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vendredi 26 novembre 2010

Une enquête du commissaire Cimares: du rififi à Hévin-Balmont (6)

Résumé de l’épisode précédent : la stratégie du FN est de ne pas vouloir la mairie d’HB maintenant.




Le rififi aura-t-il une fin ?


Sur la route vers Mille, le commissaire Cimares fit part de ses conclusions, mais il prévint Alain P : « ce que je vais vous dire est confidentiel, bien entendu. En outre, ce ne sont que des conclusions personnelles et provisoires qui demanderont à être complétées ou approfondies par la justice. Je rends compte au Ministère de l’Intérieur de ce que j’ai cru comprendre ou, mieux encore, de mes interprétations. Aux autorités politiques d’en faire ce qu’elles veulent : acter ou avancer, ce sont des décisions politiques. Bien entendu, rien n’empêche que mes conclusions, si elles sont enterrées, soient reprises par des journalistes ou quiconque souhaite que justice soit faite ».

Ce préambule fait, le commissaire fit part de ses interrogations sur le comportement du Parti Social 62.
Que celui-ci se soit comporté, comme il le fait depuis longtemps, dans ce département, ne concerne, semble-t-il, que les militants. Mais détenant tous les pouvoirs : conseil régional, conseil général, pratiquement toutes les intercommunalités, sauf la communauté Urbaine de Allas et quelques communautés de communes dans le Monfreuillois, entraine une responsabilité plus large qui met en cause les résultats des politiques : taux de chômage élevé, résultats sanitaires désastreux, longévité plus courte…la liste est longue des retards de ce département. Non seulement l’écart avec les autres territoires français est toujours aussi important, mais il se creuse. Le Commissaire admit de suite qu’il n’avait pas à rendre un jugement politique, d’autant plus que, lui, homme de gauche et originaire de l’Artois, il connaissait les difficultés rencontrées dans ce territoire pour faire face à ses désastres économiques et industriels. Il souhaitait simplement pointer le contexte général de la situation particulière d’Hévin-Balmont. Cette ville, terre de gauche s’il en est, voit  ses électeurs déserter les partis de gauche pour l’abstentionnisme et un Front Nazional populiste, qui n’a comme solution à offrir que le repli sur soi-même et l’expulsion des étrangers qui mangent le pain des vrais Français et les violent, les attaquent et les violentent. Ce programme simpliste remporte son succès, non pas parce que les habitants soient simplistes, racistes ou anti-républicains, mais bien parce qu’ils ne reconnaissent pas leurs propres valeurs, basées sur le travail, l’honnêteté, le courage et la fidélité, dans les hommes politiques qu’ils côtoient. 

Alain P se fendit d’un constat politique cruel : « c’est vrai que quand on a eu comme élus des hommes comme les maires successifs, Darchi hautain et méprisant, Dalongebourg, dont l’inconduite publique a rejailli sur tous les habitants, des Trinaisse et Cabrillon reclus et dépassés, un député Lacon raciste et paresseux, un conseiller général, Picqué, invisible, on peut se jeter dans les bras du premier venu, sachant les flatter et jouant les démagogues… ». 

« Vous avez remarqué que tous ceux que vous avez cités sont ou ont été membres du PS, ou soutenus par lui (en ce qui concerne le maire actuel). Et justement, lors de ces quelques jours passés à HB, nous nous sommes demandés souvent pourquoi le PS soutenait constamment ceux qui étaient au pouvoir, quitte même à rejeter ceux qui voudraient changer le cours des choses. On peut ajouter que ce PS a, au mieux, fermé les yeux, non seulement sur les turpitudes d’un Dalongebourg, au pire, soutenu ceux qui étaient liés avec le FN. Je ne suis pas loin de penser que c’est cette dernière version qui soit la bonne…

Pourquoi donc s’est-il fourvoyé de la sorte ? Quels secrets les Sociaux veulent-ils préserver ? On sait bien que les différents réseaux que les élus du PS ont su établir (logements, mouvements, sociétés d’aménagement et autres, associations, etc) ont été (ou sont peut-être encore) des pompes à fric, licites ou illicites. D’autres partis politiques de droite ou de gauche (PC) en ont fait autant dans d’autres régions. Mais ici dans ce département 62, tout étant entre les mains du PS, le maillage permet toutes les dérives, certains élus œuvrant, d’ailleurs, de bonne foi, peu au courant des implications, souvent illégales. Le financement des partis politiques, par les entreprises, n’existe plus officiellement, mais on peut penser que, à moindre échelle, il perdure…Financement de salaires, de subventions et autres : tous les partis politiques connaissent…Ceux qui tiennent les cordons n’ont aucun mal à « tenir » ceux qui sont au courant, qui eux-mêmes tiennent leurs mentors par le fait qu’ils connaissent toute ou partie des méthodes illégales utilisées. Tout cela entretenant un système d’obligés qui doivent obéissance et reconnaissance envers ceux qui tirent les ficelles. Un système féodal, appelé, de nos jours, système maffieux…

Un homme comme Dalongebourg, très à l’aise dans ce système, puisqu’il en a monté un de cet acabit à HB, avec ses obligés qu’il tient toujours, a forcément eu connaissance d’autres réseaux auprès de ses mentors successifs, Kucheniet et Lacon, eux-mêmes faisant  parti du système dont il n’est pas difficile de voir qui en tire les ficelles dans le Pas-de-Boulogne. On ne pouvait donc toucher un GD au risque de voir ses révélations faire écrouler le système. Son prédécesseur était forcément au courant de tout cela, mais probablement qu’il lui restait un minimum de vertu pour ne pas faire chanter certains. C’est d’ailleurs, probablement, le cas de beaucoup d’hommes politiques qui ont encore une conscience et ne joueront pas dans ce jeu « je te tiens par la barbichette ». Alors qu’eux-mêmes sont les jouets des autres. Il est fort possible que le maire actuel et son 1er adjoint sont au courant de tels agissements, notamment parce qu’ils en ont découvert des éléments depuis juillet 2009, et qu’ils savent ne pas avoir intérêt à bouger pour ne pas perdre le soutien du PS. Rappelons d’ailleurs que G. Cabrillon est revenu au MRC dont le patron est très lié à Mèrecheron, tous les 2 se tenant certainement également par la barbichette, tout le monde connaissant les liens étroits entre l’association « La vie réactivée » de Jean-Marie Alexandrie et son parti politique ( par exemple une grande partie des adhérents du parti sont salariés du MRC et la plupart des élus de ce parti étant d’ex ou encore salariés de l’association).

Tout cela faisait l’objet, jusqu’à présent, d’un modus vivendi, les prébendes des uns faisant taire ceux qui disposaient d’autres prébendes. Ce bel équilibre est étendu aux autres partis politiques qui ont ou ont eu un pouvoir leur permettant de bénéficier de tels systèmes.  Jamais vous n’avez vu les élus de droite dans la région du Nord le mettre en cause, puisque eux-mêmes ont recours à de tels procédés. Seuls à ne pas avoir joué : les petits partis, qui n’ont pu établir un pouvoir suffisant sur un territoire. Et parmi eux le FN, forcément au courant…

On voit bien, que ce soit au Conseil Régional où M El Ben titille Mèrecheron, mais sans aller trop loin parce que…elle a tout à gagner. Et principalement la ville d’HB !

Ma théorie, que je considère comme évidente, est que le FN va faire chanter le PS en exigeant que rien ne soit fait contre sa prise de pouvoir à HB, moyennant quoi, le FN ne dénoncera rien pour mettre à bas le système. Comme je l’ai indiqué, cet accès au pouvoir se fera quand le FN sera prêt, après 2012. Vous comprenez maintenant que, quand quelques trublions, comme Lancia ou vous, voulez « assainir » le système, c’est un tollé général de tous ceux qui ont intérêt au statu quo (y compris au FN !). Vous comprenez pourquoi le PS a soutenu abusivement Dalongebourg de peur qu’il parle : c’est l’équilibre atomique, celui de la terreur, celui qui fait que personne ne voudra détruire l’autre de peur d’être détruit par la réaction de l’autre. Une autre preuve de ce que j’avance : le PS n’a mis, à quelques semaines d’élections cantonales, aucune stratégie en place pour endiguer la montée du FN, notamment dans le Bassin Minier…l’équilibre de la terreur, disais-je !

Enfin, ne croyez pas que le FN n’ait pas intérêt à se montrer discret également. Sa situation financière et quelques affaires troublantes, notamment une histoire de captation d’héritage au profit de JM El Ben ne demande qu’à remonter à la surface…

Je vais déposer ces conclusions en haut lieu. Elles pourraient être exploitées, mais n’oubliez pas que le pouvoir actuel a aussi trempé dans pas mal d’affaires ou de manipulations locales qui pourraient être exhumées ou réveillées…
Sinon, à vous de voir… »

FIN

jeudi 25 novembre 2010

Une enquête du commissaire Cimares: du rififi à Hévin-Balmont (5)

Résumé de l’épisode précédent : le jeu peu franc du PS


Les duplicités du PS et du FN

Alain Pernal devait raccompagner le commissaire reprendre son train à Mille en début d’après-midi et ils passèrent  cette dernière matinée ensemble à l’hôtel.

Notre policier avait manifestement obtenu des informations sur la situation hévinoise actuelle, et il les commenta ainsi :
«  Le PS a rapidement fait son deuil de la défaite de la liste Lancia qu’il soutenait, liste devancée par celle de Daniel Delequenne (Alliance non Républicaine) que tous les partis républicains soutinrent au second tour pour battre la liste FN qui atteignit le score historique de plus de 47%. De façon surprenante, Catherine Gémisson ne trouva rien à redire que, entre les 2 tours, la liste ANR (Alliance non Républicaine) ne fusionnât pas avec la liste PS, au mépris des accords passés ! Mieux même, après l’élection, elle fit les yeux doux à la majorité et refusa que la section PS dissoute en 2009 ne soit reconstituée. Pour quelles raisons pensez-vous ? »

« Pour faire bref, elle sait très bien que Pierre Lancia et moi-même serions largement majoritaires, en cas de reconstitution de la section. Or, elle sait que nous nous opposerions à la majorité municipale, d’une part, et d’autre part, que nous souhaitons revenir à un fonctionnement normal et un retour aux valeurs républicaines, foulées aux pieds dans le Pas-de-Boulogne, comme tout le monde le sait, en dedans et hors du Parti. De ce fait et sans égard pour les statuts, on ne crée pas de section à HV. Bien entendu, cette affaire se réglera devant les tribunaux. Autre exemple d’une démocratie répudiée : le candidat PS aux élections cantonales de Monsigny qui concernent, à parts égales, la ville de Monsigny et une partie de celle d’HV, a été désigné par les militants monsignynois uniquement. Nous avons organisé, de ce fait, une élection hévinoise dans laquelle Pierre Lancia  a recueilli largement plus de voix que le candidat désigné par le Parti. Il est clair que le PS a peur que nous ébranlions le « système » clanique et féodal qu’il a mis en place depuis des dizaines d’années dans ce département. S’il s’effondrait, nul doute que l’on retrouverait beaucoup de cadavres dans les placards…

« Oh oui, je sais, je crois en connaitre certains. Mais dites-moi, pourquoi vous êtes-vous détaché de cette majorité municipale que vous aviez soutenue bien avant le 1er tour ? »

« Pour les raisons que je vous ai déjà évoquées. J’avais été roulé dans la farine par l’Alliance non Républicaine qui avait depuis longtemps entretenu des relations, avec le FN, que certains qualifient même d’amicales. De même que Dalongebourg avait  fourni, en son temps, des informations à Brioud, pour que celui-ci enfonce Darchi, G. Cabrillon et les siens en ont fait de même en pactisant avec les Brioud et Boulde, les rencontrant régulièrement et nouant des liens privilégiés entre eux : chez ces gens-là on s’embrasse, on mange ensemble, on rédige des recours, etc. Non seulement, ils m’avaient menti par omission pendant des années en tenant ce discours humaniste auquel ils savaient que moi, et d’autres, bien sûr,  étions sensibles. Cette connivence avec le FN est visible : jamais par exemple, le FN n’a un mot dur, en public ou dans ses écrits contre G. Cabrillon, alors qu’il se déchaîne contre ses opposants que vous avez rencontrés ou dont vous avez lu les blogs : David Pâques, Patrick Athènes, Christine Gécot, Pierre Lancia, sans parler de moi-même. C’est vrai qu’il a eu quelques mots forts contre le Maire, Eugène Trinesse, mais il s’agissait plus de réagir en opposants politiques : il faut dire que la majorité agit de façon désastreuse et que la crédibilité du FN, vis-à-vis de son électorat, passe par des critiques face à la médiocrité (la charge serait identique, même si le maire agissait de façon efficace)."

« On a l’impression à vous entendre que le FN fait le minimum « syndical », comme on dit, parce que il y a une connivence d’ « anciens combattants », voire même d’amitié, avec les élus de la majorité (ou plus probablement une partie d’entre eux)…"

« Oui, certes, mais j’irai même plus loin. Je pense qu’aujourd’hui le FN ne veut pas de la Mairie d’HB. Je dis bien : aujourd’hui. Il a eu une fois la possibilité de pousser à des élections. Il ne l’a pas fait. Il avait introduit un recours tendant à l’inéligibilité de D. Delequenne: il espérait donc qu’il aboutisse, tout au moins, on peut le penser. Il suffisait qu’un élu démissionne du conseil municipal d’HB (suivi par les démissions en cascade des suivants non élus de la liste FN) pour empêcher qu’un nouveau maire (en cas de défaut de celui en place, pour décès, empêchement ou…inéligibilité) ne puisse être élu, un conseil devant être au complet pour élire le premier magistrat de la ville. Cela entrainant de nouvelles élections municipales. Et le jour où il a fallu élire un nouveau maire, puisque D. Delequenne avait démissionné, le conseil municipal était au complet parce que le FN n’avait pas fait démissionner préventivement l’un des siens. Soit il s’agissait d’une erreur de la part du FN, et alors il s’agit d’incompétence. Soit il s’agissait d’une volonté délibérée de ne pas provoquer d’élection municipale…Cette seconde solution est toujours d’actualité, puisque rien ne l’empêche, aujourd’hui, de faire démissionner un élu qui ne soit pas remplacé du fait des démissions successives des suivants de liste. In fine, il se retrouverait avec un élu de moins, ce qui n’a aucune importance, mais aurait l’avantage de laisser une épée de Damoclès peser sur la tête de la majorité, en cas de défaillance du Maire… »

« Pour quelle raison le FN ne voudrait-il pas du pouvoir, je ne suis pas sûr de ne pas comprendre ? ».

« Le fonctionnement catastrophique de la mairie n’est pas dû uniquement à l’incompétence des élus, mais également au fait que le personnel d’encadrement est insuffisamment armé (constatation de la CRC) et que, autre preuve d’incompétence de leur part, les élus n’ont pas voulu ou pas pu renforcer la direction administrative : plus prosaïquement, il est fort probable qu’ils n’ont pas compris l’importance de procéder ainsi. Toujours est-il que si une nouvelle équipe devait arriver à la tête de la mairie, elle devrait procéder, notamment, car si c’est nécessaire, ce n’est pas suffisant, à un chamboulement dans la structure administrative en faisant venir des cadres expérimentés et compétents. Or, si le FN, par malheur, devait arriver aux affaires, il ne trouverait pas (ou peu) de fonctionnaires prêts à venir travailler avec eux. Ils devraient faire appel à des cadres à eux (pris notamment parmi les permanents du parti). Cela, aujourd’hui, n’est pas possible: ces cadres sont nécessaires à l’organisation de l’élection interne du FN pour la Présidence en remplacement de Jean-Marie El Ben (rappelons qu’il y a 2 candidats : Marion El Ben et Bruno Godmich). De plus ces mêmes cadres seront également sur la brèche dans le cadre de l’élection présidentielle 2012 où le FN présentera certainement un candidat. Donc, fi de ce cadeau empoisonné que représenterait la mairie d’HB…pour l’instant."




A suivre 


mercredi 24 novembre 2010

Une enquête du commissaire Cimares: du rififi à Hévin-Balmont (4)

Résumé de l’épisode précédent: Cruché, turpitudes, les débuts de la fin

Beaucoup de « pourquoi » !


Le commissaire avait bien déjeuné et, en attendant Alain P, avec qui il avait noué des liens amicaux resserrés, il lisait des articles de presse et de blogs.
« Je me demande toujours comment le PS a laissé la main à Dalongebourg aussi facilement. En avez-vous une idée ? ».
« Le PS, ayant implicitement admis qu’il fallait soutenir le sortant, se trouva bien en peine pour trouver quelqu’un qui veuille bien « s’acoquiner » avec GD. 
La solution Marie-Noëlle Millemane s’imposa rapidement. Peu appréciée par D. Mèrecheron, dans son rôle de Vice-Présidente du Conseil Régional (elle y était peu présente et manifestait souvent de l’impertinence), député européenne en fin de mandat, désireuse de le redevenir, je suis à peu près certain que Mèrecheron lui promit d’être la candidate officielle aux législatives de 2012 et qu’en attendant, elle serait dans la liste PS des éligibles aux européennes de 2009, moyennant quoi, elle devait « aller au charbon » à Hévin. 
J’ai tenté, en décembre 2007/janvier 2008, de favoriser un rapprochement de MNM avec l’ANR (alliance républicaine, AR, alors, devenue Alliance Non Républicaine, ensuite, quand on apprit qu’elle avait folâtré avec le FN…), union que Daniel Delequenne voyait d’un bon œil, à condition que ce fût sans Dalongebourg, mais manifestement MNM obéissait aux ordres et voulait constituer une liste réunissant tout le monde, avec GD, tête de liste, mais minoritaire. Nous comprîmes alors que MNM ne pouvait pas être tête de liste et qu’elle cherchait à constituer une opposition interne assez forte pour contrebalancer Gérard D. Je fus d’accord avec DD dans le refus de rallier une telle liste. 

Manifestement le PS était bien décidé à laisser Dalongebourg mener sa barque…La question était toujours la même : Pourquoi ? J’interrogeais D. Mèrecheron qui me répondit  qu’un maire sortant avait toujours un avantage important, ce que la défaite de Darchi en 2001 démentait…cet exemple fut la seule hésitation de Daniel M, qui se comportait en véritable Secrétaire fédéral (ce qu’il avait été officiellement pendant très longtemps). Mais dès qu’il eut le sondage de « La Parole du Nord » entre les mains, prévoyant une large victoire de la liste GD/MNM, il ne démordit plus de sa position. Je l’ai senti, à plusieurs reprises, satisfait d’avoir eu raison…

Le mot d’ordre à MNM était d’instituer  un pouvoir de contrôle pour éviter les dérapages de GD. Quand je vis comment la malheureuse Marie-Noëlle, que je connaissais et appréciais depuis fort longtemps, se faisait mener en bateau par GD qui avait réduit à la portion congrue le nombre de places éligibles qu’il lui offrait, je rompis les ponts, persuadé que l’inéluctable allait se produire, c’est-à-dire … la continuité dans la continuité! Le PS n’avait nullement l’intention de peser et laissait les mains totalement libres à GD.
« J’ai entendu dire que l’adjoint du Parti communard (PC), David Pâques et que le tout aussi jeune adhérent du PS, Pierre Lancia, se rebellèrent rapidement? » interrogea le Commissaire, connaissant la réponse à sa question…
« Oui », répondit quand même Alain Pernal, « chacun à sa façon : le premier, rapidement exclu du Bureau Municipal, le second déchu de ses délégations et même pas soutenu par son parti (MNM n’était même pas présente lors du vote !).
"A l’époque j’avais proposé (en décembre 2008) que les élus de l’opposition républicaine démissionnent, entraînant le  FN, pouvant provoquer des élections anticipées si 1/3 des élus partaient. Pour des raisons spécieuses, ils refusèrent…Aujourd’hui, je me demande si le FN aurait suivi…Rappelons d’ailleurs que les démissions qui eurent effectivement lieu quelques mois plus tard (le Préfet ayant prévenu MNM qu’il révoquerait le Maire le lendemain) se firent sans le FN qui n’avait pas bougé le petit doigt ! ». « Et qu’en concluez-vous ? ». « Que le FN ne souhaitait pas de nouvelles élections » dit ironiquement Alain P. « Cimares enfonça le clou : « Peut-être parce qu’il ne souhaitait peut-être pas gagner ». « Peut-être, mais pourquoi ? » s’étonna Alain.

En mars 2009, alors que la CRC venait de déclarer le compte-administratif 2008 insincère, Catherine Gémisson, nouvelle secrétaire fédérale, demanda aux élus PS de ne pas prendre part au vote (et non pas de voter contre, ce qui prouve encore la mansuétude du PS envers GD !) : seul MNM obéit, quelques rares autres (dont P. LancIa) votèrent contre, 2 renégats joignirent leurs voix  aux affidés de GD. A peu près les mêmes résultats pour le vote du BP2009, forcément faux… Ainsi, GD, revenu officiellement au PS, après sa victoire de 2008, faisait l’objet de désaveux, timides, certes, parce que contraints par les évènements, de la part de son parti.
Dans la tourmente des semaines suivantes, MNM se vit retirer ses délégations pour qu’elle ne puisse succéder au maire suspendu, puis révoqué. Le PS regarda ailleurs, incapable de prendre une décision, comme si quelque chose l’empêchait d’agir…
« En fait, le PS continua à ne savoir pas sur quel pied danser avant les nouvelles élections de juin 2009. J’ai bien vu qu’il essaya d’imposer une tête de liste, Eric Lagneau, qui, non seulement surprit tout le monde, mais lui-même également, à tel point qu’il s’en étonna publiquement devant les caméras de FR3. P. Lancia, ulcéré de ce choix volontairement défaitiste, fit un putsch, avec l’accord du PS national qui désavoua ainsi la Fédération 62. La question reste entière de savoir si cette dernière suscita la candidature d’une liste menée par Pierre Darchi, absent de la scène politique hévinoise depuis 6 ans. Celle-ci empêchant l’équipe Lancia de finir deuxième derrière le FN et de rassembler au second tour. Qu’en pensez-vous ? »
Alain Pernal :« Ma première réponse serait non…Mais réflexion faite, je me demande effectivement, s’il n’y aurait pas eu manœuvre. En effet, la veille du dépôt des listes, je bouclais la mienne quand une tierce personne intervint pour proposer une éventuelle alliance avec P. Darchi. Nous nous rencontrâmes ce soir-là. Darchi fit des propositions incongrues et devant notre refus, promit de revenir vers nous le lendemain, ce qu’il ne fit jamais et…nous ne déposâmes pas de liste, sentant bien que l’éparpillement des voix favoriserait le FN...
Y-a-t-il eu donc manœuvre pour que nous ne nous présentions pas ? Je ne sais qu’en penser... Si nous nous étions présentés, nous aurions pris des voix à la liste de Daniel Delequenne et Pierre Lancia aurait gagné…Il est un fait que notre retrait, poussé par l’inélégance de Darchi, a empêché Lancia de terminer deuxième…De là à penser que le PS avait inspiré cette séquence, je ne sais… »


A suivre

mardi 23 novembre 2010

Une enquête du commissaire Cimares: du rififi à Hévin-Balmont (3)

Résumé de l’épisode précédent : à HB, pour accéder au pouvoir, « la fin justifie les moyens ! »

 


Des personnages peu recommandables



L’accueil au « Pace » fut de qualité et Doni le patron fit un accueil sympathique au commissaire et à Alain P, vantant les mérites de cuisinière italienne de son épouse native de Bologne : ses spaghettis « bolos » n’avaient rien à envier à celles de « là-bas ».. Le commissaire se laissa tenter, tandis que son compagnon de table opta pour un « tartare » qui se révéla être un excellent choix, aussi.

Au milieu de l’ambiance bon enfant, le commissaire fit part de sa perplexité : « au mieux, la Fédération PS du Pas-de-Boulogne a fait montre de légèreté, d’incompétence et d’irresponsabilité. Au pire, elle a agi comme si elle était sous la contrainte, pour protéger quelqu’un ou quelque chose…Qu’en pensez-vous ? » 
Au même moment, un dénommé Jean-Ciré passa saluer Alain P et ce dernier en profita pour lui poser la question. La réponse fusa, lapidaire : « il y a probablement des secrets qu’il vaut mieux cacher pour éviter des scandales en chaîne ». « Oui, mais encore ? » fut la répartie du policier ? « A vous d’y répondre, commissaire, c’est votre job ! » signifia, mi-péremptoire, mi-ironique, Jean-Ciré qui s’éclipsa aussitôt…

«  J’ai entendu dire que le PS avait introduit un espion-manipulateur-conseiller dans la place, au début 2007 . Qu’en savez-vous ? ». Je pense que vous voulez parler du dénommé Jean-Pierre Cruché…J’avais connu cet homme à Belune d’où je suis originaire. Je militais activement dans un parti politique écologiste, et m’étais opposé à un cacique du PS, Jacques Méric, ancien ministre et qui avait dirigé la ville de façon très critiquable, mais avec certains résultats, il faut le dire, positifs. Ce compagnon de route de D. Mèrecheron (au même titre que Kucheniet ; tous les 3 s’emparant de la Fédération 62 du PS en 1973), trésorier du Parti (le fut, ensuite, le député Lacon…ce qui explique les complicités et connivences entre, en particulier, Mèrecheron, Lacon, Méric, Kucheniet…), du temps où il n’y avait pas de loi bannissant, du financement politique, les dons des entreprises (rappelez-vous les « affaires » dans lesquelles tous les partis furent touchés), ce Méric, donc, utilisait des moyens, disons peu orthodoxes, pour faire de la politique, plus ou moins au vu et au su de tout le monde. D. Mèrecheron avait l’habitude, quand on parlait de Bélune, en ma présence, de se tourner vers moi et de me demander ingénument : « c’était des billets de 50 ou 100 francs que distribuait Jacques pour être sûr que les gens voteraient bien ? » 

L’autocrate social de Bélune avait un bras droit, secrétaire général de la mairie, en charge de tous les coups douteux : Jean-Pierre Cruché, qui s’empara au milieu des années 90 du Parti Rasical du Pas-de-Boulogne pour en faire une annexe inféodée du PS. Son machiavélisme (dévoilée à la France entière lors de sa défense maladroite de son patron dans l’affaire Bernard Patie), son côté sans foi ni loi, l’avaient classé parmi les gens dangereux dans la caste des hommes politiques. Un drame personnel et les ennuis judiciaires de Méric l’avaient fait se retirer de la scène politique. Quelle ne fut donc pas ma surprise quand il m’appela fin 2006 pour me proposer de le rencontrer…en mairie. Il me raconta qu’il avait été envoyé par le PS pour « surveiller » GD et me demanda si j’étais prêt à l’aider…Je pris contact avec Serge Jaquin, secrétaire fédéral, qui me confirma le rôle assigné à JPC. Je fus surpris car Serge J m’avait juré ses grands dieux que lui, tant qu’il serait à la tête du Part Social, il était hors de question que GD ne revienne au PS et obtienne l’investiture pour les municipales de 2008. J’interrogeai Mèrecheron qui me dit ne pas être au courant…

Cimares souriait : « ainsi donc, dès 2006, malgré les rapports de la Chambre Régionale des comptes et les commentaires sans équivoque affluant de partout, dont vos prises de position sans langue de bois, le PS avait décidé de soutenir Dalongebourg. Et la question est de savoir pourquoi ? 
J’ai lu les articles de P.Ballart, que vous m’avez transmis et il apparaît évident qu’à l’époque, le PS était ennuyé: ne pouvant réintégrer GD dans le parti, parce que la section menée par Daniel Delequenne (futur maire éphémère) était contre, quelques barbouzes, teléguidés en sous-main par GD, avaient créé une section rasicale-sociale dont le siège était… à la Fédé PS à Vens. Preuve de la duplicité des uns et des autres, 2 employés de mairie hévinois avaient fait un fric-frac au siège du Mouvement des jeunes sociaux (MJS), mais s’étaient fait prendre la main dans le sac. Le MJS, sur ordre probablement du PS, n’avaient pas porté plainte : cet Hévingate aurait pu, à l’époque, permettre de changer les choses, mais encore une fois, le PS n’a pas voulu couler GD ! Toujours la même question : pourquoi ? 

A quoi pensait le journaliste de « La Parole du Nord » quand il écrivait : « À Hénin, en 2007-2008, de nouvelles entreprises débarquent d'on ne sait où pour effectuer divers travaux, pas toujours nécessaires d'ailleurs, mais toujours à des tarifs prohibitifs, à la piscine ou au centre culturel de l'Estapade par exemple ». A des entreprises liées au Parti ? Ou à des entreprises travaillant en réseaux avec des municipalités PS ? Qui empochent les surplus, les commissions… ?  Autant de questions auxquelles l’enquête pénale devrait donner des réponses, sans doute explosives. La proximité des élections présidentielles de 2012 est un gage que le pouvoir n’empêchera pas que l’on aille jusqu’aux ramifications politiques susceptibles de mettre en cause un parti d’opposition…

Je pense que c’est pour cette raison que l’on m’a demandé d’enquêter, bien que ma mission soit purement politique… ».
Son convive ajouta : « De plus, Marion El Ben vient s’implanter à Hévin, en 2007, après avoir disputé le second tour des législatives contre le candidat social Albert Lacon dont les 55% réalisés à HB lui restent en travers de la gorge, alors qu’il y réalise habituellement plus de 60%... Ayant tour à tour, depuis 10 ans, soutenu et combattu GD, il sait très bien que son devoir social est de ne pas cracher dans la soupe, et on le lui rappelle souvent, en haut lieu, lors de ses errements colériques. L’implantation de MAB (Marion Al Ben) à HV est un avertissement pour le PS qui voit se déliter son emprise sur le secteur ».

Les crêpes étaient délicieuses et le café, gracieusement offert par Doni, clôtura repas et confidences d’excellente façon.
Il fut convenu que l’on se retrouverait le lendemain à 14h à l’hôtel du commissaire…


A suivre

lundi 22 novembre 2010

Une enquête du commissaire Cimares: du rififi à Hévin-Balmont (2)


Résumé de l’épisode précédent : l’arrivée de Dalongebourg à HB et ses compromissions avec le FN

Petits arrangements en famille

Petit déjeuner de travail au Novotel en compagnie de témoins de la période qui suivirent la première élection de G. Dalongebourg. Témoins demandant l’anonymat, révélant ainsi le climat de terreur régnant encore aujourd’hui à Hévin-Balmont.

Le commissaire possède tout un art pour faire accoucher les souvenirs de ceux qui faisaient de gros efforts pour mettre leur mémoire à contribution.
De quand date le retour en grâce auprès du PS de celui qui l’avait défié en se présentant contre son candidat officiel ?  Quelqu’un fit remarquer que la planche de ce candidat désigné (Darchi) avait été soigneusement savonnée par 2 « barons » locaux : les députés Kucheniet et Lacon, le premier n’ayant pas digéré le refus de fusion entre les 2 Agglo, le second  voyant, dans le dézinguage de Darchi, le moyen de prendre la Présidence de l’Agglo Hévin-Careau. Certes, l’apport de son parc immobilier par la SAENIC, outil « logement social », dès 2003, à Pas-de-Boulogne Habitat, après une fusion avec Artois-Développeur, fut un geste envers le PS, tant PDBH est le bras armé financier et électoral pour le Parti. C’était un geste de bonne volonté de la part de G. Dalongebourg envers le PS pour marquer sa volonté de s’éloigner de son mentor, Jean-Marie Alexandrie, patron du MRC (Mouvement des Républicains Controlés).
Pour les élections régionales de 2004, GD apporta son soutien à la liste PS menée par Daniel Mèrecheron. A chaque cérémonie de vœux, les barons sociaux venaient se réjouir du renouveau d’Hévin, alors que les rapports de la CRC se succédaient dénonçant la mauvaise gestion de la ville.
Alain Pernal ajouta que, sur demande de Daniel Mèrecheron, il accompagna ce dernier aux vœux municipaux 2005, qu’il y annonça son installation à Hévin, tout en déclarant son refus de collaborer avec GD. « D.Mèrecheron me dit à plusieurs reprises, les mois suivants : « tu es sûr que c’est une bonne idée de ne pas travailler avec lui ? ». J’avais beau lui faire part des extraits des rapports de la Chambre, manifestement il n’y croyait pas ou refusait de le croire : certes, je me posais la question de pourquoi cet aveuglement, mais je n’avais pas de réponse sur ces liens aussi forts qui lui faisaient dénier ce qui me semblait pourtant très clair… ». C’est quelques jours plus tard que Alain P ajouta que G. Dalongebourg lui avait demandé 3 fois, avant 2008, par l’intermédiaire d’un émissaire, de participer à sa prochaine liste de gauche soutenue par le PS, avant de le solliciter lui-même et de s’enquérir des raisons de son refus : « tu gères très mal la ville », répondit Alain P, surpris par la réponse : « justement, viens m’aider à gérer ». Cela confirma à Cimares que GD se sentait adoubé par le PS.
Il faut dire que le bougre savait protéger ses arrières et que, quand on découvrit comment il « tenait » des élus locaux, participants réguliers à des parties fines dans des appartements loués par la ville d’Hévin, dans une commune voisine, Flers-en-Escrédieux, on comprit qu’il s’était constitué des réseaux qu’il serait difficile de combattre, le jour venu.
Et c’est donc sans surprise que le commissaire apprit que, loin de s’être arrêté aux entrevues secrètes avant 2001, avec le FN, les relations perduraient malgré un FN pas dupe de la tactique. Ainsi Dalongebourg prit prétexte d’une rencontre entre son adjoint Georges Cabrillon et Steeve Brioud pour laquelle il avait lui-même mandaté le premier nommé, pour lui retirer ses délégations ! Est-ce de cette collaboration forcée avec le FN que datent les relations Cabrillon/FN, découvertes bien après ? Le policier déclara que l’on approfondirait  plus tard.
Il confirma dans un aparté avec Alain Pernal qu’il était fortement troublé par ce jeu maléfique avec le FN, dont l’idéologie était dénoncée par les uns et les autres, alors que les mêmes jouaient un rôle équivoque dans l’ombre. A. Pernal lui fit part de son sentiment : « J’avais été sidéré par les révélations sur l’affaire Balou (les rencontres secrètes G. Dalongebourg/ Steeve Brioude dévoilées par ce dernier après avoir compris s’être fait berné). Je n’étais pas au bout de mes surprises, bien des années plus tard, durant l’été 2009, d’apprendre que G. Cabrillon avait également entretenu des relations avec Brioud et son conseiller Boulde afin d’éliminer Dalongebourg, jeu auquel s’était livré ce dernier pour faire tomber Darchi ! Il est vrai que, dès 2006, j’avais été surpris par le discours de Georges C qui tempérait mon aversion pour l’idéologie lepéniste, en me disant qu’il ne fallait surtout pas penser que  Hévin était empreinte des idées du FN et que ce dernier prospérait, non par son idéologie, mais par les erreurs commises par les 2 derniers maires. Ce discours, enrobé de préventions anti-El Ben alors qu’il entretenait à l’époque des liens suivis avec le FN ! Liens dénoncés en 2008 par la nouvelle conseillère municipale, égérie du FN, Marion El Ben, en plein conseil municipal. ». « Je vois », dit le commissaire, « l’histoire se répète : la fin justifie les moyens et les machiavels hévinois ont retenu la leçon. Mais comment ne vous en êtes-vous pas rendu compte ? ». J’aurais dû m’en apercevoir quand, en 2006, j’ai fait venir un ami spécialiste du FN et que G. Cabrillon a donné instruction à ses amis de ne pas venir assister à l’exposé, ce que j’ai appris, quand même, de suite. Je me suis fait endormir…Le summum de la duplicité a été atteint quand il m’a demandé de donner mon avis sur un recours déposé par lui pour annulation de l’élection de GD, alors que j’ai appris plus tard que ledit recours avait été rédigé par…l’avocat du FN. En septembre 2009, je lui écrivais enfin : « Ce n'est qu'aujourd'hui que je comprends tes circonvolutions autour de ce sujet... ». Et oui, il m’en avait fallu du temps pour comprendre la duplicité de toutes ces personnes ! ».. « Croyez-vous que le PS était au courant de tout cela ? » interrogea le policier. Non, je ne pense pas, cela ne l’intéressait pas du tout… »

« Voulez-vous dire.que, pour la Fédération du Pas-de-Boulogne du PS, la fin justifiait les moyens également ? » J’étais persuadé, en tout cas, qu’elle voulait garder le pouvoir, sans trop regarder les moyens employés… ».
« J’aimerais que nous en parlions un peu plus précisément dès demain ». Rendez-vous fut pris dans un café, ex-PMU, face à l’Eglise, pour le lendemain midi.

A suivre

dimanche 21 novembre 2010

Une enquête du commissaire Cimares: du rififi à Hévin-Balmont (1)

Belle entrée en matière

Le Commissaire Cimares faisait grise mine dans ce TGV qui le menait à Mille : il repensait à sa réunion à la DCRI, Direction centrale du renseignement intérieur  (unité née de la fusion des RG et de la DST). La mission était fort simple : quelles étaient les raisons objectives de l’abandon progressif de la ville d’Hévin-Balmont aux mains du Front Nazional (FN), parti d’extrême-droite. Le Président de la République, Nic Sarkozizi était alerté et exigeait de connaitre les responsabilités : il y voyait, là, le début d’une implantation d’une de ses adversaires les plus virulentes, Marion El Ben, susceptible de lui enlever des voix, à droite, aux prochaines présidentielles. Cette enquête politique ne lui disait rien qui vaille : remuer la m…, il connaissait bien, mais dans sa propre région natale!
A Mille, dont la Secrétaire Nationale du Parti Social (PS), Martine Autry, était Maire, son ami, Alain Pernal, habitant Hévin-Balmont, l’attendait, pour l’emmener dans le fief du FN, objet de toutes les attentions des observateurs politiques.
Dans la voiture, le commissaire rappela rapidement sa mission.et Alain P lui fit part de ce qu’il avait concocté pour l’aider dans son enquête. Il lui glissa des feuillets d’une série d’articles rédigés par le chef d’édition du quotidien régional « La Parole du Nord », Patrice Ballart : celui-ci avait, en 11 épisodes, retracé la vie politique hévinoise (« Le PS a-t-il tout à craindre de la chute de la maison Dalongebourg ? »), plus d’autres articles du même journaliste, et des extraits de blogs locaux, dont le sien. Cela constituait une excellente entrée en matière.

L’arrivée à HB fut un choc pour le policier qui n’y était plus revenu depuis fort longtemps. L’aspect délabré des chaussées, les rues vides et les nombreux magasins fermés définitivement ou ponctuellement (on était lundi)  donnaient une impression de ville-fantôme.
Ils allèrent boire un café au « Monde », bistrot situé derrière l’église néo-byzantine, en ruine, dont la coupole dominait toute la ville, comme la flèche de l’Hôtel de Ville (« la guerre ancestrale des pouvoirs temporels et spirituels », ne put s’empêcher de penser Cimares).
Le Commissaire résuma le pourquoi de son enquête: à chaque élection, le score du FN s’approchait, de plus en plus, du seuil des 50% et on avait l’impression que rien n’était fait pour mettre fin à cette ascension.
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Alain lui conta ce qu’il avait appris au sujet des débuts de cette saga hévinoise. En 1993, le Maire de la ville était Pierre Darchi, dont le père avait été également 1er magistrat de 1953 à 1969. Cette année 1993 était importante, parce que c’est à cette date qu’arriva, à Hévin, Gérard Dalongebourg, recommandé par Daniel Mèrecheron, à l’époque tout puissant Secrétaire Fédéral du Parti Social (et, aujourd’hui, encore tout-puissant Président du Conseil Régional et véritable n°1 de la, également toute-puissante, Fédération de Pas-de-Boulogne du PS). Membre du Cabinet, de la section PS, ce jeunot de 23 ans n’a de cesse que de pousser la Directrice de Cabinet à la porte pour prendre sa place. Le maire fait, de ce Gérard, un fils adoptif, qui devient Directeur de Cabinet et prépare tranquillement… les élections municipales de 2001, où il a bien l’intention de se présenter contre le Maire sortant. Il tisse ses réseaux, conforte le Maire dans certains penchants excessifs, fait un stage auprès du député de la circonscription, Albert Lacon, pour lequel il mène la campagne des législatives de 1997 : il y fait connaissance de certains secrets du PS à travers les responsabilités du député (trésorier de la Fédération PS du département, Président de ce qui est devenu Pas-de-Boulogne Habitat). Alain Pernal se souvient du fort appui du PS à cette étoile montante du parti à travers une phrase du Président Daniel Mèrecheron, prononcé en sa présence, qui rappelait à celui qui était alors Maire d’Hévin-Balmont, en 2005 : « je me souviens de ce jeune et brillant militant du PS qui pourra retourner au bercail quand il le souhaitera » (GD n’était plus alors au Parti Social).
Les témoins de l’époque raconte un Directeur de Cabinet colérique et boudeur qu’il fallait faire quérir chez lui par la police municipale, ou bien réfugié aux archives, après un coup de sang…
« La Parole du Nord » voit en ce dircab « fourbe et mielleux pour les uns, efficace et disponible pour les autres, un personnage qui ne laisse guère indifférent, mais révèle déjà les zones d'ombre qui feront du futur maire d'Hévin-Balmont une personnalité sulfureuse. Avec un goût prononcé pour l'intrigue, le mensonge, la manipulation, tout cela enrobé dans une bonhomie, un indéniable savoir-faire relationnel et un constant sourire enjôleur. ».
Le commissaire, en sirotant sa 3ème Affligem, hocha la tête et dit tout haut sa pensée : « C’est ce garçon ambitieux que le PS va cautionner aux municipales de 2001 contre Darchi dont Mèrecheron ne voulait plus, non seulement à cause de ses excès, mais aussi parce qu’il s’opposait à la constitution d’une Communauté Urbaine avec Lens/Liévin. Vilipendé par le même Président de Région pour son action au Conseil Régional, Darchi était bien l’homme à abattre en sous-main ». « Oui », repris Alain P, « d’autant plus que G. Dalongebourg, après avoir été viré par Darchi, pour une histoire de bon de commande révélatrice de son ambition, en 2000, est hébergé par Jeant-Pierre Kucheniet, député-maire de Liéeau, dans une structure nationale dont JPK est Président, le conseil supérieur de l'électricité et du gaz. Un job que certains qualifieront de fictif, pour lui permettre de préparer les élections. Au contact du député, GD retirera également quelques informations sur des montages qui lui serviront plus tard.
C’est peu avant sa disgrâce, finalement bienvenue, en mars, qu’une autre pièce du puzzle se met en place : l’échange d’informations avec le représentant local de l’extrême-droite, Steeve Brioud, qui avait suivi la dissidence FN de l’époque, au sein d’un éphémère MNR ( Mouvement Nazional des Républicains) ; en lui fournissant des renseignements sur des dossiers et sur le Maire, il donne au leader extrémiste des outils pour pilonner Darchi. Cet accord secret, passé sur le parking du magasin « Balou » a donné ce nom à cette affaire, révélée par Brioud lui-même en 2002… C’est cette tactique, qui fut reprise quelques années plus tard par Georges Cabrillon, stratège de l’ANR (Alliance non République), vainqueur des municipales de 2009, pour « descendre »…Gérard Dalongecourt : un pacte de complaisance passée avec le FN…
En résumé, dit Cimares, cette connivence PS/FN a servi le Parti Social dans un premier temps, mais a surtout mis en orbite le second qui de moins de 20% en 2001 fera plus que doubler son score 8 ans après…

A suivre

lundi 5 avril 2010

Une nouvelle enquête du Commissaire Cimares. Belle Vérité: à sa recherche (3/3).

Le lendemain, à l’heure fixée, nous sommes tous les 2 devant la porte de ce bel hôtel particulier. A notre coup de sonnette, une porte s’ouvre : une avenante personne nous ouvre, et, à l’annonce du but de notre venue, nous indique de la suivre. Nous ne sommes pas insensibles à la démarche chaloupée de notre guide et je suis bien décidé à demander mon admission chez celles que l’on appelle les « Sœurs », car je suis persuadé qu’elles ne doivent pas rester entre elles uniquement. Mon fantasme est vite évacué quand notre hôtesse, après avoir frappé trois fois à une porte, annonce, très théâtralement : « Sérinissime Grande Maîtresse, vos 2 visiteurs sont là ». Mazette ! Quel cérémonial…Une petite bonne femme nous accueille chaleureusement et nous demande si nous connaissons la Franc-Maçonnerie. je fais une moue négative, mais Cimares répond « un peu », l’air entendu…

« Laissez-moi vous en dire succinctement quelques mots, avant de passer au sujet qui vous amène en ces lieux. » Et effectivement, son discours est simple et instructif : « La Grande Loge Féminine de France (GLFF) est la première Obédience maçonnique féminine dans le monde (AA : impressionnant !) ; elle rassemble près de 13 000 femmes, de cultures, de conditions et d'horizons différents dans une démarche initiatique, philosophique et sociétale (AA : quel programme…indigeste !).
C’est une démarche initiatique parce que la méthode maçonnique qui nous a été transmise par nos aînées et que nous avons la responsabilité de transmettre à notre tour, permet, en s'appuyant sur l'étude des symboles, d'acquérir une meilleure connaissance de soi, d'élaborer une pensée libre et une réflexion hors de tous dogmes afin de mieux se construire. Le chemin de l'initiation maçonnique est celui qui permet de dépasser les idées reçues, d'ouvrir son intelligence et d'être à l'écoute de l'autre (ben voyons!) ».

Après ce préchi-précha, le commissaire rappelle que nous sommes à la recherche de cette Vérité (il lui tend une photo de Belle), et qu’il avait ouï dire que nous la trouverions en ces lieux. « Vous ne pouvez pas mieux tomber qu’ici pour la quérir. Sur le plan symbolique, notre travail consiste à rechercher le Vérité, notre propre Vérité. Et je sais bien que pour vous, il en est de même : votre Belle Vérité et notre Vérité ont des points communs » ajouta-t-elle malicieusement. « Notre Sœur  a été initiée, dans cet édifice, en 1996, dans une loge intitulée « La Pierre Cachée ». J’ai fait venir la Présidente de cet atelier, Présidente que nous appelons la « Vénérable » et qui pourra vous parler de sa Belle Vérité, notre Sœur ».
A cet instant, les 3 coups retentirent et la porte s’ouvrit, laissant passer une femme dont la classe, la prestance et le sourire rassurant nous permirent de suite de comprendre que nous étions en présence de la chef de Belle. Jane, tel était son prénom, nous fut présentée. Je tombais sous le charme de notre belle interlocutrice et mon fantasme précédent repris le dessus…La voix douce de Jane nous envahit alors : « Belle, de jour, passait son temps le long de la Seine en compagnie de ces SDF qui avaient décidé de vivre dehors, en toute indépendance » et je retrouvais, là, la Petite Sœur des Pauvres de Rennes dont le bonheur était inscrit dans l’assistance qu’elle apportait aux autres. « Belle, de nuit, vient assister aux réunions de la GLFF. La soif de Vérité est inextinguible » et je reconnus sa quête du divin dans la loge de Théosophie. Lisant dans mes pensées, ce qui me transporta d’aise, Jane nous expliqua que la Belle Vérité avait rencontré le Grand Architecte de l’Univers. « Dieu », conclut Cimares. « Non, dit la grande prêtresse, la Sœur Jane vous a bien parlé du Grand Architecte, ce qui permet, à chacun, de mettre, sous ce vocable, ce qu’il veut ».  

Nous prîmes poliment congé de nos 2 dames et partîmes direction la Seine pour, enfin, retrouver la fameuse Vérité…Chemin faisant, le commissaire me titilla au sujet du trouble manifeste qui s’était emparé de moi, en présence de la « Vénérable Jane de la Pierre Cachée » et me conseilla de ne pas me détourner de notre objectif, en vue : la Vérité…
Je le priais de m’excuser de cet égarement…Et c’est au Pont Marie que nous descendîmes le long des quais de la Seine, comme nous l’avait indiqué la Présidente. Nous n’eûmes pas longtemps à attendre avant d’apercevoir un groupe d’hommes de tous âges, dépenaillés, discutant avec une dame âgée que nous n’eûmes aucun mal à reconnaitre : Belle Vérité, forte de ses 88 ans était vraiment belle : tous ces hommes autour d’elle lui parlaient avec respect et l’écoutait attentivement dès qu’elle prenait la parole. Sa sagesse irradiait ses compagnons. Sa force semblait incommensurable…

Cimares me confia, alors que nous étions un peu à l’écart. « Cette Vérité est conforme aux chemins que nous l’avons vue emprunter : de sa jeunesse mystique cévenole  à son apostolat à Rennes, jusqu’à sa double vie ici à Paris, mêlant vie dévouée aux autres et recherche spirituelle ».
Quel merveilleux exemple de vie réussie, songeai-je. « Je suis à votre disposition pour toutes les autres enquêtes de ce type », lui lançai-je.
« C’est mon chef qui va être content : je devais lui ramener une disparue et c’est la vie, pleine, de Vérité que je lui rapporte… » Un clin d’œil ponctua, en même temps, son mot d’humour et notre séparation
« A la prochaine! », reprîmes-nous en chœur…

dimanche 4 avril 2010

Une nouvelle enquête du Commissaire Cimares. Belle Vérité: à sa recherche (2/3).


Nous nous rendîmes d’abord à Rennes, où Belle travailla à la maison des Petites Sœurs des Pauvres et fûmes reçus par la Mère Sophie, la responsable. Elle nous confirma que la Sœur Belle resta ici de 1979 à 1986. Mère Sophie, à qui nous demandions comment la quête de Vérité fut satisfaite, nous répondit que Belle Vérité ne rime pas avec religiosité. 

« En effet, la Congrégation fondée en Bretagne en 1839, et qui a essaimé à l’étranger, a une action caritative laïque pour l’accueil et le soin des personnes âgées pauvres, ce qui enflammait notre Vérité. Mais, en tant que Belle Vérité, pauvreté, hospitalité oui, mais chasteté non. C’était contraire à ses convictions…Belle persista dans sa Vérité et nous quitta en novembre 1986 : aucun mot de Vérité depuis ne vint nous rassurer. »
En quittant Rennes, Cimares et moi étions convaincus que nous trouverions la Vérité de laquelle nous nous rapprochions, lentement, mais sûrement. Nous savions qu’un tel être, à la recherche de la Perfection, suivait sa propre voie et que nous pouvions la repérer. Non pas que la Vérité est partout, mais la Vérité est visible pour peu qu’on veuille bien la comprendre.

Mon commissaire, en revenant sur Paris, dans le train, me tendit une feuille qu’il avait sortie de son portefeuille et m’ordonna littéralement d’y jeter un œil. Il s’agissait d’un résumé sur la « théosophie »! Je n’y ai pas compris grand-chose, mais ma synthèse eût l’heur de plaire au policier. Peut-être penserez-vous autrement…La théosophie serait un système de connaissances basé sur un syncrétisme (un amalgame…) à base des traditions de l’hindouisme et du bouddhisme, que les théosophes prétendent reposer sur un « corps de Vérité » (la nôtre ?) commun à toutes les religions, ce qu’ils appellent la Tradition Primordiale (la Vérité recherchée par Belle Vérité ?).

« Mais où diable voulez-vous en venir ? » m’inquiétai-je. « Je vous emmène à une soirée au 11bis de la Rue Kléber, dans le 16ème, où se tient une réunion de la Loge Unie des Théosophes, sur le thème suivant », et je lus sur le carton qu’il me glissa entre les mains :

Le Divin au delà des dogmes religieux :
"La Déité est identique avec la Nature, c'est de la nature éternelle et incréée, dans tout atome du Cosmos ... car cette réalité — CELA — est le pouvoir mystérieux de l'évolution et de l'involution, la potentialité créatrice, omniprésente, omnipotente et même omnisciente."

Charmante soirée en perspective ! Un cinéma ou une pièce de théâtre m’aurait plus convenu, mais là, j’étais obligé d’obtempérer ! Vous dirai-je que je me suis ennuyé au point de m’endormir et c’est un coup de coude de Cimares qui me réveilla à l’instant de la conclusion ?

A la sortie, mon ami (l’était-il devenu vraiment ?) me demanda ce que j’avais pensé de ce brillant exposé ? Ma moue fut suffisamment édifiante pour qu’il n’attendît pas la réponse, et il me titilla : « Et la Vérité dans tout cela, notre Belle Vérité ? ». Je me disais que cette Vérité avait dû également se frotter à la Théosophie. « Mais bien sûr! Sa recherche du Divin allait au-delà de celle du Dieu Chrétien, ce qui devait étancher sa soif d’universalité » hasardai-je. « En d’autres termes : chacun sa Vérité devait penser la Belle » continua le Commissaire. Et effectivement, il me confirma que Belle Vérité avait fréquenté cette Loge de Théosophie : j’ai retrouvé son inscription à une conférence en 1994 intitulée : « Les grands Maîtres spirituels: que peuvent-Ils pour nous ? ». Quelle trace de Vérité allions-nous encore trouver ?

Le Commissaire Cimares me regarda, l’air amusé, et, dans un grand éclat de rire, me balança : « Rendez-vous, demain matin, à 9H45, devant le 60 rue Vitruve, dans le 20ème. Ne soyez pas surpris, c’est le siège de la Grande Loge Féminine Française, une obédience maçonnique et nous aurons le privilège d’être reçus par la grande patronne, je veux dire par Madame Denise Oberlin, Grande Maîtresse..

A suivre

samedi 3 avril 2010

Une nouvelle enquête du Commissaire Cimares. Belle Vérité: à sa recherche (1/3).


Cela faisait quelque temps que j’attendais un appel du commissaire. Pas d’affaire intéressante ? Ennuis de santé ? Un peu de tout cela, me dit-il au téléphone. Je vous raconterai. Et comme d’habitude, rendez-vous fut pris, dans un café, en face de la gare d’Arras, presque à mi-chemin entre Paris et Hénin-Beaumont : 50 mn pour lui en TGV de la Gare du Nord, 45 minutes pour moi, en TER, en changeant à Lens…

Contrairement à son habitude, il était déjà attablé devant son expresso, quand je poussai la porte du bistrot, vide, à cette heure de la journée. Il avait l’air satisfait, un rien goguenard et après les civilités d’usage, il me lança sentencieusement et sûr de son effet : « Vérité perdue, Vérité recherchée, Vérité retrouvée ». J’attendis la suite…Et il me tint ce langage : « La dénommée Belle Vérité sera notre traque. En effet, cette vieille fille de 88 ans, née dans un petit village des Cévennes, vient de disparaître, et non mourir, tout au moins, je l’espère, à Paris, il y a environ une huitaine de jours. Nous devons la retrouver. ».
Il me raconta la vie de la prénommée Belle, la Vérité, comme on l’appelait, dans son village. Elle était fille d’un Just Vérité, disparu dans la nuit, dès sa conception achevée, et d’une pauvre femme de chambre qui l’éleva avec beaucoup de mérite. Belle, elle l’était, ce qui justifia son prénom, mais, à vrai dire, c’est par le nom de son géniteur qu’on l’appela le plus souvent: Vérité ou tout bonnement la Vérité, comme on appelait sa mère la Marie ou le Maire du village, l’Alphonse.

La Vérité devint de plus en plus belle, mais très farouche et ceux qui pouvaient se vanter de l’avoir approchée étaient peu nombreux. Seul le curé semblait avoir quelque succès avec la (doublement) « Belle Vérité. »
« A vrai dire, pouffa le Commissaire, le prêtre poursuivit la Vérité .de ses ardeurs jusqu’à l’âge de 18 ans, mais il semble qu’il ne prit aucune véritable liberté avec elle.  Il éveilla, en elle, une soif de connaissance qui ne la quitta plus, jusqu’à ces derniers jours  . Il enseigna, à Belle, la vérité de sa religion ou, ne pût s’empêcher de cancaner le policier, c’est la Vérité qui trouva, dans la religion, son plaisir!. Très rapidement, vers la fin de l’après-midi, dès qu’elle avait finit d’aider sa mère, elle se réfugiait dans les bois pour dévorer la Bible. Et le village s’amusait de voir le curé, tout émoustillé, partir à la quête de la Vérité. Et, l’on m’a assuré que cela demeura en tout bien tout honneur ». 
« La Belle Vérité, pétrie de tant de religiosité, soupira Cimares, s’amouracha bientôt d’un garçon du village voisin, certes bellâtre, mais dont l’absence d’intelligence le fit surnommer Simple. Mais la Vérité et Simple furent heureux dans ces années de découverte de l’amour : l’émoi de la Vérité illuminait les mois d’été du couple. Je passerai sur ses amours, en disant que sur le sujet, la Vérité fut multiple. Parmi ses amants, je citerai le souvenir de son père qu’elle retrouva à travers un autre Just. Mais, à vrai dire : la Vérité et Just, cela ne déboucha pourtant sur rien »…

Nous recommandâmes 2 cafés et j’admirais la façon dont le Commissaire s’était immergé dans cette affaire. Plus rien d’autre ne l’intéressait que la recherche de notre vraie Belle Vérité.
«  Elle avait 20 ans pendant la guerre et elle prit sa part dans la Résistance. Elle aimait beaucoup les Italiens. Elle en connut un premier, Forte, et les gens du coin m’ont raconté que la Vérité et Forte, c’était du solide. Malheureusement ce bel Italien fut tué lors de combats. Elle se consola rapidement avec l’ami, italien également, de Forte, un dénommé Grande. De ce que j’ai pu comprendre, la Belle Vérité et Grande, ce n’était pas tout à fait cela et le couple se sépara à la fin de la Guerre.
Puis on n’entendit plus parler de la Vérité pendant 30 ans et on la crût perdue.
Sauf que, vers la fin des années soixante-dix, on retrouve la trace de cette Vérité, à Paris. Et c’est ces chemins de la Vérité que je voudrais que vous m’aidiez à parcourir pour la retrouver, car, une nouvelle fois, elle a disparu… »

J’en étais tout à fait d’accord  et le Commissaire commença à me dévoiler son plan de bataille pour cerner cette fameuse Vérité…

A suivre

mercredi 17 février 2010

L’enquête du commissaire Cimares : un crime sans cadavre à Hénin- Beaumont (4)

Chapitre 4 : Cauchemar et réalité.

Je passais ces 2 jours à essayer de démêler un écheveau qui me semblait inextricable. J’avais l’impression de marcher sur un damier sur lequel je ne savais me déterminer entre les cases blanches, celles de l’évidence, et les cases noires, symboles de l’obscurité. Je ne me faisais pas à l’idée que la ville était en passe de devenir, une nouvelle fois, celle de la honte. C’était au moins une chose de sûr, un drame se jouait : Cimares l’avait bien laissé entendre et le rendez-vous fixé en était la preuve ! Le drame avait d’ailleurs peut-être déjà eu lieu, mais rien, absolument rien, ne le laissait présager : pas de corps, pas de rumeur, presse muette.
Dans les rues, les cafés, les magasins, je guettais le visage des gens. Dès que quelqu’un me saluait, je me disais, il va m’ « en » parler ! Je rencontrais un journaliste et essayais de le brancher sur le sujet : « pas de fait divers sur Hénin ? De quoi allez-vous parler les jours prochains ? ». Je sentais bien la niaiserie de mes questions. Je n’étais pas curieux, à vrai dire, mais je me sentais impuissant, alors que je savais…Au fait, que savais-je ? Je savais que je savais…mais que je n’en savais pas plus. Mon imagination ou ma prescience m’avait mis sur la voie d’un événement passé ou à venir, j’en avais parlé à un célèbre enquêteur qui avait passé plusieurs jours à se pencher sur la « chose » et qui allait m’en livrer les résultats, dans quelques instants…

Cela faisait, en effet, vingt minutes que j’étais là, dans ce hall d’hôtel, à faire les cent pas, en attendant l’heure fatidique. A 15h précise, le commissaire faisait son entrée : son regard et son salut ne me dirent rien qui vaille. Plutôt l’air renfrogné, l’ami !

Il m’entraîna vers l’endroit le plus discret, s’assis et me lâcha : « J’ai réuni les pièces du puzzle et j’ai compris ce que vous aviez pressenti ! Un drame est en train de se jouer et il convient d’intervenir le plus rapidement possible. J’ai, d’ailleurs, pris les dispositions nécessaires.

Je reprends depuis le début. J’ai rapidement était mis sur la piste d’une bande d’énergumènes qui avaient l’intention de faire un coup ! Un chef, Steni Briotte (SB), que vous connaissez peut-être sous ce nom, bien que je pense que ce soit un faux-nom, et une égérie parisienne, de la soi-disant même origine italienne, sauf que je doute également de la véracité de son nom, Maria La Prena (MLP). Je vous passe les détails sur le comment j’ai été mis sur la piste, mais ces deux là sont en train d’être cuisinés par la police. Ils ont mis en place une équipe redoutable qu’ils ont baptisée Frenta Naturale.
Figurez-vous qu’ils étaient en relation avec un simple élu municipal, d’origine italienne, lui aussi, un certain Geordi Bouchionne (GB).
Et alors ? me direz- vous… Qu’ont-ils à se reprocher ? Je voudrais avant de vous le dévoiler, vous faire part de leurs mobiles. Vous savez mieux que moi, dans quel état de délabrement se trouve cette ville : commune dévitalisée, la moitié de la population croulant sous les impôts locaux, l’autre moitié, sans espoir de changement, s’en remettant à la destinée, sous quelque forme que ce soit (loto, démaguos, apéros…). Steni et Maria ont vite compris qu’en faisant main basse sur la ville, ils pouvaient en faire un point de départ pour étendre leur action sur toute la France : une base de départ pour tout noyauter pour des activités dont vous vous doutez qu’elles ne sont pas des bonnes œuvres…
Mais comment s’emparer des commandes héninoises ? C’est là que par l’entremise du Geordi en question, ils ont tenté de noyauter la ville, en manipulant les leviers de pouvoir.
Et c’est là le talent de nos 2 mauvais génies : GB est leur cheval de Troie. Comment a-t-il exercé une telle influence sur ses collègues ? Comment a-t-il pu mettre au pas le personnel communal ? Comment a-t-il convaincu la municipalité d’opacifier toute information ? Tout cela nous l’apprendrons dans les prochains jours, mais il est certain que le trio était sur le point de commettre l’irréparable.
En effet, je vous l’ai dit, l’objectif final était de s’emparer de la France, ni plus, ni moins. S’emparant d’Hénin-Beaumont, s’étant débrouillé pour se rallier une grande partie de la population fragilisée, ils confortaient ainsi une base de départ pour leur sale besogne de liquider la France.
A près de 4 ans d’élections municipales, ils avaient réussi à persuader Geordi que lui seul pouvait remettre de l’ordre dans la ville, et qu’ils le soutiendraient dans sa conquête du pouvoir en lui fournissant moyens matériels et humains.
Est-ce que Geordi était conscient d’être manipulé par le Frenta ? Nous le saurons rapidement.
En tous les cas, l’objectif était simple et c’est là que vous avez bien fait de m’alerter : SB et MLP avaient l’intention de s’emparer du pouvoir, tout à fait légalement, en installant une marionnette à la tête de la ville, avant de partir à la conquête de la France. Jeunes, la quarantaine, ils pouvaient se permettre d’attendre quelques années avant de réussir complètement leur coup ! »

J’étais sous le choc ! Je vivais dans une commune dont certains avaient comme projet de monter à l’assaut de la France !
Effroyable entreprise pour mettre en coupe réglée un pays démocratique, en plein milieu d’un monde occidental démocratique.
Et nous avions pu déjouer cette entreprise !

C’est à ce moment-là que mon réveil sonna et que je compris que je venais de vivre un cauchemar, dont il me fallait maintenant comprendre les liens avec la réalité !

Au secours, les Freud, Cimares, démocrates, nous avons besoin de vous !



FIN


Toute ressemblance avec des personnages ou des situations réelles est purement fortuite…

mardi 16 février 2010

L’enquête du commissaire Cimares : un crime sans cadavre à Hénin- Beaumont (3)

Chapitre 3 : Doutes et certitudes

A ma grande stupéfaction, donc, Cimares me rappela le soir même, me disant qu’il souhaitait que nous allions à la rencontre des Héninois. Rendez-vous fut pris pour le surlendemain. Je vins le chercher à la gare.
Arrêt pour boire un café dans ce bistrot près de la mairie où l’accueil est agréable et la salle assez grande pour bavarder discrètement quand le besoin s’en fait sentir.
Au bar, la conversation s’engage assez rapidement sur la neige qui est tombée le matin et que personne n’a dégagée sur les espaces publics. « Huit mois qu’ils sont élus et pas foutus de faire travailler les employés » nous dit ce retraité en sirotant sa bière. « Que veux-tu, ils se sont mis tout le personnel à dos », surenchérit mon voisin, « les syndicats ont même boycotté les vœux ! Du jamais vu ! ». En quittant les lieux, le commissaire me demanda si cela était vrai : je ne pus que confirmer, tout en lui signalant combien la gestion du personnel devait être difficile : surnombre, absence de gens formés, désorganisation ubuesque…Cimares hocha la tête, comme s’il avait tout compris !.
Vendredi, jour de marché, le plus important de l’arrondissement, mais déserté à cause du froid, mais aussi du manque d’attractivité d’Hénin depuis quelques mois. J’achetais des bananes chez mon marchand habituel et une dame âgée se plaignit qu’elle ne pouvait se permettre que l’achat de fruits à la pièce, tant sa pension de veuve diminuait. Je me retins de lui donner une banane, tant je risquais de la froisser : ces gens-là ont été habitués à l’assistance, mais pas à l’aumône. L’Arrageois de commissaire connaissait cette caractéristique des habitants de la Région, prêts à suivre toute autorité qui le lui demanderait, mais qui inspiraient le respect par son honnêteté, sa bonne humeur et son ardeur au travail.

Direction le supermarché où j’en profitais pour faire quelques emplettes. Au détour d’un rayon, je fus littéralement agressé par une cliente qui me reprocha un article que je venais d’écrire sur mon blog et fustigeant les idées du Front National : « on s’en fout de ce que vous nous racontez ; ils sont les seuls à ne pas avoir trempé dans les magouilles ». « Bien sûr », s’interposa une dame que je connaissais, « ils sont les seuls à ne pas avoir été élus, et je ne souhaite pas qu’ils le soient : nous avons déjà assez eu assez de malheurs comme cela ! ».
Je fis remarquer au policier qui m’accompagnait, que la population, qui avait voté à 48% pour le FN, ne connaissait pas les idées frontistes et n’y adhérait pas, pour la plupart, Mais son ras-le-bol lui faisait faire ce choix-là !

A la caisse, un vieux monsieur nous montra un calendrier qui venait d’être distribué («un 12 février ! vous vous rendez compte ! ») et s’emporta contre la place accordée par la majorité au FN. « Pourquoi travaillent-ils avec eux, ils vont se faire bouffer ; on ne les a pas élus pour collaborer avec ces fâchistes ! ».

Je confirmais que force était obligée de reconnaître que telle était la réalité : la majorité et l’opposition frontiste travaillaient main dans la main, au grand dam de tous les démocrates. Le commissaire sembla très intéressé et posa un tas de questions sur la situation politique.

Il repartit après de frugales agapes, au cours desquelles il me surprit en me disant qu’il avait presque terminé son enquête et qu’il m’en livrerait les conclusions le surlendemain. Je ne voyais pas ce que les remarques des uns et des autres avaient pu apporter de neuf. J’en vins à douter de mes soupçons. Certes, Cimares avait donné l’impression d’avoir compris quelque chose, puisqu’il me promettait des résultats dans 48 heures. Je me doutais bien que, parallèlement, il poursuivait ses recherches à travers ses réseaux, mais, même si le climat était malsain, je ne voyais pas en quoi des faits dramatiques pouvaient se produire. Certes, la police a des informateurs, elle reçoit beaucoup de confidences et elle perçoit des ramifications dont nous n’avons pas la moindre idée.

Néanmoins, plus l’enquête semblait avancer et moins j’avais de certitudes !

A suivre

lundi 15 février 2010

L’enquête du commissaire Cimares : un crime sans cadavre à Hénin- Beaumont (2)

Chapitre 2 : Fantaisie ou morbidité ?


Toujours ce quart d’heure de retard, et j’en profitais pour me remémorer ces 2 jours à ressasser, à maudire mon appel à Cimares, 2 jours d’insomnies en pesant le pour et le contre, à me dire qu’à force de chercher cette vérité inatteignable, je finirais par dévisser. Que n’ai-je écouté ceux qui me disaient de me consacrer à la philosophie et à l’art, à la sagesse et à la beauté plutôt qu’à la politique ! J’avais beau leur dire que tout cela n’était pas incompatible, je finissais par douter de mes priorités…

Toujours ce même scénario : le policier s’assit en face de moi avec un sourire qui aurait pu être de connivence, mais aussi d’ironie. Masquant mal mes affres, j’attendis qu’il rende son verdict…

« J’ai beaucoup travaillé, interrogé, écouté, pendant ces 2 jours. J’ai rencontré mes collègues des ex-Renseignements généraux, des élus héninois, d’autres hommes politiques du secteur, des chefs d’entreprises, bref beaucoup de monde, sans oublier quelques « micros-trottoirs ». Et je dois dire que je confirme entièrement l’état anormal dans lequel se trouve cette ville. Quant à vos intuitions, il faudra qu’on en reparle.

Il sortit un calepin (tiens, il sait lire et écrire maintenant ?) et me résuma ses constatations. Je dois dire que je n’étais qu’à moitié soulagé, tant les préliminaires me semblaient ambigus : il aurait pu de suite parler de mes doutes, plutôt que de m’imposer une lecture politique de la situation que je connaissais par cœur !
Il avait dû lire dans mes pensées, car il me précisa tout de suite : « je ne vais pas vous faire une photo de ce qui se passe, vous la connaissez mieux que moi, mais je souhaiterais mettre en avant quelques réflexions qui vont déterminer la suite de mon enquête » (tiens, il entendait poursuivre ! C’est donc qu’il avait perçu ce que je subodorais… je me sentis rasséréné d’un seul coup !).

« Si vous me le permettez (et comment, donc !), je voudrais, en très peu de mots, pour chacune, vous livrer l’état d’esprit de plusieurs composantes de la population :

La majorité municipale me semble désireuse de faire pour le mieux. Mais la tâche est manifestement au-delà de ses capacités. Est-ce pour cette raison qu’elle a mis en place ce jeu complice avec le Front National, afin de neutraliser un ennemi potentiel ? Probablement.

Le Front National, unique représentant élu de l’opposition, aussi médiocre que la majorité (sauf, je suppose, Mme Le Pen que je n’ai pu interroger) est dans une position idéale : il n’a plus d’adversaire et il est au courant des dossiers. De plus, il sait que la municipalité va se planter et qu’il en récoltera tous les bénéfices.

Le reste de l’opposition est totalement exclue de la gestion municipale. Elle voit les dangers qui se profilent, mais est dans l’impuissance d’agir. Le pire c’est qu’elle attend une catastrophe pour être en mesure d’émerger. Mais quelle catastrophe ?

La population voit qu’il ne se passe rien : aucune réalisation, aucune information, aucun projet, aucune, pas de transparence. Bref, le silence est assourdissant…

Le monde économique est désespéré : aucun interlocuteur en ville, impuissance de l’Agglo amputée d’une franche collaboration de la ville d’HB. Ajoutez à cela un député insipide et l’on comprend l’exaspération des chefs d’entreprises.

Le monde associatif fait le gros dos, coincé entre son obligation de ne pas déplaire aux élus et ses soucis quotidiens. Mais il n’en pense pas moins.

J’ai conversé avec les journalistes de Nord Eclair et La Voix du Nord. Ils sont également écartelés entre leur devoir d’objectivité et leur perception des réalités.

Cela confirme bien votre analyse. ».

Je n’en retirai aucun plaisir, parce que je savais ne pas être le seul à penser ainsi. Je me disais que l’on n’aurait pas perdu 2 jours, s’il avait pris de suite pour argent comptant, ce que je lui avais raconté…Mais bon, il fallait bien qu’il fasse cette démarche pour apprécier mes interrogations…

« Il y a donc bien un terreau fertile, reprit-il, à un mauvais coup : vous avez utilisé le mot crime et je ne suis pas encore sûr que vous ayez raison. J’ai besoin d’éléments supplémentaires, mais une chose est sûre : je dois continuer cette enquête. Elle est devenue officielle depuis hier, sans qu’elle puisse, aujourd’hui, laisser présager la moindre conclusion. Il me faut donc continuer et je pense que nous pourrions nous contacter d’ici 2 jours au téléphone. Nous nous reverrons dès que j’aurai des certitudes … ».
Bien qu’envahi de questions à lui poser, je le laissai partir, convaincu qu’il souhaitait en rester là.

Cimares avait-il perçu quelque chose ? Subodorait-il aussi que tout pouvait advenir ? La fin abrupte de notre entretien me laissait perplexe : peut-être se disait-il que l’atmosphère héninoise ne demandait qu’un simple rapport, et qu’il était hors de question d’aller plus loin. En effet, ma prémonition d’un crime sans cadavre et sans mobile ressortait au mieux de fantaisies intellectuelles, au pire d’une morbidité inquiétante…

A ma grande stupéfaction, Cimares me rappela le soir même…

A suivre

dimanche 14 février 2010

L’enquête du commissaire Cimares : un crime sans cadavre à Hénin- Beaumont.


Chapitre 1 : Intuition ou fatigue ?


Cela faisait bien un quart d’heure que je patientais dans ce canapé du Novotel du Centre commercial. Je savais qu’il était toujours en retard, mais au moins cela avait-il un avantage : je pouvais me remémorer les propos que j’allais lui tenir et construire un amalgame d’intuitions, un discours plus ou moins cohérent.
J’avais beaucoup entendu parler du commissaire Cimares, notamment, parce que, natif d’Arras et y habitant toujours, ses enquêtes policières dans les milieux politiques avaient fait de lui un héros des pages régionales(et nationales) des médias.

Il avait accepté de suite le principe de notre rencontre, alors que je ne lui avais confié que quelques doutes. Il avait donc suffit de lui dire qu’un climat délétère régnait à Hénin-Beaumont, que des gens mal intentionnés tenaient la ville, que celle-ci ressemblait à une petite ville de l’Ouest américain désertée par les chercheurs d’or, que les habitants courbaient de plus en plus l’échine, sous le poids de leurs misères, que tout espoir semblait banni de leur horizon…Bref que je ressentais profondément que quelque chose allait se passer qui ressortait plus du domaine des « faits divers » que de la page « politique » des magazines et quotidiens. Pourtant, et c’était la raison de mon appel à lui, ce qui semblait se tramer à mes yeux, relevait autant de l’un que de l’autre.

Je reconnus sa silhouette dès qu’il entra : petit, rondouillard, l’œil constamment en mouvement, il ressemblait fort au portrait que je me faisais de lui. Le réceptionniste me pointa du doigt et nous nous retrouvâmes assis, tous les deux : après quelques civilités d’usage, et un bref rappel des vagues raisons qui m’avaient poussé à lui téléphoner, il me regarda fixement et me déclara péremptoirement : « un, c’est en tant que voisin que je suis ici ; deux, je connais l’imbroglio politique qui règne à Hénin ; trois, je lis régulièrement votre blog. C’est donc en fonction de ces 3 points que je me suis décidé à venir ici, me disant : cet homme ressent qu’il va se passer quelque chose de grave, et je ne veux pas être accusé de non-assistance à personne en danger. Mais il va falloir que vous me précisiez vos prémonitions ».
J’avais oublié mon cahier habituel et je demandais quelques feuilles de papier à la personne de service. J’appréciai beaucoup la réponse du commissaire à qui je proposais de les partager : « vous savez, dans ces cas là, je ne sais ni lire, ni écrire et je ne fais qu’écouter mes interlocuteurs : présentement, je souhaiterais, au minimum, conforter les intuitions dont vous m’avez fait part ».

Je lui retraçais rapidement les évènements politiques des ces dernières années et, plus particulièrement, ceux de ces derniers mois. Je lui racontais comment une chape de plomb s’était abattue sur cette ville ruinée financièrement, comment on ressentait l’absence d’une Direction aux affaires de la ville, comment le Front National était aux aguets, tel un chat prêt à bondir pour, d’un coup de patte, décapiter le pouvoir, comment la médiocrité s’était installée dans la gestion des affaires de la ville, combien le personnel municipal, accablé par le précédent maire, était maintenant KO…Bref, ce tableau calamiteux devait conduire à ce que j’appréhendais fortement comme annonciateur d’un grand malheur. Le mot crime tournoyait dans ma tête et je finis par le lâcher. Cimares ne broncha pas quand je le prononçai : « vous voyez, dis-je, je sens que quelque chose de monstrueux risque de se passer : un événement grave, indicible, un crime crapuleux, un tremblement de terre, une tragédie, je ne sais, mais quelque chose va avoir lieu et je me sens incapable de l’anticiper ! ».

Quelques instants de silence ; le commissaire se cala dans le fauteuil, ses yeux ne cillant pas, puis sortant de sa réflexion, il conclut : « vous comprenez bien que vos tourments sont un point de départ et que je ne peux m’embarquer dans une enquête officielle que si j’ai des billes qui confortent vos pressentiments. Laissez-moi donc 48 heures pour prendre les contacts nécessaires et me rendre compte si vous avez besoin de voir un bon psy ou de prendre quelques longues vacances, ou alors s’il convient de décider les mesures qui s’imposent avant qu’il ne soit trop tard. Rendez vous ici, après-demain, à la même heure. ». Il me salua et me laissa seul face à mes questions : l’avais-je convaincu ? Me prenait-il pour un fou ? Quels contacts allait-il prendre, alors qu’il ne connaissait personne à Hénin-Beaumont ? N’étais-je qu’un apprenti-sorcier ? Ou alors qu’un pauvre compagnon du malheur ambiant? Devais-je maîtriser un peu mieux toutes ces impressions, passions et autres soupçons ?

Il me tardait d’être 48H plus tard, tant j’appréhendais que le commissaire Cimares finisse par me dire : « vous avez besoin de vous aérer quelque peu » !

A suivre.