit penser que c'est faisable ailleurs... Ce rapprochement semble dans la logique des choses, même si je pense que c'est insuffisant pour gagner les prochaines présidentielles.Vous voyez, vous, Sarko, Président, M. Le Pen 1er ministre... Ne souriez pas, mes chers enfants: imaginez la gauche vainqueur en 2012, qui se plante: en 2017, le couple infernal pourrait se positionner!
Certes, le FN devrait changer de nom pour amadouer les hésitants. Pourquoi pas: la Ligue de France, la Ligue des champions, la Ligue des Patriotes, les Nationaux-Républicains (ou les Républicains-Nationaux), les Nationaux-Socialistes...Autre idée: pour effacer l'image négative, auprès d'une grande majorité des Français, du nom Le Pen, on pourrait suggérer que Marion Le Pen prenne le nom d'un futur époux, ce qui serait peut-être plus présentable. Après tout Carla Bruni est devenue Carla Sarkozy...

Voilà mes chers enfants où nous en sommes. Message pessimiste, penserez-vous? Non, je crois que les Français sauront réagir: soit en manifestant leur mécontentement cette année, soit en votant contre la droite extrême en 2012 ou 2017.

Je vous embrasse.


lundi 8 mars 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger

 

Mes chers enfants,

"Le constat n'est pas neuf, notre société est fracturée, mais jamais cette réalité n'a été aussi aiguë." Telle est la première conclusion du rapport du médiateur de la République pour 2009. 

Cette fracture  est visible sur différents terrains:

1- Au niveau politique, je vous avais écrit, dans mon précédent courrier datant du 5 février, combien cuisante allait être la défaite de la droite aux élections régionales des 2 dimanches prochains. C'est, n'en doutons pas le rejet d'un homme par 2/3 des Français. Je pense que nos compatriotes se font une certaine idée de la fonction présidentielle. Les prédécesseurs de N. Sarkozy incarnaient la sérénité, la culture, la prestance, la courtoisie, le respect de tous les électeurs, tout en représentant "une certaine idée de la France" (De Gaulle), à l'opposé de l'image du Président actuel. Alors, évidemment, en politique, tout est possible, mais il m'étonnerait que Sarko puisse en  2 ans se relever si l'on respecte les formes démocratique... Une candidature Villepin se dessine et nous allons revenir 30 ans en arrière, quand Chirac et Giscard s'entre-déchiraient à fleurets mouchetés...

2- Tout cela d'autant plus que, l'augmentation du chômage aidant, les projets du Président, reportés pour cause d'élections, vont mettre le feu aux poudres. Jugez-en: la taxe carbone (mal ficelée), la réforme des collectivités (recentralisatrice), la réforme pénale (pour mieux gérer les affaires compromettantes: suppression du juge d'instruction, modification de la prescription en matière d'abus de biens sociaux), la réforme des retraites (certes nécessaire, mais sur des bases différentes de celles envisagées), etc. La fièvre va nécessairement monter et je pense que nous allons vers des désordres graves, avant la fin de l'année...Ce ne sera pas mai 68, mais j'ai bien peur que cela soit  plutôt 1789 ou la Commune: une révolte par le bas, débordant partis politiques et syndicats...!

3- Sur le plan économique, le chômage augmente, la désindustrialisation continue...si au moins, nous avions une Europe forte, la riposte pourrait être plus cohérente. Devant une Chine de plus en plus agressive (pas seulement économiquement), des États-Unis qui sortiront, as usual, avant nous, de la crise, nous pesons de moins en moins lourds. Qui plus est, N.Sarkozy n'a plus beaucoup de marges de manœuvres, car il a tout donné aux riches (bouclier fiscal, successions, niches fiscales) et aux Entreprises (exonérations de charges sociales, défiscalisation des heures supplémentaires, quasi suppression de la taxe professionnelle, diminution de la TVA aux restaurateurs...). 

4- Comme indiqué ci-avant, la démocratie recule (réformes du Code pénal, des collectivités locales), sans parler de la nomination du Président du CSA par le Président ou le quasi monopole par la droite du Conseil Constitutionnel. Je pressens que N. Sarkozy met en place les moyens qui lui permettront de se maintenir le plus longtemps possible, quelles que soient les vicissitudes électorales. On a souvent glosé sur la similitude de personnage entre Napoléon III (délicieusement  décrit par Victor Hugo) et Sarko, pour ne pas évoquer l'éventualité d'un coup d'état légal. Je ne serai pas étonné que certaines décisions soient prises dans les 2 ans qui viennent: recours à l'article 16 de la constitution (pleins pouvoirs au Président de la République), revirement sur la limitation à 2 mandats présidentiels...

Révolte populaire, quasi dictature: cela peut vous paraître exagéré. Certes, j'espère me tromper, mais...

Pour ne pas sombrer dans la morosité que cette lettre pourrait engendrer chez vous, mes chers enfants, je vous conseille la lecture des mémoires de Claude Lanzmann (réalisateur de Shoah): le lièvre de Patagonie", où l'on découvre que cet homme, résistant, opposant à la guerre d'Algérie, ami de Sartre et amant de Simone de Beauvoir (son tableau de chasse ne se limite d'ailleurs pas à elle...), écrivain et journaliste de talent, a côtoyé tous les grands de ce monde (politiques, intellectuels, stars) de ces 55 dernières années. Un must! Cela se dévore et, pendant ce temps-là, on ne pense plus aux lendemains difficiles qui se préparent... 







vendredi 5 février 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger

Citation du jour:"Il y a tant à dire et la vie est si courte"
Guy Bedos (Humoriste français, né en 1934)







Mes chers enfants,

C'est parti, notre pays est entré en campagne électorale, en vue des prochaines élections régionales (14 et 21 mars 2010).

Dès lors, la stratégie des principaux partis qui présentent des listes est déjà écrite :

- Le Président de la République va interrompre son frénétique activisme, afin de ne pas mettre les listes UMP en péril. Cela est peut-être déjà trop tard : la cote de popularité du Président est si basse qu'a été décidé qu'il n'interférerait pas dans la campagne ! Qui a osé lui dire qu'il était plutôt un poids qu'un plus ? On ne parle donc plus de retraite, en guettant le moindre faux-pas de l'adversaire, ni de réforme des collectivités locales, incomprise des Français, ni d'identité nationale, véritable boomerang pour la majorité ! Le désastre annoncé, c'est-à-dire un « Fanny » de belote pour la majorité ou un « grand chelem » bridgesque pour la gauche (ou un « petit chelem », si le Languedoc-Roussillon est perdu) semble inéluctable à six semaines des élections...

- Le PS, coulé aux Européennes, il y a quelques mois, semble renaître de ses cendres : non seulement grâce aux erreurs de N.Sarkozy, mais aussi grâce à une unité retrouvée, avant que ne se déchaînent, à nouveau, à partir d'avril, les ambitions de tous ceux qui voudront concourir aux primaires. Certes, une victoire, au soir du 21 mars, renforcera Martine Aubry. Mais l'homme de Washington, la dame de Poitou-Charentes et les 2 jeunes de Saône et Loire et de Evry ne laisseront pas faire...Finalement, l'affaire Frêche redonne une certaine caution morale (« il vaut mieux perdre une Région que son âme ») : illusion ou début de redressement ? Comme pour l'UMP, le mot d'ordre est : « Silence dans les rangs » !

- Europe-Ecologie se trouve confrontée à 2 difficultés : d'une part, rééditer son score des Européennes (16% sur le plan national), alors que cette dernière élection a toujours représenté son étiage maximum. D'autre part, éviter que le conflit latent, sur la question de savoir qui dirige, entre les Verts et les Non-Verts (50% chacun sur les listes) n'explose dans les 6 prochaines semaines...La crédibilité est à ce prix !

- PC et Parti de Gauche, souvent unis, ont un impératif : faire plus de 10% pour peser dans les négociations du second tour. Pour le Parti Communiste, il y va de son existence ; pour JL Mélenchon et ses amis, c'est un quitte ou double et un dilemme en même temps : soit ils sont marginalisés, soit ils ...retrouvent leurs ex-amis du PS dans les majorités régionales !

- Le Modem joue également gros : si dans la plupart des Régions, il n'atteint pas les 10% fatidiques, il paraît difficile qu'il puisse négocier des places au second tour, le PS choisissant de s'allier avec des partenaires de gauche sourcilleux de ne pas travailler avec « des gens de droite » (ce que, pourtant, ne semble plus être totalement le Modem). On risque fort, après cet échec possible (probable ?) de Bayrou, de précipiter le Modem vers un Villepin sans troupes : si le Nouveau Centre en fait autant, l'UDF pourrait se reconstituer, au grand dam de N.Sarkozy.

- Quant au FN, s'il réussit à sauver les meubles, malgré la stratégie « grossière » du Président de la République de mobiliser les électeurs tentés par les idées frontistes de repli sur soi et de racisme, il légitimera Marine Le Pen pour la succession de JM Le Pen. Dans le fond, qui, de l'UMP ou du FN, récoltera les bénéfices des peurs qu'ils ont distillées chez des Français fragilisés par les difficultés réelles auxquelles ils sont confrontés ? Dans la première manche, l'UMP l'avait emporté ; il n'est pas sûr qu'il renouvelle sa glauque victoire des Présidentielles...

En conclusion, vues de loin par vous, mes chers enfants, ces élections, qui sembleraient anodines, ou, tout au moins, d'intérêt purement local, pourraient marquer durablement le paysage politique français.

En effet, on pourrait assister à une recomposition, à droite, qui nous rappellera des configurations déjà vécues (Giscard/Chirac/Le Pen) : un centre droit reconstitué (villepino-bayrouiste), une droite dure sarkozienne et une extrême-droite, toujours lepeniste.

Quant à la gauche, l'hégémonie socialiste pourrait se perpétuer, avec un parti écologiste prêt à remplacer un parti communiste, dont une éventuelle défaite pourrait être le prélude à une recomposition de l'extrême-gauche (ou gauche contestataire), par rapport à la gauche réformiste (ou socialo-écolo-démocrate).


Dans le fond, finalement, rien, ou presque, ne change...