mardi 21 septembre 2010

Lettre à mes enfants, à l'étranger.

Mes chers enfants,

Où va la France? Telle est la question angoissée que vous vous posez, que se posent les Français d'"ici et là-bas", ainsi que tous nos amis, francophiles ou non...
Bon, "il" avait annoncé la couleur en 2007: libéral économiquement, volontariste, complice, il s'est révélé, depuis, protecteur des riches, velléitaire et arrogant...Il avait pourtant fait ses preuves comme Ministre, depuis 2002, préférant les coups de gueule et les rodomontades à la volonté des Français d'être rassurés. Je reconnais qu'il satisfaisait ce besoin séculaire des Français d'avoir un chef fort. De Clovis à Sarkozy, les Français ont toujours eu besoin de s'identifier à un homme fort: Charlemagne, Louis XIV, les 2 Napoléon, Pétain, De Gaulle, Mitterand (Dieu!), toujours ce besoin de confier leur destin à un seul homme, qui plus est providentiel...Il faudrait être un saint pour ne pas se sentir au-dessus des autres...L'Histoire dira combien néfastes les institutions de la Vème République furent, préférant accorder tout pouvoir au chef plutôt que de donner une place aux contre-pouvoirs...
Les institutions états-uniennes, anglaises ou allemandes nous donnent pourtant des exemples réussis d'équilibre entre elles.
Et justement, si,
depuis 1958 et jusqu'à présent, les différents Présidents, n'en ont pas abusé, N. Sarkozy révèlent bien les excès auxquels notre Constitution peut amener. Voilà un homme qui, sans vergogne, s'appuie sur les forces de l'argent, méprise les citoyens français par le verbe, se croit investi de pouvoirs suprêmes pour prendre des décisions dont ses concitoyens ne veulent pas. Non seulement il se croit au-dessus des lois françaises, mais il a décidé, maintenant, en notre nom, de bafouer le droit universel des citoyens de non discrimination, péniblement élaboré au siècle dernier, après les barbaries humaines qui ont déferlé: il en profite d'ailleurs pour se mettre à dos le monde feutré des dirigeants européens ...
Vous avez vu la couverture terrible du célèbre magazine anglais "The Economist" montrant Carla Bruni trainant par la main un bicorne dont on devine que, dessous, se trouve un horrible gamin, avec le titre "The incredible shrinking President", l'incroyable Président qui rétrécit, qui ne rend pas en francais ce mélange d'ironie et d'exaspération devant ce bad boy (mauvais garçon) dont la stature, l'importance voire les promesses qu'il a inspirées, ont rétréci jusqu'à en faire un rien du tout, sous couvert (le bicorne) d'un sentiment de supériorité, bien français, d'ailleurs, tombé au ras des pâquerettes. Ce mépris pour l'homme est accentué par l'image de la belle Carla essayant de remettre devant ses responsabilités un homme qui n'en fait qu'à sa tête ...("à ses pires moments, c'est un opportuniste sans complexe qui tourne en fonction du vent. Avec ses contradictions, difficile de savoir ce qu'il veut réellement, pour peu qu'il le sache lui-même." écrit le journaliste anglais).
Cruelle caricature du rabaissement de la France..."J'ai mal à la France" disait un ancien Président français: je crois que nos compatriotes comprennent, maintenant, et ressentent le sens de cette formule...
La France gronde parce qu'elle est rabaissée, la France ressasse devant les fleurs faites aux riches, la France a honte parce que ses dirigeants abusent de privilèges, la France en a assez qu'on lui marche dessus, la France va se soulever parce que les soupapes vont lâcher,

Où va la France, demandais-je au début de cette lettre? Elle va réguler la situation par la rue, comme elle l'a fait en 1789, 1830, 1848, 1871 et 1968. A chaque fois qu'un pouvoir abuse de lui et que les institutions sont impuissantes, le peuple réagit...Et comme le Phénix, la France renaîtra de ces cendres, disant que l'on ne l'y reprendra plus...
Jusqu'à la prochaine fois?

Je vous embrasse

lundi 20 septembre 2010

Le pouvoir contre l'intérêt général

L'entretien suivant réalisé par Le Monde (édition datée de demain), avec Pierre Rosanvallon, historien, éclaire une triple défaillance du régime politique actuel:
- le mélange entre 2 types de démocratie: celle de la décision, acquise par l'élection, et celle de l'action qui demande une autre légitimité basée sur le débat;
- de même pour le réformisme de recomposition mettant en jeu des éléments essentiels de notre République et qui demande aussi des débats en profondeur (par opposition au réformisme de dépense et à celui de répartition, ressortant plus de la procédure classique de la décision);
- la dégradation de la morale publique, minée par les rapports entre le pouvoir et l'argent.

C'est l'absence de contre-pouvoirs qui mine les fondamentaux de notre démocratie et c'est un point que j'évoquerai demain, en mettant en avant, notamment, les aspects néfastes de notre Constitution...
 
Le présent entretien est assez long, mais tellement dense que j'ai préféré le retranscrire in extenso.


Pierre Rosanvallon est Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, professeur d'histoire moderne et contemporaine au Collège de France. Créateur de la Fondation Saint-Simon (1982-1999), il a fondé en 2002 un nouveau laboratoire intellectuel, La République des idées. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont " La Contre-Démocratie. La politique à l'âge de la défiance " (Seuil, 2006) et " La Légitimité démocratique " (Seuil, 2008)





Dans " La Contre-Démocratie " (2006), vous analysiez la dissociation entre légitimité des gouvernants et confiance des gouvernés. Ce qui s'est passé en France depuis quelques années confirme-t-il ce grand écart ?
 
Oui, la défiance s'est renforcée. Tout d'abord pour des raisons structurelles. Premièrement, la confiance peut se définir comme le fait d'être capable de faire une hypothèse sur les comportements futurs. Quand on était dans un monde politique organisé autour de grands partis, de programmes bien arrêtés et de débats d'idées tranchés, l'avenir politique était relativement prévisible. Or nous sommes désormais dans un monde davantage régi par le jeu des personnalités. Cela change de fond en comble l'exercice de la confiance, c'est-à-dire de la prévisibilité.
Le deuxième élément est que le monde de la nouvelle révolution industrielle et de la globalisation dans lequel nous sommes entrés est un monde beaucoup plus incertain, plus mobile, plus diffus, donc plus inquiétant. La crise financière et économique a accentué cette dangerosité depuis deux ans. Cela pèse sur tous les domaines de la décision, qu'elle soit économique ou politique, et jusque sur les décisions individuelles et les choix personnels. Nous vivons donc dans un monde plus menaçant et moins régulé.


Il s'agit là du cadre commun à tous les pays démocratiques. Qu'en est-il de la situation française ?

Une deuxième cause de défiance est plus spécifique à l'univers politique : c'est la dissociation entre une démocratie d'action et une démocratie d'élection. Le but de la démocratie d'élection est de choisir une personne ou d'en chasser une autre, puisque les élections sont autant des " désélections " que des choix positifs. Mais cela fonctionne plus ou moins bien dans les différents pays. A cet égard, la présidentielle de 2007 a été, en France, un moment réussi de démocratie d'élection : le contraste entre les personnalités des candidats, les images et les programmes, était suffisamment marqué pour que les électeurs aient le sentiment d'effectuer un choix qui faisait sens ; les langages et les projets étaient aussi fortement incarnés.

Mais la démocratie d'action est d'un autre ordre. Elle doit employer un langage tout à fait différent. Alors que la démocratie d'élection s'exprime sur le registre de la volonté et de la proximité, la démocratie d'action est au contraire confrontée à la complexité et à la contrainte. Le propre d'une rhétorique électorale est de dire " Yes, we can " et de convaincre que la politique peut beaucoup, alors que dans l'action on doit au contraire être plus réaliste et admettre que la politique peut beaucoup moins. Cette démocratie d'action fait immédiatement sens s'il ne s'agit que de nommer des personnes à des postes déterminants de l'appareil d'Etat, et l'on sait que c'est un pouvoir essentiel du président de la République. Mais, au-delà, les choses sont moins évidentes.


Au-delà de la rhétorique, cela pèse-t-il sur le mode de gouvernement ?

La démocratie électorale met l'accent sur la personnalisation, l'incarnation et la simplification : c'est une démocratie polarisée. Au contraire, dans le cadre de la démocratie de décision ou de régulation, les choses sont tout à fait différentes. Pour qu'elle fonctionne bien, elle doit accepter la démultiplication des instances de débat et de contrôle, assumer la complexité des problèmes et des interactions. Or les institutions françaises nous placent à cet égard dans une situation singulière : la présidentialisation croissante renforce sans cesse la prétention à l'incarnation et à la polarisation. Du coup, elle engendre presque mécaniquement la défiance et la désertion civique.

On en voit la traduction dans l'ordre constitutionnel : l'élargissement du pouvoir du Parlement et celui des droits des citoyens, à travers la question prioritaire de constitutionnalité, ont pu donner le sentiment que l'on faisait plus de place à l'intervention du droit. Mais ce ne sont que des concessions à la démocratie libérale. Car, dans le même temps, le pouvoir n'a cessé de sacraliser le principe majoritaire : par exemple, en nommant directement les présidents de l'audiovisuel public, ou en imposant une certaine vision du rôle des parquets.
Le ressort de la vision sarkozienne est que la démocratie signifie : " Puisque je suis élu, je suis la volonté générale ", ce qui est, me semble-t-il, difficilement acceptable. Un des principaux problèmes de l'exercice actuel du pouvoir est de projeter une définition dangereuse de la démocratie, qui me semble se rapprocher sur certains points des théories de la " démocratie souveraine " de Poutine ou renvoyer à la philosophie politique du Second Empire, invoquant l'appui des masses au plébiscite pour s'estimer seul détenteur de l'intérêt général. Car, en démocratie, personne ne peut se prétendre seul propriétaire de l'intérêt public et incarner la volonté générale.


Il faut donc distinguer deux sortes de légitimité ?

Tout à fait. Cette philosophie de la " démocratie " ne fait pas la distinction, essentielle, entre la légitimation des personnes par l'élection, d'ordre procédural, et la légitimation de leur action, d'ordre substantiel. L'élection donne une légitimité à gouverner sur la durée du mandat - et c'est une bonne chose pour ne pas être otage de la démocratie d'opinion. Mais la légitimité se joue aussi sur le terrain du contenu des décisions. C'est cela que le pouvoir présidentiel actuel n'accepte pas ; il confond en permanence légitimité de nomination et légitimité de décision. C'est une grande faute : la légitimité n'est pas simplement de l'ordre d'un statut acquis une fois pour toutes, elle est une qualité qui doit s'éprouver, se construire en permanence.
Cette erreur déteint sur l'ensemble du fonctionnement démocratique en France aujourd'hui. En dehors du pouvoir présidentiel lui-même, on voit bien par exemple que des autorités de régulation sont mises en place pour répondre à une forme de demande sociale, mais que l'on refuse d'en tirer les conséquences dans l'action.


Par exemple ?

L'idée qu'il n'y a pas besoin d'autorité indépendante pour nommer les présidents de chaînes de télévision est une terrible régression. Hélas, je suis aussi obligé de constater que, dans cette affaire, la gauche était indignée, mais qu'elle n'avait pas la théorie de son indignation.



Quelle est la place du peuple ?

Dans les démocraties, le peuple est introuvable, par définition. Il est multiforme, en recomposition permanente. Il faut donc essayer de le saisir de façon plurielle : à travers des principes qui le rassemble, à travers sa manifestation électorale numérique, ou encore à travers les forces sociales vives qui lui donnent à certains moments un visage. Ce sont autant d'expressions du peuple qui doivent trouver leur représentation spécifique.



Ces forces sociales ne sont-elles pas dangereusement affaiblies en France ?

Ce qui me frappe énormément, c'est que l'on considère aujourd'hui qu'il n'y a plus de légitimité de la démocratie sociale. Le fait qu'une réforme comme celle des retraites ait été pilotée depuis l'Elysée avec le seul sceau de la majorité parlementaire est une façon de procéder qui marque, sur un sujet aussi important, une rupture historique avec les pratiques de la démocratie sociale en France. Y compris telle qu'elle avait été mise en oeuvre par la droite en 2003.


Comment expliquez-vous cette absence de négociation ?

Dans la vision sarkozienne, les syndicats sont des institutions particulières de la société civile, alors que le pouvoir d'Etat se prétend le seul représentant de la généralité sociale. Eh bien, ce n'est pas vrai. La démocratie sociale veut dire que, pour des raisons de proximité et d'histoire, il y a une forme de représentation du monde social organisé (les syndicats), mais aussi du monde social diffus (les manifestations) qui vaut représentation démocratique légitime. Or on fait comme si la légitimité électorale absorbait toutes les autres formes de légitimité et de représentation. Il y a donc une prétention qu'il faut combattre, non pas simplement au regard des décisions qui sont prises, mais au regard même de la méthode mise en oeuvre et des prétentions qu'elle traduit. C'est ce qui me semble extrêmement grave. Voire dangereux, car cela renforce cette espèce d'évidement de la vie sociale entre le superpouvoir du sommet et une société atomisée qu'on ne veut pas voir exister à travers ces organisations intermédiaires que sont les syndicats ou les associations. Au bout du compte, il y a une sorte de superposition d'impuissance et d'omnipotence au sommet du pouvoir.


Pourtant, les leaders syndicaux reconnaissent que la porte du président de la République a rarement été aussi ouverte...

Mais c'est de la communication. La porte est ouverte, mais ce n'est pas de la considération institutionnelle. Les syndicats ne sont pas considérés comme des acteurs importants de la démocratie française. Ce n'est pas du tout une stratégie de l'empowerment, selon laquelle il faudrait que les syndicats jouent mieux leur rôle. C'est une stratégie d'enveloppement et de neutralisation. La démocratie, ce n'est pas simplement aspirer le pouvoir vers le sommet en espérant qu'il sera celui d'un " jacobin bienveillant ". Cela consiste au contraire à donner du pouvoir aux gens, à faire descendre le pouvoir, à le faire circuler dans la société.
Le monde moderne est d'ailleurs dans une contradiction : on y attend de plus en plus des individus qu'ils se prennent en charge eux-mêmes et qu'ils soient responsables dans tous les domaines, alors qu'en politique on assiste à une sorte de captation du pouvoir et à une déresponsabilisation des individus (" Faites-moi confiance, je m'occupe de tout ").


Nous manquons de contre-pouvoirs ?

A chaque élection, les citoyens font provision d'espérances, mais en même temps la démocratie fonctionne de plus en plus à la défiance. Le citoyen essaie de récupérer par ces formes de contre-démocratie ce qu'il ne peut pas accomplir dans l'ordre politique. C'est un réflexe parfaitement sain ; il faudrait en quelque sorte institutionnaliser la défiance, si cette défiance signifie que le citoyen ne veut pas faire de chèque en blanc. La démocratie n'est pas la légitimation du chèque en blanc.



La France paraît incapable d'engager des réformes avec le minimum de délibération collective. Pourquoi ?

Quand on parle de réforme, on mélange trois démarches assez différentes. D'abord, ce qu'on pourrait appeler un réformisme de la dépense, adossé à des actions catégorielles, comme la réduction de la TVA sur la restauration, et qui ne trouve comme seule limite que les contraintes des finances publiques. Ensuite, un réformisme de la répartition, sur lequel la distinction entre la droite et la gauche est évidente, car elles n'ont pas le même projet de répartition ; l'exemple de la réforme fiscale illustre ainsi parfaitement depuis trois ans un type de choix politique en faveur de groupes sociaux bien précis. Ce réformisme de la répartition exprime tout simplement le lien entre politique et conflit de classe.

Enfin, il y a un troisième type de réformisme, celui de la recomposition, qui consiste à remodeler des institutions publiques d'intérêt général qui sont des biens communs, comme l'université, ou la justice. Ce type de réforme n'est pas possible sans, au préalable, une discussion sur la philosophie et le rôle social de cette institution. Il faut organiser cette discussion. C'est ce qui manque beaucoup aujourd'hui.


Dans quelle catégorie se situe la réforme des retraites ?

Elle est d'autant plus complexe qu'elle est à la fois de répartition (avec la question centrale de la justice) et de recomposition (avec les questions de civilisation comme la place du travail dans la société, du rapport aux générations, etc.). Elle touche au coeur d'un projet de société et aurait mérité une délibération collective d'autant plus approfondie. Tout cela a été balayé de manière fortement caporaliste, au profit de la sacralisation de la seule question de l'âge de départ en retraite.



Les rapports " décomplexés " entre le pouvoir et l'argent ne creusent-ils pas un peu plus encore la défiance à l'égard des gouvernants ?

Il y a trois pays en Europe où les rapports entre le pouvoir et l'argent présentent des caractères inquiétants : la France, l'Italie et la Russie. Il y a dans ces trois cas une sorte de lien assumé entre la tête de l'exécutif et les grands intérêts économiques. Comment est-ce possible ? Tout simplement parce qu'il n'y a plus de sur-moi du service public qui joue.



Que voulez-vous dire ?

La République n'était évidemment pas à l'abri des connivences avec les grands intérêts économiques, mais le sentiment prédominait qu'elle était au-dessus de ça et que les affaires politico-financières constituaient de sérieux accrocs. Aujourd'hui, il y a une perte presque ingénue du sens de ce que veut dire le bien commun, l'Etat, l'administration de l'intérêt général. Et dans les trois pays que j'ai cités, cela résulte de la même cause : d'une autosatisfaction, d'une prétention du pouvoir à représenter adéquatement la société, à se comporter sans complexes.

A cet égard, l'" affaire Woerth " est très significative d'une conception très restrictive de ce qu'est un conflit d'intérêts. La défense de M. Woerth se situe sur un terrain juridique : " Je n'ai rien fait que de légal ", ne cesse-t-il de répéter. Mais si on ne comprend pas que la morale publique, ce n'est pas simplement respecter la légalité, on ne comprend pas l'essentiel. Cette morale implique d'être " au-dessus de tout soupçon ". La qualité attendue d'une personnalité politique n'est pas qu'elle ne soit pas pénalement coupable d'une malversation, c'est qu'elle soit au-dessus de tout soupçon.
Il faut que le comportement des personnalités politiques soit socialement appropriable comme une qualité ressentie. La philosophie républicaine de l'intérêt général implique une certaine exemplarité du comportement. On ne peut pas prétendre incarner l'intérêt général si on ne se détache pas lisiblement pour tous les citoyens des intérêts particuliers. L'indifférence tranquille à cette philosophie morale est grave. Elle sape tout sentiment de respect vis-à-vis de l'autorité.


Propos recueillis par Gérard Courtois


© Le Monde




Pêle-mèle

- Je suis allé voir ce dimanche le film de Xavier Beauvois "Des Dieux et des Hommes", grand prix du Festival de Cannes 2010 et qui représentera la France aux Oscars 2011. Particulièrement bien disposé du fait de ces récompenses et des critiques louangeuses, je m'apprêtais à passer un bon moment de recueillement, de sympathie et de compassion pour ces moines français de Tibéhirine (Algérie) dont on vit les mois qui ont précédé leur assassinat en 1996, depuis le moment où ils sont devenus la cible des extrémistes du GIA jusqu'à celui où ils ont été enlevés, avant de disparaître dans des circonstances qui restent aujourd'hui encore à élucider.
Je dois dire que j'ai été déçu, car je n'ai pas ressenti cette émotion à laquelle je m'attendais, ni la joie mystique qui semblait illuminer leurs visages lors des moments de recueillement collectifs. J'ai, certes, aimé la forte osmose avec les populations locales, mais cela n'est pas suffisant pour me convaincre que ce film est un grand film. Y aurait-il quelqu'un pour me persuader du contraire? 

- Avant cela, j'avais vu, en mairie, l'exposition-photos sur les mineurs marocains: à conseiller vivement. Nous avons accueilli ces mineurs étrangers pour travailler chez nous, comme nous accueillerons de plus en plus de travailleurs étrangers, ne serait-ce que pour payer nos retraites, puisque nous manquerons d'actifs "de souche" pour cela. Et cela, n'en déplaise au Front National! Reste à nous à assurer l'intégration de tous ces migrants...et de ne pas recommencer les erreurs passées... Le programme de cette journée héninoise du Patrimoine  était de qualité. malheureusement, comme d'habitude, personne n'était au courant malgré un superbe dépliant... qui ne fut pas distribué. Résultat cette expo fut un fiasco: rien n'indiquant en ville qu'elle existait (la malheureuse employée municipale  de garde se morfondait...). Elle ne figurait même pas dans le recensement des nombreuses manifestations dans la Région, parues dans La Voix du Nord, même si l'édition locale de cette dernière en fit mention, mais bien trop tard (je suppose qu'elle obtint l'information à la dernière minute...). Cette carence en communication se confirme et pourtant avec 10 personnes au service ad hoc de la ville...

- Sur le plan politique nationale et européenne, le Président de la République se comporte en "gounafier" vis à vis de ses interlocuteurs étrangers: il prête à A.Merkel des propos que cette dernière affirme ne pas avoir tenus (l'accusation a toujours tort dans ces cas-là), il nie toute altercation avec M. Barroso, Président de la Commission européenne (alors que les témoins de cette dispute sont nombreux) et il propose au Luxembourg de prendre les Roms chez lui (c'est l'équivalent en grossièreté du "Casse-toi, pauv' con!"). Comment la France peut-elle encore narguer le monde entier avec un Président de cet acabit qui, de plus, affirme que l'Europe n'a pas à se mêler de ce que fait la France, alors que nous contrevenons à toutes les règles de respect des droits de l'Homme, droits universels, en écrivant "noir sur blanc" que les Préfets doivent expulser les Roms (imaginez, pour montrer à ceux qui n'ont pas compris  cette horreur qu'à la place du mot Rom, on ait indiqué "Arabes" ou "Juifs"...)! Vivement qu'on en finisse avec cette Présidence honteuse...

- un dernier mot sur mon "post" d'hier dont les commentaires ont également montré l'exaspération grandissante, à Hénin-Beaumont, vis-à-vis du "n'importe quoi" de la gestion municipale. J'implore, une nouvelle fois, les commentateurs de rester corrects dans leurs critiques: celles-ci perdent de leur crédibilité lorsqu'elles sont insultantes et  empreintes de grossièreté. Rien ne vaut quelques appréciations bien ciblées, argumentées, voire ironiques ou humoristiques...  

dimanche 19 septembre 2010

Quelques nouvelles de la Mairie


1- Mouvements internes

- Franck Gluszak, embauché il y a quelques mois pour s'occuper des affaires financières de la Ville (qui en avaient effectivement besoin), a été muté aux...Relations Humaines. Dont l'ancien responsable, M. Declerck, fortement décrié pour sa participation à la gestion dalongevilienne, rejoint un service appelé "gestion des carrières". Le financier a été confié au contrôleur de gestion, Ahmed Nacer, dont on vient, enfin, de s'apercevoir des compétences...Quel gâchis et de temps perdu depuis un an!

- M.Maurice Lecat, embauché au service communication de la ville le 2 mai dernier, est nommé Directeur de Cabinet...Tiens, tiens, Daniel Duquenne ne s'était-il pas prononcé contre l'existence d'un cabinet? Heureusement, Eugène Binaisse est passé outre l'expérience malheureuse de DD, ancien cadre administratif, qui avait très mal vécu la conception d'un cabinet telle que celle du Maire pour qui il avait travaillé, en son temps...Rappelons, à toutes fins utiles, que le cabinet ne se substitue pas aux services administratifs, mais qu'il assure la liaison entre les services et le Politique.
En tous les cas, personne ne sait d'où vient Monsieur Lecat, ni qui il est, mais ne doutons pas que, comme pour le sujet précédent et le suivant, nous aurons droit à toute la transparence ("agir dans la transparence", 2ème engagement programmatique, pris par l'Alliance Républicaine avant les élections de 2009).

2- Les déclarations du Maire

- La Voix du Nord s'était bien faite l'écho, cet été, d'une visite de Madame Pétonnet, Sous-Préfète, à la Mairie d'Hénin-Beaumont. Le Maire avait déclaré qu'il en avait profité pour réclamer une subvention exceptionnelle à l'Etat. Il semblerait que les choses ne se soient pas tout à fait passées comme cela...
La visite de la Représentante de l'Etat fut inopinée (annoncée 2 heures avant) et consistait à visiter ...les services administratifs (certes, accompagnée par M. Binaisse), ce qui est une initiative extrêmement rare, pour ne pas dire plus. Elle a demandé à rencontrer le DGS ou son adjoint, mais malheureusement tous les 2 étaient en congé, ce qui a fait froncer les sourcils (on la comprend) de Madame Pétonnet... La visite s'est terminée par un passage très court dans le bureau du Maire (protocole oblige): on ne doute pas que, durant ce laps de temps réduit, M. Binaisse n'ait eu le temps d'exposer en long et en large la demande de subvention. Depuis un an que nous avons suggéré à la Ville de mettre en cause, devant le Tribunal Administratif, la responsabilité de l'Etat, et de réclamer le préjudice que la Ville a subi du fait des manquements de l'autorité administrative dans sa gestion des dérives de G.Dalongeville, pointées par la Chambre Régionale des Comptes, pendant plusieurs années, l'affaire aurait été réglée depuis quelque temps déjà  (soit par une décision judiciaire, soit plus vraisemblablement par transaction) ...

- A son arrivée à la réunion d'Hén'industries (dorénavant appelée "Deltavenir") qui regroupe des entreprises d'Hénin et des alentours, M. Binaisse se dirigea vers Madame Peichert, Présidente, et lui demanda de pouvoir intervenir. Très avenante, elle lui demanda qui il était et lui réserva un temps de parole, ce qui est normal. Le discours, aux dires des participants, fut convenu, mais surtout de ton doctoral, comme sait si bien le faire l'ancien principal de collège. A tel point que, n'y tenant plus (!), un auditeur l'aurait interrompu, en levant le doigt: "Msieur, je peux aller faire pipi?"...Je ne sais si l'histoire est authentique, à tout le moins est-elle savoureuse. Mais il est vrai que, devant des chefs d'entreprises, il vaut mieux ne pas se tromper de discours!
Bonne leçon pour le nouveau Directeur de cabinet, présent, et qui devra adapter les interventions de son patron en fonction des publics rencontrés...

samedi 18 septembre 2010

Brèves d'humour

Repérées sur le site du Monde.fr (par un dénommé Hervé Le Tellier, dans une rubrique intitulée "Papier de verre") quelques "brèves" d'actualités, sous une forme humoristique.


- Chabrol est mort. C'est triste, mais ce qu'il y a de bien, c'est que la télé a repassé son dernier film. Ce qui l'est moins, c'est que c'est forcément son dernier.

- Ecoutes : Le Monde porte plainte contre X... Plaintcontrix ? Il tient l'auberge face au Cirque Maxime, dans Astérix gladiateur. A l'Elysée, on préfère le chef gaulois d'Astérix et le chaudron : Moralélastix.

- Google vend désormais les noms de marques aux enchères. Ex : vous tapez "Elysée". Si Le Monde a acheté le mot-clé, il apparaît une pub pour Le Monde. Quoique, ces jours-ci, ça marche tout seul.

- Gracieuseté de Sarkozy vers la vice-présidente de la CE : "Si elle aime tant les Roms, qu'elle les accueille au Luxembourg !" Mme Reding, vous resterait-il de la place pour notre président et certains de nos ministres ?

- L'affaire rebondit : Merkel dit jeudi midi ne pas avoir dit mercredi ce que Sarkozy dit mercredi qu'elle lui a dit. On reste interdit ce vendredi. A qui accorder crédit ? Au moins bandit, pardi.



Et toujours l'humour intarissable de nos politiques... 


Patrick Balkany, député-maire UMP de Levallois-Perret : "Je suis l'homme le plus honnête du monde." 
AA: venant de la part du meilleur ami de N. Sarkozy, nous le croyons d'autant plus...

Valéry Giscard d'Estaing au sujet de la constitution européenne: "C’est un texte facilement lisible, limpide et assez joliment écrit : je le dis d’autant plus aisément que c’est moi qui l’ai écrit". 
AA: et dire qu'en 1981, on ne l'a pas réélu...
 
Le même sur le même sujet: "C’est une bonne idée d’avoir choisi le référendum, à condition que la réponse soit oui".
AA: et même si ce fut non, on l'a quand même adopté...rien que pour faire plaisir à VGE

Jean-Louis Debré: "À l'Assemblée on s'occupe des JO et on laisse les Jeux paralympiques au Sénat".
AA: en v'la un qui n'a aucune chance d'entrer au Sénat...

Manuel Valls: "J'étais partisan du non, mais face à la montée du non, je vote oui".
AA: c'est la "valls" à 2 temps...

Hervé Gaymard: "Je n'ai pas le sentiment de tromper ma femme quand je suis avec la France"
AA: et sa femme, elle en pense quoi? 
  

vendredi 17 septembre 2010

De notre observateur liégeois


Serge Jacquin est un chercheur liégeois en sociologie venu observer Hénin-Beaumont en vue d'une thèse...Il écrit, régulièrement, à son ami Boris (dit Beau) Haas, resté au pays et lui fait part de ses observations. Il a promis de m'adresser certains de ces courriers en copie. Il m'apparaît intéressant de connaître le regard extérieur de ce sociologue et il m'a donné son accord pour que ses lettres soient publiées sur ce blog, quand je le jugerai utile. Voir sa première lettre datée du 11 novembre 2009 et les suivantes, celle-ci étant la onzième.


Mon cher Beau,

Je viens de mener un série d'entretiens avec des habitants d'Hénin-Beaumont, afin de connaitre leur perception sur la situation politique de la ville.

Je te rappelle que, suite à la déchéance de l'ancien maire, Gérard Dalongeville, de nouvelles élections municipales eurent lieu en juin/juillet 2009, remportées par une liste dite apolitique, deuxième, de justesse, à l'issue du premier tour: elle a profité du report des voix des autres listes pour faire barrage au Front National, qui, comme en Wallonie, se situe à l'extrême-droite. Particularité du FN à Hénin-Beaumont: il a, à sa tête, Marion (dite Marine) Le Pen, fille de...son père, et probable successeur du même père à la tête du parti. La municipalité est conduite par un novice en politique (le maire élu en juillet 2009 ayant été déclaré inéligible), entouré de gens pour la plupart inexpérimentés. L'opposition à  la majorité étant composée uniquement d'élus FN. L'équipe dirigeante est donc constituée par des personnes ayant obtenu 20% des voix au 1er tour, soit un peu plus de 10% du corps électoral. Il est donc intéressant dans mon travail de sociologue de voir comment est perçue cette majorité (aussi mineure soit-elle...) et ce que pensent les habitants de la présence du FN.

Je me bornerai à une synthèse objective des entretiens (une centaine) menés depuis mai dernier.

- Rares sont ceux qui sont capables de citer spontanément le nom du maire. Ce qui est compréhensible, puisqu'il ne menait pas la liste élue sous son nom et était un  quasi-débutant en politique, malgré ses 70 ans passés. Beaucoup lui reprochent son peu de visibilité: homme discret et affable, il a peu de contacts avec la population, et, comme indiqué ci-dessous, la majorité ne disposant d'aucun plan de communication externe, son identification personnelle est difficile. Les autres élus sont encore moins connus: peu ou prou pour les mêmes raisons. Quand on demande aux personnes sollicitées de citer un homme politique héninois, hormis le maire déchu et le maire inéligible que tous peuvent citer, les seules connues sont la fille de ...son père, ainsi que la tête de liste du FN, un dénommé Briois, dont l'activité professionnelle a toujours été exclusivement politique, ceci expliquant cela...

- Concernant l'action de la Mairie depuis plus d'un an, les citoyens interrogés se révèlent incapables de parler d'une seule réalisation. Pire encore, les 2 seules décisions connues sont l'augmentation des impôts et la tentative avortée d'augmenter leurs propres indemnités, par les élus. En posant des questions plus précises, on n'obtient que la relation de faits négatifs. A titre d'exemples récents (que je ne peux exploiter scientifiquement): signature par le Maire d'un engagement de dépenses d'un montant dix fois supérieur au devis, (un zéro en trop...) vol d'une tonne de désherbants, erreur de date sur une information distribuée en "toutes boites" concernant une  interdiction temporaire de stationnement, etc. Je ne peux confirmer la véracité de ces reproches, mais il est significatif que rien de gratifiant ne ressort: uniquement des erreurs, du gâchis...

- Interrogés sur l'avenir de leur ville, le seul projet qui revient est celui du tramway. Encore est-il connoté négativement. Ce qui n'a rien d'étonnant quand on sait que la décision concernant son tracé doit être prise dans les prochains jours alors que quasiment aucune information, ni aucun débat n'ont eu lieu sur le sujet! Concernant l'ignorance des projets, elle n'a rien de surprenant puisqu'il n'y a pas de projet...Quand la question est posée sur cette absence, les réponses sont rares (peu s'intéressent réellement à ce qui se passe) mais diverses: pas d'argent, élus incompétents, "on nous cache quelque chose", etc.

- Ce qui précède confirme que les gens ont peu d'informations parce qu'il n'y en a aucune donnée par la mairie: site internet non tenu à jour, presse municipale rare (et mal distribuée: peu la reçoivent et je confirme ne rien recevoir non plus), peu d'entretiens accordés à la presse locale...Et pourtant, le service communication, rattaché au Maire, comprend 10 personnes, dont 3 photographes!

- Quand on pose la question ouverte de ce qu'ils pensent de leurs élus, ce ne sont que propos négatifs: "ils ne pensent qu'à faire du fric", "ils embauchent leurs amis", "ils fricotent avec le FN", "ils ne valent pas mieux que leurs prédécesseurs",  "ils devraient laisser la place à Marine qui est plus compétente"...Et encore, je ne rapporte que ce qui est publiable!

- Sur leurs souhaits, ils sont éloquents: ils veulent que l'on s'occupe d'eux et de la ville. Ils demandent du respect, que les élus sortent de leur bureau et viennent les voir, que les services de la mairie se déplacent quand on les appelle...Ils veulent que l'on entretienne leur ville qu'ils estiment à l'abandon...

- J'ai posé la question directe, à chacun d'entre eux, de ce qu'ils pensaient du FN. Comme on s'en doute dans une ville partagée en 2 (le Front National a recueilli presque 48% des voix en juillet 2009), les réponses vont du "ce sont des racistes" à "il n'y a qu'eux qui pensent à nous", en passant par "la prochaine fois, le FN fera alliance avec le Maire" et "on a tout essayé, pourquoi pas eux?"...

En conclusion:

- la majorité municipale a un gros efforts de communication à produire: sur ce qu'elle fait et sur ce qu'elle a l'intention de faire. En un mot: elle doit jouer la carte de la transparence;

- les habitants sont désespérés et fatalistes; ils sont prêts à écouter celui qui leur marquera du respect. Que ce dernier soit réel ou purement démagogique...

Bien à toi

jeudi 16 septembre 2010

L'expulsion des Roms, sujet de controverses


Avant de faire état, ci-dessous, de réactions de lecteurs du Monde, au sujet de la politique française sur le sujet des Roms, je tenais à préciser que ces réactions datent d'avant l'incroyable attitude de l'Etat français. Rappelons que la semaine dernière 2 secrétaires d' Etat français, MM Lelouche et Besson ont été dépêchés à Bruxelles pour "rassurer" les membres de la Commission Européenne sur le fait que les expulsions de Roms entraient dans un cadre légal. En effet, de partout  montaient des clameurs fustigeant l'attitude de la France des Droits de l'Homme, dont les mesures d'ostracisme vis-à-vis d'une catégorie de ressortissants européens ne masquaient pas une tentative plus générale de montrer du doigt les étrangers: à travers, en particulier, la relation entre immigration et délinquance ou la volonté de déchoir de la nationalité française certains Français...Devant la menace de sanctions internationales (non seulement européennes, mais aussi d'organismes tels que les Nations-Unies), sans parler de l'illégalité de ces mesures aux yeux du droit français, le plaidoyer des 2 Ministres fut écouté par leurs hôtes bruxellois...Malheureusement pour eux (les Ministres), dès leur retour, on apprenait qu'une circulaire du 5 août dernier visait nommément les démantèlement des camps de Roms et leur expulsion! Devant ce mensonge ministériel, Viviane Reding, commissaire européenne en charge de la justice a annoncé son intention de lancer une double procédure d'infraction contre la politique de la France à l'égard des Roms.
La première procédure est relative au non respect des garanties légales (procédure écrite, possibilités d'appel, analyse au cas par cas) prévues par la directive sur la libre circulation des ressortissants européens, en cas d'expulsion. La seconde porte sur le caractère "discriminatoire" des mesures décidées en France.
Mme Reding a rappelé qu'il ne pouvait être question de mener des politiques "discriminatoires" à l'égard des Roms.


 Le traitement politique et humain de la question des Roms a donc suscité chez les lecteurs du Monde des avis tranchés. Morceaux choisis.

Une histoire ancienne
P.G (Hauts-de-Seine)
En l'an 64, Néron, présumé coupable du grand incendie de Rome, choisit une petite communauté qui dérange et inquiète, les chrétiens, pour les offrir à la vindicte populaire. En 2010, un Président français, pyromane malgré lui (des affaires plein les bras, bilan calamiteux de la politique sécuritaire, politique sociale destructrice, une politique du chiffre désastreuse), reprend la même recette. Qui a dit qu'il ne fallait plus enseigner l'histoire ? Pourtant, c'est bien utile...

Avis
J-F de M, Paris
Détestons-nous les uns les autres. Le pouvoir politique malgré son courage, ses compétences et sa détermination, ne parvenant manifestement pas à maîtriser les problèmes touchant à l'économie, à l'emploi, à la sécurité, à l'environnement, à la gestion des flux migratoires... a donc entrepris de rechercher les responsables de cette faillite. Les francs-maçons relèvent de l'archéologie de la haine ordinaire. Les Arabes sont susceptibles : riches, ils risquent de bouder la Côte d'Azur et nos industries de luxe, pauvres de se laisser aller à des accès de violence répréhensibles susceptibles. Donc cibler les Roms n'est pas en soi une si mauvaise idée mais il est à craindre qu'elle ne s'use assez vite et ne permette pas d'atteindre 2012. Aussi, à toutes fins utiles, j'ai entrepris de dresser une liste de commerçants de mon quartier qui, en dépit d'apparences trompeuses, ne sont sans doute pas aussi innocents qu'ils en ont l'air.

Arbitraire
P S, Grenoble
En France, conformément à la recommandation du président de la République, le gouvernement procède à ce qu'il qualifie de reconductions volontaires assorties de rétribution financière de groupes de personnes roms vers la Bulgarie et la Roumanie.
Au plan du droit européen, ces expulsions n'empêcheront nullement ces ressortissants européens que sont les Bulgares et les Roumains de revenir ultérieurement et à loisir sur le territoire français. Du point de vue de l'exécutif français ces mesures relèvent par conséquent d'une efficacité politique temporaire. Quant au plan du droit universel, il convient de juger des individus et non des groupes de personnes. Toute mesure judiciaire ou administrative à caractère collectif apparaît comme relevant de l'injustice et de l'arbitraire.

Politique du mépris
C P, Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine)
Dans Le Monde du 19 août, Eric Besson explique que les personnes expulsées de notre pays, membres de l'Union européenne, "pourront revenir en France". L'article précise que, selon la législation européenne, les ressortissants de Roumanie et de Bulgarie peuvent entrer en France sans formalité particulière et y rester durant trois mois sans avoir à justifier d'une activité. Dans ces conditions, à quoi sert de reconduire dans leurs pays d'origine les Roms qui se trouvent en France en situation irrégulière en leur accordant une subvention de 300 euros (+ 100 euros par enfant à charge), au titre d'aide au retour humanitaire (ARH) ? Cela illustre clairement l'absurdité de la politique actuelle de la France de surenchère en matière de sécurité. Nicolas Sarkozy et son gouvernement édictent à l'égard d'une communauté des mesures dispendieuses et inefficaces qui se veulent spectaculaires à des fins électoralistes. Cette stigmatisation systématique des communautés (car les Roms ne sont pas la seule !) résidant sur notre territoire ne peut conduire qu'à l'exaspération des personnes concernées et à des troubles graves. Le mépris du président de la République à l'égard des valeurs de notre pays et des institutions nationales et européennes est inacceptable.

Mémoire
B D-A  Gif-sur-Yvette (Essonne)
C'est parce que je suis fils de déportés que je me fais un devoir de témoigner en mémoire des Roms, des communistes et d'un millier d'israélites français, tous décorés de la Légion d'honneur, internés en automne 1941 au camp de Royallieu, près de Compiègne. Je veux donc témoigner aujourd'hui en souvenir de mon père interné dans ce camp et qui en est sorti miraculeusement. C'est grâce à des relations très fraternelles avec les Tziganes que lui et la plupart des internés israélites et communistes ont pu survivre. Hélas, très peu d'entre eux ont eu la grande chance comme mon père d'être libérés. Aussi je le dis très fermement à notre président de la République : "Ne touche pas à mes frères tziganes sinon tu vas déshonorer la France."

Liberté de circulation
J H, Schiltigheim (Bas-Rhin)
Au premier rang des turpitudes justement et unanimement reprochées au système soviétique, figurait l'entrave à la liberté de circulation, l'enfermement des citoyens à l'intérieur des frontières de leur pays. A cette époque, tout individu qui réussissait à passer à l'Ouest était accueilli et même fêté pour avoir choisi la liberté.
Il n'aura pas fallu attendre longtemps après la chute du Rideau de fer pour que la liberté de circulation nouvellement acquise devienne un problème. On peut légitimement en déduire que certains hommes politiques, toujours prêts à brandir le "bon sens" qui leur tient lieu de pensée, ignorent qu'il ne suffit pas de sortir d'un pays pour voyager librement : encore faut-il pouvoir entrer dans un autre!

Le rôle de la Roumanie
S Le B, Montréal (Québec)
La Roumanie me fait sourire. Elle met la France en garde contre la stigmatisation des Roms et les expulsions collectives, mais ce qui la contrarie, en vérité, c'est que les Roms reviennent au pays grossir le camp des sans-emploi et des sans-logis. Si elle traitait mieux elle-même sa minorité ethnique, celle-ci ne chercherait pas un "ailleurs meilleur". Cela dit, les pays riches, comme la France et l'Allemagne, auraient peut-être intérêt à aider leurs partenaires plus pauvres, comme la Roumanie et la Bulgarie, à justement mieux intégrer leurs minorités ethniques. Si le problème était réglé à la source, "les gens du voyage" grommelleraient et voyageraient beaucoup moins.

En souvenir de Django
P K B, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)
Ce qui m'ennuie le plus dans cette stigmatisation des gens du voyage, c'est la série d'"oublis" historiques qui l'accompagnent, comme la déportation de nombreuses familles manouches dans les camps d'internement français tels que celui de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire). On oublie aussi que nombreux sont les Tziganes, Gitans ou Manouches (Tziganes ou Roms étant la dénomination première de cette communauté) à s'être battus au cours des guerres du XXe siècle.
En outre, en cette année où l'on célèbre les 100 ans de la naissance de Django Reinhardt, il serait bon de se rappeler que ce génial Manouche français fut le premier jazzman européen à se rendre aux Etats-Unis à l'invitation de Duke Ellington. Il fait aujourd'hui partie intégrante de la culture française avec un grand C. Aussi, de grâce, n'oublions pas que toute communauté est porteuse d'histoire, de culture, de richesses infinies, et non pas seulement génératrice de délinquance et troubles divers, comme certains propos pourraient le laisser croire.

Politique irréaliste
M C, Cysoing (Nord)
A propos des Roms, il n'y a pas de discours plus coupé de la réalité et plus dépourvu d'avenir que celui de ceux qui disent qu'il " n'y a qu'à" appliquer les règles de l'Etat de droit, démanteler les camps et expulser leurs habitants hors de France. Que la Bulgarie, la Roumanie et l'Europe " n'ont qu'à" se charger du problème de leur intégration dans leurs pays d'origine. La France et les autres pays d'Europe occidentale doivent s'attendre à connaître une longue période pendant laquelle les Roms résideront de façon plus ou moins permanente dans ces pays. Il faut s'y préparer par des mesures positives dont la plus urgente est la mise en place, en nombre suffisant, d'aires de stationnement dotées d'infrastructures décentes, en attendant de réfléchir à des solutions institutionnelles et économiques qui permettront de gérer un peu mieux le difficile problème des relations entre sédentaires et nomades - un problème multiséculaire qui n'a nulle part été résolu de façon satisfaisante et qui en France ne concerne pas uniquement les Roms roumains et bulgares. Naturellement, on peut toujours multiplier les expulsions et aligner les chiffres en prenant des poses avantageuses. Mais cette politique de persécutions, bornée et mesquine, ne fera que retarder la prise en compte des vrais problèmes. Il n'est pas nécessaire d'être un ange pour comprendre cela. Il suffit d'être réaliste.

mercredi 15 septembre 2010

Un livre d'histoire et d'actualité...

 

Face à la persécution  

991 Juifs dans la guerre

coécrit par Caire ZALC et Nicolas MARIOT

Publié avec l’aide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah
Odile Jacob, ISBN 978-2-7381-2175-2, septembre 2010


face à la persecution 991 juifs dans la guerre



J'ai choisi de vous présenter ce livre dont le titre évoque bien son contenu, avec une précision: ce millier de Juifs est lensois (en fait il s'agit d'un raccourci, car il s'agit aussi de familles juives ayant vécu à Sallaumines, Béthune, Hénin-Liétard, Bully...). Ci-dessous, vous trouverez la présentation qu'en ont faite les auteurs:


"L’ambition de cet ouvrage est de renouveler l’histoire de la Shoah en l’écrivant non plus du point de vue des bourreaux, qu’ils soient les décideurs ou les exécuteurs, mais des victimes. Bien sûr nous ne sommes pas les premiers à s’intéresser à elles. La place des Juifs dans l’historiographie de la Shoah fut celle de leurs paroles : témoignages non entendus d’abord, sollicités dans un contexte judiciaire ensuite, puis collectés en nombre dans une perspective mémorielle. Certains sont également partis depuis à la recherche de leurs parents « disparus », à l’instar de Daniel Mendelsohn qui relate, dans le roman éponyme sa quête minutieuse des traces laissées par les siens tués par les nazis. Le sous-titre original rend bien compte de sa démarche : A Search for Six of Six Million. En historiens, nous tentons ici de multiplier cette démarche par 350. Ce livre ne traite pas d’une seule famille mais d’un millier d’individus : il tente en effet de reconstituer, pas à pas, l’ensemble des trajectoires des 991 Juifs de Lens entre 1940 et 1945.
L’ouvrage procède par étapes. Il évoque un par un chaque temps de la discrimination antisémite en France pendant la Seconde guerre mondiale en se plaçant du côté des persécutés : l’identification, l’aryanisation, l’arrestation, la déportation. Pour poser, à chaque fois, la question qui structure tout l’ouvrage : que faire ? Faut-il se déclarer comme juifs ou se taire ? Partir ou rester ? Fuir où ? Respecter la loi ou basculer dans la clandestinité ? L’histoire de ces 991 destins croisés est écrite au ras du sol. Elle tente de saisir au jour le jour, famille par famille, les formes prises par la discrimination antisémite en France pour comprendre aussi la variété des parcours. Les archives sont aujourd’hui ouvertes sans restriction aux chercheurs. Nous avons mobilisé la masse documentaire disponible, famille par famille : dossiers et lettres de déclarations, fichiers de recensements, comptes rendus de surveillance, courriers adressés aux administrations, dossiers d’aryanisation, listes de convois, dossiers de naturalisation mais également les fonds du Service international de recherches, ou encore les archives suisses relatives aux réfugiés juifs. Cet ensemble permet de reconstituer les itinéraires, de dater les moments décisifs, de contextualiser les comportements des Juifs de 1940 à 1945.
C’est pourquoi l’histoire de la Shoah en France y est envisagée dans une toute nouvelle perspective. Ce livre ne se contente pas de retracer la variété des attitudes possibles, il ambitionne surtout de les expliquer au regard des possibilités, caractéristiques sociales, histoires migratoires des uns et des autres. Décrire, entre silence et déclaration, ombre et lumière, arrestation et clandestinité, l’éventail des comportements des victimes, entre la vie et la mort.
Lens, avec sa communauté juive de 350 familles, offrait l’avantage d’un terrain aux dimensions idéales pour répondre à cet objectif. L’ensemble des acteurs de la discrimination y jouent un rôle : autorités allemandes, police et fonctionnaires français. La violence qui s’y déroule est particulièrement marquée : la moitié des Juifs lensois sont déportés (contre environ 25% pour la France). Mais ce livre sort aussi du bassin minier pour suivre les parcours de ceux qui partent, en zone occupée, en zone libre, en Suisse, mais aussi à Malines, dans le camp d’internement belge, enfin dans les camps de la mort"

Nicolas Mariot est chargé de recherches au CNRS (CURAPP, Amiens), membre du comité de rédaction de la revue Genèses, sciences sociales et histoire.

Claire Zalc est chargée de recherches au CNRS (Institut d’histoire moderne et contemporaine, ENS). Ses travaux portent sur l’histoire de l’immigration dans la France du XXe siècle, notamment sur l’histoire des entrepreneurs étrangers."


Lors de la présentation du livre, à l'Hôtel de Ville de Lens, dimanche dernier, je suis intervenu pour montrer l'actualité de ce livre. 3 points sont particulièrement troublants:

- Les étrangers, livrés ou expulsés par Vichy, et la déchéance de nationalité des Français d'origine étrangère qui se retrouvèrent ainsi apatrides. Aujourd'hui, on ne peut que faire le rapprochement avec l'expulsion, quasi-manu militari, des Roms, et les rodomontades présidentielles sur la déchéance de la nationalité française (on commence par ceux qui ont commis certains crimes, puis, on connait la suite...)

- La xénophobie et le racisme. Certes l'antisémitisme (quelquefois sous couvert d'antisionisme) existe toujours, mais l'actualité est centrée sur l'islamophobie (sans parler du racisme anti-noir, anti-gens du voyage et autres peurs de l'étranger)...

-  L'indifférence: l'antisémitisme nazi fut marqué, en règle générale par l'indifférence des populations, une minorité collaborant à la chasse aux Juifs (et Tsiganes). Le racisme ambiant aujourd'hui imprègne notre société dans l'indifférence des mots et des actes: songeons au slogan de "préférence nationale" du FN et à l'imprégnation de la parole publique sur des thèmes tels que "immigration et délinquance", que nos gouvernants actuels propagent en relayant les thèmes racistes de l'extrême-droite.

On dit que l'Histoire ne repasse jamais les mêmes plats, mais les relents en sont pourtant fortement malodorants

mardi 14 septembre 2010

Les coups bas fusent entre jeunes au Front national

A quatre mois pile du congrès qui verra Marine Le Pen ou Bruno Gollnisch succéder à Jean-Marie Le Pen, l'ambiance au sein du Front national de la jeunesse (FNJ) est de plus en plus délétère.
Alors que la lutte entre les deux prétendants à la présidence du FN a été - jusqu'à présent - plutôt correcte, leurs jeunes supporters n'en finissent pas de régler leurs comptes, notamment sur Internet où les deux camps se répondent par sites interposés ou sur le réseau social Facebook.
Jean-Marie Le Pen, statutairement président du FNJ, a même dû sonner la fin de la récréation, dimanche 5 septembre, dans son discours de clôture du conseil national : " Je ne doute pas de la volonté des deux candidats, mais ce sont les partisans qui risquent de commettre des excès. J'avertis ceux qui se laisseraient entraîner à d'indignes propos que je les sanctionnerai sans faiblesse. " Le leader de 82 ans a même visé un site : Les jeunes avec Gollnisch.

" Franc-maçon "
Créé fin mai, ce site ne cesse de prendre pour cible le coordinateur national du FNJ, David Rachline, soutien assumé de Marine Le Pen, comme d'ailleurs la quasi-totalité de la direction du mouvement de jeunesse frontiste. Le site dénonce ainsi des " purges staliniennes " contre les partisans de M. Gollnisch et craint une " captation " du FNJ par le camp de Mme Le Pen : " Tous les organes du FN sont confisqués au profit de Marine. C'est une confusion des genres très malsaine, David est dans une démarche partisane alors qu'il est responsable du FNJ qui doit être neutre ", déclare notamment le responsable des Jeunes avec Gollnisch, qui a souhaité conserver l'anonymat.
Mais les attaques ont pris une autre tournure depuis l'université d'été du FNJ, qui s'est déroulée à Cormont (Pas-de-Calais), fin août.
Un article paru sur le site des Jeunes avec Gollnisch (modifié depuis et expurgé de ses passages les plus polémiques) dénonçait une " scandaleuse " université d'été, un David Rachline " pas au courant du programme, pas au courant des lieux ; en clair (...) au courant de rien ". Mais aussi des pratiques " douteuses " dues à l'alcool, allant jusqu'à évoquer " deux jeunes hommes (oui oui, deux hommes) à peine majeurs, qui ont joué au docteur dans une voiture sur le parking durant la nuit ".
L'auteur - sous pseudonyme - du billet regrettait par ailleurs qu'aucune " levée des couleurs " ni aucune " messe " n'aient été prévues. Et de conclure : " Un franc-maçon n'aurait pas réagi différemment. "
Sur le blog de David Rachline, c'est Stéphanie Koca, jeune conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais, appartenant à la direction du FNJ et responsable jeune du comité de soutien à Mme Le Pen, qui répond à " cet article immonde ". " Ce torrent de haine - utilise - les mêmes méthodes que les barbouzes d'extrême gauche, les attaques ad hominem, la délation, la déformation et le mensonge. " Mme Koca invite donc les militants du FNJ à " manifester - leur - dégoût des pratiques utilisées par ces clowns qui militent plus sur leur clavier que sur le terrain. Le sectarisme n'a pas sa place au FNJ, les méthodes de petites racailles de banlieue non plus ".

Sur Lemonde.fr
Abel Mestre
Le blog Droite(s) extrême(s)

Les effets délétères du remaniement différé

L'éditorial suivant, bien que datant de quelques jours déjà, est toujours d'actualité...







J'ai, à plusieurs reprises, écrit que je pense que ce qui nous paraissait évident il y a un mois, l'est moins aujourd'hui. Je crois que N.Sarkozy ne sera pas le candidat de la droite aux élections présidentielles de 2012. En effet, son image est si catastrophique aujourd'hui que l'on ne voit pas comment il pourrait la redresser, en si peu de temps. L'on commence à voir des personnalités de l'UMP maugréer et se ménager l'avenir, par quelques phrases bien senties qui iront crescendo, tant sur la forme que sur le fond, dans les mois qui viennent. 2 personnes sont susceptibles de troubler le jeu du Président:  


 - François Fillon qui se taille une image de Président: il remplit en fait le rôle que les anciens
Présidents de la Vème République ont joué: arbitre, médiateur, il se place souvent au-dessus
de la mêlée. N. Sarkozy a phagocyté la fonction de 1er Ministre et intelligemment, François Fillon s'est contenté de jouer le rôle de "sage" devant un Président "touche à tout", inconstant et indigne de la fonction...
- Dominique de Villepin pourrait faire perdre la droite, volontairement, afin de rebondir comme recours en 2017. Si N. Sarkozy se présentait quand même, en 2012, contrairement au scenario précédent, de Villepin sera contre lui et pourrait provoquer un "remake" de 2002 entre la candidate de gauche et celle du Front National, au second tour...



4 septembre 2010
 

Editorial



C'est peu dire que le climat de cette rentrée politique n'est pas bon pour le président de la République. Dans son camp, la nervosité est partout perceptible. Hier unanime derrière le chef de l'Etat, voilà la droite troublée, voire déstabilisée, par l'offensive lancée cet été sur le terrain de la sécurité et contre les Roms.
Voilà trois anciens premiers ministres - Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin et Dominique de Villepin - qui formulent, chacun à sa manière, réserves ou réquisitoire. Voilà un chef du gouvernement, François Fillon, qui admet benoîtement sa " différence ". Voilà les ambitions qui s'impatientent et les caciques qui ne taisent plus leurs rivalités. Voilà enfin le doute qui s'insinue quant à l'infaillibilité présidentielle.
Tout contribue à ce mauvais climat. Les lourdes incertitudes économiques, évidemment, à la veille d'arbitrages décisifs pour le dernier budget " utile " du quinquennat, avant le rendez-vous électoral de 2012. Mais aussi l'inévitable usure du pouvoir, d'autant plus forte que Nicolas Sarkozy a saturé l'espace depuis trois ans : avec lui, le temps a compté double. Enfin l'affaire Woerth-Bettencourt ne cesse, depuis trois mois, de distiller son poison et de fragiliser le ministre du travail, chargé de conduire, dans quelques jours, le débat majeur sur la réforme des retraites.
Tout cela pèse. Mais s'y ajoutent les effets de l'étrange manœuvre engagée à la veille de l'été par le président de la République : le remaniement gouvernemental annoncé, mais différé. Depuis six mois, M. Sarkozy a deux obsessions : garder la maîtrise du calendrier politique et ne pas " surréagir " aux turbulences. Au lendemain de la déroute des élections régionales de mars, il avait écarté un remaniement gouvernemental en profondeur, gardant cette carte pour l'automne. De même, en juin, il n'avait pas jugé pertinent de faire immédiatement un grand ménage, malgré les affaires en tout genre touchant plusieurs membres du gouvernement. Seuls MM. Joyandet et Blanc en avaient fait les frais et avaient démissionné, le 4 juillet.
La ligne de conduite reste donc celle fixée le 30 juin devant les parlementaires de l'UMP : l'ensemble du dispositif de l'exécutif - gouvernement, équipe de l'Élysée et direction de l'UMP - serait réorganisé " à l'automne " pour préparer la bataille de 2012. Entre-temps, l'évidence s'est imposée qu'il faudrait attendre non seulement la fin du débat sur les retraites, mais aussi celle de la discussion budgétaire à l'Assemblée. Cela nous mène à la mi-novembre.
La conséquence est évidente : depuis deux mois et pour encore de longues semaines, des ministres dans l'incertitude, un gouvernement en apesanteur, des spéculations sans fin. Le président voulait imposer le sentiment de calme et de maîtrise ; il crée une impression d'hésitation, voire d'embarras. En 2007, au plus fort de l'ouverture à gauche de son gouvernement, Nicolas Sarkozy se vantait d'être le " directeur des ressources humaines " du Parti socialiste. Il n'est pas certain aujourd'hui qu'il soit le meilleur DRH de son propre camp.
© Le Monde

lundi 13 septembre 2010

"Le Monde", l’Elysée et la liberté d’informer

Le Monde

La loi est sans équivoque : "Le secret des sources des journalistes est protégé dans l'exercice de leur mission d'information du public." C'est sous la présidence de Nicolas Sarkozy que cet article a été ajouté à la loi sur la presse. C'est sous sa présidence qu'il vient d'être transgressé. Il y a quelques semaines, un service de l'Etat a été mis à contribution pour identifier la source d'un journaliste du Monde qui enquêtait sur l'affaire Woerth-Bettencourt. Une initiative décidée en violation du principe qui institue les journalistes en nécessaire contre-pouvoir.
L'affaire a des précédents, sous cette présidence et sous d'autres. Il reste que l'enquête menée par la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à l'encontre d'un haut fonctionnaire soupçonné d'être l'auteur de fuites vise à intimider les médias.
La chronique du dossier Woerth-Bettencourt s'enrichit, avec cette intervention de la DCRI, dont le pouvoir use comme d'un cabinet noir, d'une nouvelle irrégularité. Il y a longtemps que l'enquête sur cette affaire de rapports incestueux entre la droite et l'argent caché aurait dû être confiée à un juge d'instruction, c'est-à-dire à un magistrat du siège indépendant, plutôt que de rester entre les mains du parquet, qui n'a de compte à rendre qu'au ministre.
S'affranchir ainsi des règles de la simple justice est la solution qu'a imaginée l'Elysée pour circonscrire l'incendie. Comme le feu, chaque jour ou presque, repart de plus belle, il est commode d'accuser les journalistes d'être les incendiaires. Et d'essayer de les faire taire.
L'article qui renforce le secret des sources a été ajouté le 4 janvier 2010 à la "loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse", dont l'intitulé et le millésime disent clairement qu'elle est un fondement de la République. Il aligne le droit français sur la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme, laquelle, dans un arrêt de 1996, affirmait déjà le droit et le devoir pour les journalistes de taire l'origine de leurs informations.
Dans sa version de 2010, la loi de 1881 précise qu'il ne peut être porté atteinte au secret des sources "que si un impératif prépondérant d'intérêt public le justifie". Le pouvoir interprète de manière insolite cette notion d'intérêt public, qu'il confond avec son intérêt propre, avec l'intérêt de la majorité d'aujourd'hui à garder le plus longtemps possible ce dossier sous l'éteignoir, en tentant, après la justice, d'étouffer la presse. L'intérêt public voudrait au contraire que la lumière soit faite au plus vite sur l'affaire Woerth-Bettencourt, qui empoisonne le climat politique et nuit, en pleine réforme des retraites, au dialogue social.
Le bon sens démocratique rejoint ici la question de principe. Le Monde ne peut admettre cette violation du secret des sources, pour lui-même et pour ceux qui ont vu dans la loi de 1881 version 2010 un surcroît de légitimité reconnue aux journalistes. Ce souci de transparence citoyenne justifie que nous portions plainte auprès du parquet pour que, dans cette affaire et d'autres, la liberté de la presse soit strictement respectée.

Les Français et la peur de l'avenir

L'éditorial du Monde, repris ci-dessous, est important, à plusieurs titres:
- Il est rare que l'éditorial soit signé. Quand il l'est, soit 2 ou 3 fois par an, c'est par son Directeur (présentement Eric Fottorino). Cela signifie l'importance du sujet et il est d'usage que ce texte soit repris dans la presse concurrente, et fasse aussi l'objet d'exégèses dans les écoles de journalisme, pendant plusieurs années et promotions;
- "Les Français ont peur": ce titre présente un parallèle troublant avec le titre célèbre de Pierre Viansson-Ponté, ancien Directeur emblématique du Monde, qui écrivait: "La France s'ennuie", le 15 mars 1968, prémonitoire de ce qui allait se passer quelques semaines plus tard.
- "Les Français ont peur" de l'avenir, parce que personne ne leur parle de projets, parce que personne ne leur parle vrai et personne ne leur indique le chemin de l'espoir, même si ce dernier est parsemé d'embûches.
- Leur parler de projets, c'est dire aux Français que demain peut être annonciateur de vie meilleure, mais... à condition que ce soit un monde juste...
- Leur parler vrai, c'est expliquer des choses qu'aujourd'hui l'on masque. Par exemple, il nous faudra demain faire appel à la main-d'œuvre étrangère pour travailler, car il n'y aura pas assez d'actifs, et payer les retraites de ceux qui y ont droit. Parler vrai, c'est donc faire le contraire de ce que fait le FN. Mais cela nous le savons...
- Leur parler d'espoir, ce n'est pas masquer les réalités: plus celles-ci seront exposées, mieux les Français les appréhenderont et mieux ils accepteront des efforts... à condition qu'ils ne soient pas les seuls à les assumer. L'espérance, bien que vertu théologale, est également une vertu laïque qui participe pleinement de la cohésion sociale, à condition de ne pas nous dresser les uns contre les autres...



Editorial
Le Monde du 9/9/2010

Les Français ont peur. Pas la peur qui justifierait la politique sécuritaire du gouvernement menée sous la houlette martiale de M. Hortefeux. Une tout autre peur : celle de l'avenir. La crainte de se trouver un jour, demain, chassé du havre de protection qui fonde l'Etat-providence depuis le Front populaire. Connaître la déchéance, ne plus être à l'abri, prendre brutalement le " descendeur social " et subir ce que le chercheur Eric Maurin appelle le " déclassement ".

Voilà ce qu'on pouvait percevoir, mardi 7 septembre, dans les cris et les protestations du million et demi - au moins - de personnes descendues dans la rue. Les cortèges étaient bien sûr animés par des inquiétudes très concrètes : le refus de prolonger de deux ans des carrières pénibles, le rejet d'un système injuste et discriminatoire entre privé et public, hommes et femmes, jeunes et anciens. Tout cela est vrai dans un pays où l'on entre de plus en plus tard sur le marché du travail. Et où la tentation des entreprises de se séparer des salariés plus âgés est grande, malgré la loi pour l'emploi des seniors votée l'an passé. Comment se projeter dans sa vie professionnelle jusqu'à 62 ans ou 67 ans, sachant que le risque de connaître le chômage de longue durée s'accroît dès la cinquantaine passée ?

C'est précisément la question de l'emploi qui enlève aux Français toute vision sereine de l'avenir. Nicolas Sarkozy, l'a-t-on assez rappelé, s'était fait élire sur le slogan du " travailler plus pour gagner plus ". La proposition est aujourd'hui de travailler plus longtemps pour espérer seulement gagner autant, voire moins, en tout cas pas davantage. Chacun a le sentiment d'y perdre au change, et le climat de l'affaire Woerth- Bettencourt ajoute une provocation symbolique à cette désillusion : il y aurait les privilégiés et les autres. En France comme dans de nombreux pays européens ou aux Etats-Unis, les parents ne croient plus que leurs enfants vivront mieux qu'eux. Le passage du témoin de la prospérité d'une génération à l'autre n'est plus assuré. Et les pouvoirs publics sont incapables de dessiner des perspectives stimulantes, faute d'être équitables.

Sur le fond, pourtant, repousser l'âge légal du départ à la retraite est une nécessité largement admise. Sauf à entretenir un mensonge général sur la capacité de l'Etat à financer le système, il faut bien regarder les réalités en face. Les " trente glorieuses ", la croissance et le plein-emploi appartiennent au passé. Les crises et les déficits successifs, combinés au vieillissement de la population française, ont créé une situation explosive pour la protection sociale. Que fera-t-on quand la proportion actifs-retraités sera quasiment de un pour un en 2020 ?

Il existe une issue, taboue pour beaucoup, qui réveillerait l'autre peur dont ce gouvernement est l'irresponsable artificier : favoriser l'immigration, à condition de la réguler et de fournir à ces forces vives qui nous manquent l'accueil, l'éducation et la formation qui conviennent. En aura-t-on l'audace et l'intelligence ?


Eric Fottorino

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