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dimanche 29 juin 2014

J'ai pris quelque plaisir à lire cet article...


Il s'agit d'un article du Canard Enchaîné du 25 juin dernier. Quelques commentaires à la fin de ce petit morceau d'humour...

Marine peine à s'inscrire

A quoi a servi le triomphe du FN aux européennes ? A quoi servent les 23 députés frontistes ? Marine Le Pen l'avait promis, cette victoire allait lui permettre de torpiller de l'intérieur cette maudite Europe, il lui suffisait pour cela de s'allier avec les autres fachos européens afin de constituer un groupe au Parlement, seul moyen pour peser réellement, et ça allait chauffer.
"Nous n'avons aucune inquiétude quant à l'existence future de notre groupe", s'était-elle rengorgée, le 28 mai, lors d'une conférence de presse.
Mais voilà : elle avait jusqu'au 24 juin pour le constituer, ce groupe. Il suffisait que 25 députés issus de sept pays différents se mettent d'accord. Il suffisait donc à Jeanmarine de convaincre au moins un facho de six pays. Par exemple, en allant piocher dans le PVV néerlandais. Ou la Ligue du Nord italienne. Ou chez les révisionnistes (AA: ceux qui nient qu'il y ait eu meurtre en masse de Juifs, vous savez, "ce point de détail de l'histoire") du KNP polonais. Tous antieuropéens, tous contre l'immigration.
Marine Le Pen y avait doublement intérêt, puisque la constitution du groupe aurait assuré au FN une vraie manne financière, plus de 20 millions d'euros sur la durée de la mandature, ainsi que d'importants moyens matériels, un secrétariat avec bureaux et assistants, des facilités administratives, tellement l'Europe est généreuse, avec les antieuropéens...
Mais, c'est connu, entre extrémistes de droite, ce n'est pas l'entente cordiale. L'un trouve l'autre trop antisémite, ou pas assez homophobe, ou trop nazi... Y a de la nuance !
Le Front a d'ailleurs pondu un communiqué par lequel il revendique fièrement son échec, en l'expliquant par "[son] refus de [s] allier avec des mouvements dont certains membres avaient affiché des positions incompatibles avec [ses] valeurs".
Résultat : les 23 eurodéputés FN vont se trouver noyés dans la masse des non-inscrits. Encore un triomphe pour le "premier parti de France"...
J.-L.P.


AA :
- On apprend donc que le FN a des "valeurs". Pourquoi ne jamais citer celles de la République : Liberté, Egalité, Fraternité ? Quels sont le ou les mots qui choquent ? Y a-t-il encore des monarchistes au FN ?
- Par qui MLP remplacera-t-elle son assistant Louis Aliot, puisque ce dernier, qui est également son compagnon, a été élu député européen ?
- Finalement, encore une fois, les promesses électorales du FN ne seront pas suivies d'effet, puisque ses députés n'auront que très peu de pouvoirs. Mais, au moins, n'auront-ils pas trop de travail puisqu'ils n'auront pas à écrire de rapport, de poser des questions. Comme, de plus, ils ne sont pas souvent présents en séance, ni dans les commissions, ils auront du temps à consacrer à d'autres tâches. Par exemple, le député-maire d'Hénin-Beaumont pourra être souvent dans sa ville...
- Ce qui est dommage, c'est que ces députés FN prennent la place d'autres personnes qu'ils ont battues et qui auraient pu, elles, siéger efficacement au Parlement. Comme quoi le FN ne fait pas oeuvre de patriotisme et joue même contre la France !
- Enfin, sur la première page du Canard : "Marine Le Pen échoue à former un groupe : "Un facho contretemps !" "

jeudi 22 mai 2014

Que reste-t-il des engagements du FN pour les Européennes : rien !


Les Français (et les Européens) étant attachés à l'euro, parler de sa disparition, pour un candidat aux Européennes, peut être un repoussoir. Et ainsi le Front National n'envisage plus la sortie de l'euro comme inéluctable : un référendum viendra décider ! Ce qui, au vu des sondages sur la question, laisse supposer que le FN ne souhaite plus sortir de l'euro à tout prix. Et donc, bien sûr, le FN ne prônera pas davantage la sortie de l'Union européenne. Encore des fausses promesses, en quelque sorte... De ces dernières, il ne reste que celle de lutter contre l'immigration. Et même si JM Le Pen pense que «Monseigneur Ebola peut régler ça en trois mois », on le sait, cela est impossible, sinon c'est la fin des systèmes de retraite et de santé...

Même ceux qui détestent l'euro ne prônent plus sa mort

LE MONDE | 20.05.2014 

Ils ont en commun de haïr l'euro, cette « aberration économique » mal née, accusée de corseter les États, d'imposer l'austérité au sud, de forcer à la dépense au nord et d'exiger, de tous, des sacrifices. Au fil de leurs meetings pour les européennes, les partis radicaux, d'extrême droite et populistes font pleuvoir les critiques sur cet eurocoupable.
Pourtant, ni le Front national (FN) – le plus virulent sur le sujet –, ni le Front de gauche, ni la plupart des partis à tendance eurosceptique en Europe n'osent prôner la disparition simple et immédiate de la monnaie unique. Le parti de Marine le Pen, qui hier proposait une sortie directe de l'euro, s'en tient désormais à un référendum.
Même virage sur l'aile à Berlin. L'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti eurosceptique, met désormais au second plan la création d'un euro du Nord ou même le retour au mark qu'il revendiquait haut et fort il y a encore quelques mois. Il place maintenant la question de la souveraineté au cœur de son discours, appelant chaque État à décider de son sort.

RHÉTORIQUE AMBIGUË
Paradoxe ? Logique de survie, répond le politologue Dominique Reynié. En dépit du discours ambiant sur la montée de l'europhobie, « cela souligne l'extrême dépendance de ces partis à l'attachement des Français et des Européens à l'euro ! », dit-il.
En atteste le résultat du sondage Ipsos-Steria pour le Monde rendu public lundi 19 mai : 73 % des personnes interrogées souhaitent que la France reste dans la zone euro. Une majorité écrasante qui oblige les partis à modérer leurs propos envers une monnaie unique qu'on adore détester mais qu'on a peur de quitter.
« Le FN plaidait initialement pour la fin de l'euro, raconte M. Reynié, mais Jean-Marie Le Pen a expliqué à sa fille que c'était une idée anxiogène. Du point de vue d'un électeur, l'euro, c'est mon patrimoine, mon épargne, ma retraite. » D'où l'idée du référendum : « C'est malin. Quitter l'euro ferait prendre un sacré risque. Là, Marine Le Pen dit : si vous ne voulez pas, on ne le fera pas. »
Cette rhétorique ambiguë à l'encontre de la monnaie unique est encore plus prégnante à la gauche de la gauche. Pour le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, l'union monétaire est « l'instrument d'une régression économique et sociale ». Mais pas question, dans un premier temps en tout cas, de renoncer à l'euro. Alexis Tsipras, chef de file du Parti de la gauche européenne, ne dévie pas de cette ligne.

TIÉDEUR BIENVENUE
« La gauche radicale a du mal avec la question. Elle propose de rester dans l'euro, mais de le subvertir pour changer les conditions de son fonctionnement, observe Aurélien Bernier, auteur de La Gauche radicale et ses tabous (Seuil, 172 p., 17 euros). Ils font comme s'ils pouvaient désobéir à l'Europe, sans que le droit national ne vienne contredire le droit communautaire. C'est inapplicable ! », explique-t-il, regrettant que les partis n'aillent pas au bout de leur logique.
Là encore, c'est la peur qui domine. La peur de brusquer un électorat hostile au risque, la peur d'être amalgamé au FN qui a initié le débat et la peur, en France, de rompre toute alliance possible avec les socialistes.
A écouter la plupart des économistes, cette tiédeur est bienvenue. « Personne ne peut nier le risque politique, juridique, financier, que cela représente. Quand on arrête de pédaler, on tombe », commente Steve Ohana, professeur de finance à l'ESCP-Europe, pourtant critique envers la monnaie unique et l'austérité associée.
Mais si personne ne veut réellement sa mort, l'euro n'en reste pas moins attaqué, dénoncé comme l'un des responsables de la crise. Pour le défendre ? Personne. Pour Dominique Reynié, les politiques et les institutions nationales, bien plus discrédités par l'opinion que l'Europe, laissent dire pour faire diversion. « L'euroscepticisme est une construction », déduit-il.
Voilà le danger : le discours effleurant une sortie de l'euro, même imaginaire, peut raviver les craintes en Europe et hors d'Europe. Et ainsi « réchauffer le moteur de la crise de l'euro en donnant du carburant aux populistes », alerte-t-il.

Claire Gatinois
Journaliste au Monde