IV - SUIVI DES OBSERVATIONS ET RECOMMANDATIONS RELATIVES À DES OPERATIONS SPECIFIQUES
- Évolution des participations commerciales sur la période.
La période 2010-2012 a été marquée par la création de la société Axevie pour la
construction d’établissements médico-sociaux et par la mise en liquidation amiable de la
Centrale Foncière Régionale.
La Centrale foncière régionale est en liquidation amiable depuis le 15 décembre 2010.
L’expérience des principales participations sur la période 2008-2012 montre que celles-ci
constituent un facteur de risque financier important pour Adévia.
- Axevie
Le rapport de 2010, avait mentionné la complexité et la perspective d’un endettement
propre de la société dans le montage de ce qui n’était alors qu’un projet, à savoir la construction
d’établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).
La principale difficulté liée à la création de cette société a été la souscription, en lieu et
place de la société en cours de création, d’engagements financiers lourds (57,1 M€ soit 39%
de l’encours d’emprunts bancaires au 31 décembre 2011) créant de fortes réticences des
établissements bancaires, au vu de leur propre ratio de fonds propres, à débloquer de nouveaux
financements pour les opérations de la société.
Les emprunts liés à la construction des établissements d’hébergement pour personnes
âgées dépendantes sont un exemple frappant d’une gouvernance engageant des opérations
lourdes sans réflexion préalable suffisante concernant leur financement.
- Centrale foncière régionale
Des engagements financiers lourds, tels que celui d’acquérir, pour 5,8 M€, les terrains non
commercialisés de l’opération Beaumont appartenant à la société Centrale foncière régionale
(CFR), ont été présentés en conseil d’administration (CA), qui l’a validé à l’unanimité, sans aborder
la question du prix ou du financement, alors que la chambre venait de souligner le poids des
acquisitions foncières déjà effectuées par la société dans ce secteur. Une telle acquisition par la
société désignée liquidateur amiable est contraire au code de commerce.
- Le mandat de réalisation du tramway pour le syndicat mixte des transports Artois-Gohelle -SMTAG)
Le mandat de maîtrise d’ouvrage délégué confié à la société Adévia par le SMTAG est
l’un des contrats les plus importants remportés par Adévia au cours de la période vérifiée.
Ce marché qui avait pour objet la réalisation de deux lignes de tramway sur le territoire
de l’ancien bassin minier, signé le 9 décembre 2009, représentait un volume global
d’investissement de 683 M€ TTC pour le SMT, dont 14,6 M€ TTC de rémunération prévue pour
Adévia.
En ce qui concerne la société d’économie mixte Adévia, dans le rapport d’observations
définitives relatif au SMTAG, la chambre avait critiqué les modalités d’attribution du marché, de
versement de la rémunération sous forme d’avances, sans vérification du service fait et de la
gestion des produits financiers générés par les sommes versées par le SMTAG..
Le marché a été résilié en juin 2012. Les sommes versées à Adévia au titre de la période
2009-2012, soit 5,9 M€, ont représenté 40% de la rémunération prévue initialement pour un
taux d’avancement estimé contractuellement à 15%
Cette somme se décompose en quatre montants correspondants à des actes juridiques
distincts et à des périodes distinctes :
- l’exécution pure et simple du contrat, de décembre 2009 à mai 2010 : perception effective
d’une rémunération de 1,7 M€ environ ;
- un premier protocole transactionnel, conclu le 15 novembre 2011, compensant l’absence
de perception de la rémunération forfaitaire de juin 2010 à juin 2011 : 3,4 M€ environ ;
- un second protocole transactionnel, conclu le 13 juillet 2012, relatif à la période comprise
entre juillet 2011 et la résiliation du contrat le 15 juin 2012 : perception d’une
rémunération complémentaire de 0,5 M€ environ et compensation d’un préjudice pour
0,14 M€ ;
- une indemnité de résiliation, prévue par le contrat, pour 0,16 M€.
Le premier protocole transactionnel a pour objet affiché de résoudre un litige et pour
objet réel de contourner les règles de la comptabilité publique et les observations de la chambre
qui venait de les rappeler.
Ce protocole vise uniquement à permettre le paiement de la somme de 3 440 000 €
suspendu par le comptable public au vu de l’insuffisance des pièces justificatives relatives aux
prestations réellement exécutées.
On a bien compris qu'il s'agissait d'"aider" Adevia à résoudre ses difficultés financières
Conclusion :
- ce troisième rapport de la CRC pointe, encore une fois, le peu de rigueur administrative de la société
- l'exemple, ci-dessus, d'Adevia, illustre la volonté des collectivités actionnaires de la sauver (certaines ont "remis au pot" récemment).
- on attend les procédures judiciaires en cours (impliquant notamment JP Kucheida) pour voir dans quelle mesure Adevia (rebaptisée aujourd'hui "Territoires 62") a été utilisée à d'autres fins que celles prévues (la constitution de la société, notamment a toujours soulevé beaucoup de questions...)
- la lente agonie de la société débouchera-t-elle inexorablement sur une mort annoncée depuis quelque temps ?
- que signifie le fait que, sur les 3 derniers directeurs, seul le dernier ait présenté des observations ? Les 2 précédents (Dagbert, nouveau président du CG 62, et Lemaire) n'ont pas jugé utile de répondre aux accusations portées contre eux ! Que signifie le fait que, sur les 18 collectivités actionnaires, seules le Conseil régional (prenant acte et affirmant sa vigilance) et la commune d'Oignies (sur des points spécifiques la concernant) aient envoyé leurs observations ?
- les politiques affirment leur confiance dans le nouveau directeur, en place depuis décembre 2012, pour redresser la situation. Jean-Jacques De Lille, ce directeur, l'a confirmé dans sa réponse à la CRC. Il ne pouvait pas faire moins, me direz-vous...