Sans nous en être bien rendus compte, nous sommes entrés dans une troisième guerre mondiale. Al Quaïda, Daech, Boko Haram... le djihad islamique est en marche. Pas seulement en Irak, au Yémen ou en Afrique, et nous l'avons vécu, la guerre a atteint la France, mais d'autres pays ne sont pas à l'abri.
Le problème est que nous n'avons pas encore compris que c'était la guerre. Certes une coalition armée tente d'empêcher Daech de s'emparer de l'Irak et de la Syrie. Mais c'est insuffisant ! L'ONU doit se saisir du dossier et mobiliser les forces pour empêcher que les islamistes étendent à toute l'Afrique leurs tentatives bien entamées au Nigéria, au Mali et en Libye. Il est temps également de mettre en cause le financement du djihad par des états "amis" des pays occidentaux (Qatar, Arabie Saoudite...).
La 3ème guerre mondiale est en cours : avons-nous pourtant entendu ce qui résonne comme une évidence ?
Djihad au Nigeria, massacres en silence
LE MONDE |
Editorial.
Comme beaucoup de choses, le djihadisme est mondialisé. Cette forme particulièrement barbare de violence politique, que pratiquent Al-Qaida et ses émules, frappe dans le monde entier. Le jour même de la tuerie commise dans les locaux de Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier, l’explosion d’un camion piégé dans la capitale du Yémen, à Sanaa, tuait 37 personnes. Pire encore : ces dix derniers jours, les extrémistes de Boko Haram, au Nigeria, ont perpétré un massacre d’une ampleur effroyable – plusieurs centaines de morts, peut-être jusqu’à 2 000.
On n’a pas marché à Lagos, la capitale économique du Nigeria, ou ailleurs en mémoire de ces villageois nigérians, dont un grand nombre de femmes et d’enfants, décimés en pleine rue ou chez eux, à l’arme de guerre. Ils sont tombés victimes de la dernière offensive de Boko Haram, cette insurrection armée qui cherche, et parvient, depuis cinq ans, à se tailler un vaste territoire dans le nord-est du Nigeria, aux frontières du Niger, du Tchad et du Cameroun. Boko Haram se réclame d’une forme d’islam fondamentaliste et entend créer, à cheval sur ces quatre pays, une sorte de « califat », un peu à la façon de l’Etat islamique en Syrie et en Irak.
Le groupe, qui dispose maintenant d’une véritable armée, mène une offensive vers la ville de Baga, au bord du lac Tchad. Partisans d’une violence méthodique, pour semer la terreur et assouvir leurs pulsions sanguinaires, les miliciens de Boko Haram tirent, souvent à bout portant, sur les villageois qui se trouvent sur leur chemin, sur ceux qui n’ont pu fuir assez tôt ou qui faisaient confiance aux autorités pour les protéger. Des rescapés ont décrit des rues jonchées de cadavres, de blessés agonisants, des centaines d’habitations brûlées.
Cité dans le Financial Times, Mgr Ignatius Kaigama, archevêque catholique du Nigeria, observait : « Comparez ce qui s’est passé en France et ce qui se passe ici : il y a une grande différence. » On n’a pas réuni le Conseil de sécurité de l’ONU. Boko Haram poursuit son œuvre de mort sans que la « communauté internationale » se mobilise.
Coopération internationale urgente
Une soixantaine de pays participent, activement ou formellement, à la coalition assemblée par les Etats-Unis pour sauver l’Irak de l’Etat islamique. Rien de tel dans le cas du Nigeria, le plus grand pays d’Afrique, avec près de 180 millions d’habitants. Les autorités nigérianes sont dépassées, corrompues, incapables de monter seules une opération militaire pour contrer la déstabilisation en cours de cette partie de l’Afrique. Qui se souvient des 276 écolières enlevées en avril 2014 par le groupe pour en faire des esclaves sexuelles ? Où est la solidarité africaine ? Où est la solidarité des grands « émergents » – Inde, Chine, Brésil –, qui se disent volontiers proches de cet autre « émergent » qu’est le Nigeria ?
Les autorités nigérianes ont leur part, énorme, de responsabilités. Riche d’une manne pétrolière qui semble plus profiter au sud qu’au nord de cet immense pays, le gouvernement fédéral ne paraît toujours pas avoir accordé à Boko Haram la priorité stratégique que requiert cette insurrection armée qui relève autant du grand banditisme que du djihad. Aujourd’hui, ce sont quatre pays africains qui sont menacés. La situation réclame une coopération internationale urgente et substantielle pour assurer la sécurité de cette partie de l’Afrique. Chaque jour perdu se compte en morts, anonymes mais bien réels.
L'article ci-dessous du Monde a été publié à l'heure où Dieudonné a été placé en garde à vue pour apologie du terrorisme. Il avait, en effet, déclaré : "je suis Charlie Coulibaly", faisant référence à l'assassin de la policière municipale et aux 4 otages juifs parmi d'autres personnes qu'il avait séquestrées à Villeneuve. L'antisémitisme de Dieudonné est bien connu (il a été condamné pour ce délit à maintes reprises). Le fait qu'il ait fait référence à Coulibaly et non aux frères Kouafi, montrent bien l'intention qu'il avait en se comparant au meurtrier de Villeneuve. En cela, il ne fait que confirmer sa haine des Juifs. A-t-il également fait ainsi l'apologie du terrorisme ? Je le pense, mais ce sera à la justice d'en décider.
Je me demande quelle sera l'attitude du Front National qui trouve toujours insuffisante la lutte des gouvernants contre le terrorisme, alors qu'un de ses sympathisants (et ami personnel de JM Le Pen) pourrait être poursuivi pour apologie du terrorisme. Le FN lâchera-il Dieudonné ? Ou lui trouvera-t-il une excuse ?
« Charlie », Dieudonné… : quelles limites à la liberté d'expression ?
Le Monde.fr |
« Pourquoi Dieudonné est-il attaqué alors que Charlie Hebdo peut faire des “unes” sur la religion » ? La question est revenue, lancinante, durant les dernières heures de notre suivi en direct de la tuerie à Charlie Hebdo et de ses conséquences. Elle correspond à une interrogation d'une partie de nos lecteurs : que recouvre la formule « liberté d'expression », et où s'arrête-t-elle ?
La liberté d'expression est un principe absolu en France et en Europe, consacré par plusieurs textes fondamentaux. « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi », énonce l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme de 1789.
Le même principe est rappelé dans la convention européenne des droits de l'homme :
« Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. »
Cependant, elle précise :
« L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire. »
La liberté d'expression n'est donc pas totale et illimitée, elle peut être encadrée par la loi. Les principales limites à la liberté d'expression en France relèvent de deux catégories : la diffamation et l'injure, d'une part ; les propos appelant à la haine, qui rassemblent notamment l'apologie de crimes contre l'humanité, les propos antisémites, racistes ou homophobes, d'autre part.
Les mêmes textes encadrent ce qui est écrit sur le Web, dans un journal ou un livre : l'auteur d'un propos homophobe peut être théoriquement condamné de la même manière pour des propos écrits dans un quotidien ou sur sa page Facebook. L'éditeur du livre ou le responsable du service Web utilisé est également considéré comme responsable. En pratique, les grandes plates-formes du Web, comme YouTube, Facebook, Tumblr ou Twitter, disposent d'un régime spécifique, introduit par la loi sur la confiance dans l'économie numérique : ils ne sont condamnés que s'ils ne suppriment pas un contenu signalé comme contraire à la loi dans un délai raisonnable.
C'est la loi du 29 juillet 1881, sur la liberté de la presse, qui est le texte de référence sur la liberté d'expression. Son article 1 est très clair : « L'imprimerie et la librairie sont libres », on peut imprimer et éditer ce qu'on veut. Mais là encore, après le principe viennent les exceptions. La première est l'injure (« X est un connard ») et la diffamation, c'est-à-dire le fait d'imputer à quelqu'un des actions qu'il n'a pas commises dans le but de lui faire du tort (« X a volé dans la caisse de l'entreprise »).
Les articles 23 et 24 de cette même loi expliquent que « seront punis comme complices d'une action qualifiée de crime ou délit ceux qui, soit par des discours, cris ou menaces proférés dans des lieux ou réunions publics », en font l'apologie, et liste les propos qui peuvent faire l'objet d'une condamnation :
« - les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne et les agressions sexuelles, définies par le livre II du code pénal ;
- les vols, les extorsions et les destructions, dégradations et détériorations volontaires dangereuses pour les personnes, définis par le livre III du code pénal ;
- l'un des crimes et délits portant atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ;
- l'apologie (…) des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité ou des crimes et délits de collaboration avec l'ennemi.
- (Le fait d'inciter à des) actes de terrorisme prévus par le titre II du livre IV du code pénal, ou qui en auront fait l'apologie.
- La provocation à la discrimination, la haine ou la violence envers des personnes “en raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée”, ou encore “leur orientation sexuelle ou leur handicap” ».
Dernier cas particulier : l'apologie du terrorisme, plus durement sanctionné depuis la loi de novembre 2014 sur la lutte contre le terrorisme. Le texte, mis en application ces derniers jours, prévoit que des propos d'apologie du terrorisme puissent être condamnés en comparution immédiate, renforce les peines encourues, et considère comme un fait aggravant le fait que ces propos soient tenus sur Internet. La même loi introduisait également la possibilité d'un blocage administratif - c'est à dire sans validation a priori par un juge - des sites de propagande djihadiste, une mesure fortement dénoncée par les défenseurs de la liberté d'expression.
En résumé, la liberté d'expression ne permet pas d'appeler publiquement à la mort d'autrui, ni de faire l'apologie de crimes de guerre, crimes contre l'humanité, ni d'appeler à la haine contre un groupe ethnique ou national donné. On ne peut pas non plus user de la liberté d'expression pour appeler à la haine ou à la violence envers un sexe, une orientation sexuelle ou un handicap.
Le droit d'expression est sous un régime « répressif » : on peut réprimer les abus constatés, pas interdire par principe une expression avant qu'elle ait eu lieu. Mais si une personne, une association ou l'Etat estime qu'une personne a outrepassé sa liberté d'expression et tombe dans un des cas prévus dans la loi, elle peut poursuivre en justice. En clair, c'est aux juges qu'il revient d'apprécier ce qui relève de la liberté d'expression et de ce qu'elle ne peut justifier. Il n'y a donc pas de positionnement systématique, mais un avis de la justice au cas par cas.
2. La particularité des réseaux sociaux
Le droit français s'applique aux propos tenus par des Français sur Facebook ou Twitter. Mais ces services étant édités par des entreprises américaines, ils ont le plus souvent été conçus sur le modèle américain de la liberté d'expression, beaucoup plus libéral que le droit français. Aux Etats-Unis, le premier amendement de la Constitution, qui protège la liberté d'expression, est très large. De nombreux propos condamnés en France sont légaux aux Etats-Unis.
Les services américains rechignent donc traditionnellement à appliquer des modèles très restrictifs, mais se sont adaptés ces dernières années au droit français. Twitter a ainsi longtemps refusé de bloquer ou de censurer des mots-clés antisémites ou homophobes, avant de nouer un partenariat avec des associations pour tenter de mieux contrôler ces propos.
De son côté, Facebook applique une charte de modération plus restrictive, mais les propos qui y sont contraires ne sont supprimés que s'ils sont signalés par des internautes, et après examen par une équipe de modérateurs.
3. Le cas complexe de l'humour
La liberté d'expression ne permet donc pas de professer le racisme, qui est un délit, de même que l'antisémitisme. On ne peut donc pas imprimer en « une » d'un journal « il faut tuer untel » ou « mort à tel groupe ethnique », ni tenir ce genre de propos publiquement. Néammoins, les cas de Dieudonné ou de Charlie Hebdo ont trait à un autre type de question, celle de l'humour et de ses limites.
La jurisprudence consacre en effet le droit à l'excès, à l'outrance et à la parodie lorsqu'il s'agit de fins humoristiques. Ainsi, en 1992, le tribunal de grande instance de Paris estimait que la liberté d'expression « autorise un auteur à forcer les traits et à altérer la personnalité de celui qu'elle représente », et qu'il existe un « droit à l'irrespect et à l'insolence », rappelle une étude de l'avocat Basile Ader.
Néanmoins, là encore, il appartient souvent aux juges de décider ce qui relève de la liberté de caricature et du droit à la satire dans le cadre de la liberté d'expression. Un cas récent est assez éclairant : le fameux « casse-toi, pauv' con ! ». Après que Nicolas Sarkozy a lancé cette formule à quelqu'un qui avait refusé de lui serrer la main, un homme avait, en 2008, accueilli l'ancien chef de l'Etat avec une pancarte portant la même expression.
Arrêté, il avait été condamné pour « offense au chef de l'Etat » (délit supprimé depuis). L'affaire était remontée jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme. En mars 2013, celle-ci avait condamné la France, jugeant la sanction disproportionnée et estimant qu'elle avait « un effet dissuasif sur des interventions satiriques qui peuvent contribuer au débat sur des questions d'intérêt général ».
Plus proche des événements de la semaine précédente, en 2007, Charlie Hebdo devait répondre devant la justice des caricatures de Mahomet qu'il avait publiées dans ses éditions. A l'issue d'un procès très médiatisé, où des personnalités s'étaient relayées à la barre pour défendre Charlie Hebdo, le tribunal avait jugé que l'hebdomadaire avait le droit de publier ces dessins :
« Attendu que le genre littéraire de la caricature, bien que délibérément provocant, participe à ce titre à la liberté d'expression et de communication des pensées et des opinions (…) ; attendu qu'ainsi, en dépit du caractère choquant, voire blessant, de cette caricature pour la sensibilité des musulmans, le contexte et les circonstances de sa publication dans le journal “Charlie Hebdo”, apparaissent exclusifs de toute volonté délibérée d'offenser directement et gratuitement l'ensemble des musulmans ; que les limites admissibles de la liberté d'expression n'ont donc pas été dépassées (…) »
On peut donc user du registre de la satire et de la caricature, dans certaines limites. Dont l'une est de ne pas s'en prendre spécifiquement à un groupe donné de manière gratuite et répétitive.
Autre époque, autre procès : en 2005, Dieudonné fait scandale en apparaissant dans une émission de France 3 grimé en juif ultrareligieux. Il s'était alors lancé dans une diatribe aux relents antisémites. Poursuivi par plusieurs associations, il avait été relaxé en appel, le tribunal estimant qu'il restait dans le registre de l'humour.
En résumé, la loi n'interdit pas de se moquer d'une religion - la France est laïque, la notion de blasphème n'existe pas en droit - mais elle interdit en revanche d'appeler à la haine contre les croyants d'une religion, ou de faire l'apologie de crimes contre l'humanité – c'est notamment pour cette raison que Dieudonné a régulièrement été condamné, et Charlie Hebdo beaucoup moins.
4. « Charlie », habitué des procès
Il faut rappeler que Charlie Hebdo et son ancêtre Hara-Kiri ont déjà subi les foudres de la censure. Le 16 novembre 1970, à la suite de la mort du général de Gaulle, Hara-Kiri titre : « Bal tragique à Colombey : 1 mort », une double référence à la ville du Général et à un incendie qui avait fait 146 morts dans une discothèque la semaine précédente. Quelques jours plus tard, l'hebdomadaire est interdit par le ministère de l'intérieur, officiellement à l'issue d'une procédure qui durait depuis quelque temps. C'est ainsi que naîtra Charlie Hebdo, avec la même équipe aux commandes.
L'hebdomadaire satirique était régulièrement devant la justice à la suite à des plaintes quant à ses « unes » ou ses dessins : environ 50 procès entre 1992 et 2014, soit deux par an environ. Dont certains perdus.
5. Dieudonné, humour ou militantisme ?
Dans le cas de Dieudonné, la justice a été appelée à plusieurs reprises à trancher. Et elle n'a pas systématiquement donné tort à l'humoriste. Ainsi a-t-il été condamné à plusieurs reprises pour « diffamation, injure et provocation à la haine raciale » (novembre 2007, novembre 2012), ou pour « contestation de crimes contre l'humanité, diffamation raciale, provocation à la haine raciale et injure publique » (février 2014).
Lorsqu'en 2009 il fait venir le négationniste Robert Faurisson sur scène pour un sketch où il lui faisait remettre un prix par un homme déguisé en détenu de camp de concentration, il est condamné pour « injures antisémites ». Mais dans d'autres cas, il a été relaxé : en 2004 d'une accusation d'apologie de terrorisme, en 2007 pour un sketch intitulé « Isra-Heil ». En 2012, la justice a refusé d'interdire un film du comique, malgré une plainte de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra).
En plaidant pour l'interdiction de ses spectacles fin 2013, le gouvernement Ayrault avait cependant franchi une barrière symbolique, en interdisant a priori une expression publique. Néanmoins, le Conseil d'Etat, saisi après l'annulation d'une décision d'interdiction à Nantes, lui avait finalement donné raison, considérant que « la mise en place de forces de police ne [pouvait] suffire à prévenir des atteintes à l'ordre public de la nature de celles, en cause en l'espèce, qui consistent à provoquer à la haine et la discrimination raciales ». « On se trompe en pensant qu'on va régler la question à partir d'interdictions strictement juridiques », estimait alors la Ligue des droits de l'homme.
Même en ces moments tragiques, le FN ment. Voyez ce texte paru sur son blog héninois lundi (avec mes commentaires entrelardés) :
"Le grand rassemblement républicain de samedi matin organisé par la municipalité aura réussi à rassembler des Héninois et des Beaumontois de toute condition, de toute origine et de toute confession".
AA : "grand rassemblement" de quelques centaines de personnes (voir ci-dessous) ! "de toute confession" ! Comment le FN connait-il la "confession" des participants ? Des catholiques alors que l'abbé Loxhay est en conflit ouvert avec le maire ? Des Bouddhistes, des Juifs ? De plus, il n'y a pas que des Français "de toute confession", il existe "des Héninois et des Beaumontois" sans confession : le FN les a exclus, semble-t-il... Des Musulmans, il y en eut, certes, mais vu les réactions sur les réseaux sociaux sur la "collusion" entre FN et la mosquée héninoise, on a pu dire que les Musulmans n'avaient pas été prévenus qu'il y avait une autre manif... N'entrons pas dans cette polémique.
Mais quel pur mensonge de parler "des Héninois et des Beaumontois de toute condition, de toute origine et de toute confession" !
Plus de 500 personnes s'étaient réunies comme un seul homme pour montrer notre unité face à la barbarie, face à nos valeurs mises à mal, face à la division et face au terrorisme.
AA : passons sur le fait que la VDN évaluait cette foule à 400 personnes, car on sait que ce journal dit n'importe quoi lorsqu'il s'agit du FN : ce dernier ne s'est pas privé de l'écrire dans le magazine municipal (payé par le contribuable) en vilipendant cet organe de presse (vous avez dit : détournement d'argent public ? Non, cela est réservé à Dalongeville, n'est-ce pas ?).
Alors 400 personnes ou "plus de 500 personnes". J'aurais, je ne sais pourquoi, tendance à prendre le dernier chiffre comme tendancieux... Un mensonge, quoi !
Nous regrettons que l'opposition municipale, invitée par le maire Steeve Briois à se recueillir avec le reste de la population, ait préféré se réfugier derrière les bannières partisanes, s'excluant toute seule, alors qu'Hénin-Beaumont était toute entière sur le perron de la mairie en mettant de côté les clivages habituels, à l'initiative de l'exécutif et des associations patriotiques.
AA : rigolo quand on sait que M. Le Pen s'est exclue du recueillement national en boudant les marches républicaines, pour manifester à Beaucaire, ville frontiste (et pourquoi délaisse-t-elle Hénin-Beaumont, son "fief" chéri ? ) ! On rigolera encore en lisant que "Hénin-Beaumont était toute entière sur le perron de la mairie"! 2 énormes mensonges en quatre lignes, faut le faire, non ?
Le sectarisme est du côté de ceux qui pensent que la démocratie et la république leur appartiennent, les confisquent et les bafouent, les Héninois et les Beaumontois l'ont clairement compris hier et ont marqué une très forte désapprobation
AA : une anecdote personnelle à ce sujet. Ayant quitté l'autre manifestation, 5 minutes après son commencement, je suis allé prendre un café dans un bistrot. Quelques minutes plus tard, arrivent trois personnes que je soupçonne depuis longtemps d'être proches de la mairie. Discrètement, le tenancier s'enquiert du fait qu'ils aient déjà quitté la manif de la mairie ; l'un d'entre eux lui glisse à l'oreille : "quand on vu qu'il donnait la parole au recteur (sic) de la mosquée, on n'a pas supporté ! Si c'est ça la liberté d'expression ! "
Au fait qui a vu que "les Héninois et les Beaumontois (...) ont marqué une très forte désapprobation" ? Même pas les "plus de 500 personnes" réunis à la mairie. Alors, qu'est-ce que c'est que ce nouveau mensonge ?
Notre ville et ses habitants ne faisaient hier qu'un avec l'ensemble du peuple français, unis par une même émotion que les considérations politiciennes de certains n'auront pas altérée. Le combat ne fait que commencer, et chacun d'entre nous aura un rôle à jouer dans ce combat pour la liberté, pour le respect de la vie, pour la France.
AA : c'est vrai que, dimanche, les Français "ne faisaient hier qu'un avec l'ensemble du peuple français, unis par une même émotion que les considérations politiciennes de certains n'auront pas altérée", et que MLP faisait "un" avec "l'ensemble du peuple français", à Beaucaire ! Comme les 2 députés FN ne faisaient qu'un avec les 575 autres députés français, même s'ils furent les seuls à ne pas applaudir le discours du 1er ministre (certains ont même cru percevoir qu'ils n'avaient pas entonné la Marseillaise !)
Briois prend-il les Héninois pour des imbéciles en disant exactement le contraire à Hénin de ce que ses représentants (la présidente du parti et les 2 députés) ont fait à Beaucaire et à Paris ?
Je ne suis pas aussi sûr que le journaliste du Point que l'attitude de M. Le Pen, ces derniers jours, lui coûte des voix. Certes, elle fut lamentable, ne serait-ce que dans cette opération évidente de récupération politique. J'aurais l'occasion d'insister demain sur ce point : beaucoup de Français sont anti-arabes et anti-musulmans et, parmi eux, beaucoup votent FN ou sont sur le point de basculer. Je ne pense pas que ces gens-là soient révulsés par la démagogie dont MLP a fait preuve. Par contre, l'attitude de son père peut être un repoussoir, même s'il est coutumier du fait. Ne doutons pas que Le Pen père est une épine dans le pied de Le Pen fille et qu'il faudra bien que cette dernière le fasse taire de force (car de gré, cela a échoué).
Marche républicaine : Charlie fait trébucher Marine
La patronne du Front national est accusée d'avoir fait de la récupération politique sur les attentats. Au point d'enrayer son ascension ?
Le Point - Publié le
Par Hugo Domenach
"Bonjour Marine Le Pen, vous n'avez pas honte ?" C'est par cette question que le journaliste Jean-Pierre Elkabbach, qui peut se montrer plus rond avec les politiques, a commencé son entretien avec Marine Le Pen sur Europe 1. Une entrée en matière qui résume assez bien l'indignation généralisée face aux déclarations de la dirigeante frontiste au lendemain des attaques terroristes qui ont eu lieu à Paris. Marine Le Pen est aujourd'hui accusée de toutes parts de tenter de récupérer la polémique dans un but électoraliste.
Une manifestation qui tourne au meeting électoral
En France, les dirigeants et représentants de tous les partis ont mis les querelles politiciennes de côté pour faire front face à l'ampleur des événements. Mais la patronne du FN s'est placée dans une posture victimaire : il a suffi que quelques voix socialistes s'opposent à sa participation à la marche pour qu'elle crie à l'exclusion. Pourtant, au lendemain des attaques des frères Kouachi, François Hollande l'a reçue à l'Élysée, comme les représentants des principaux partis politiques français, et a déclaré plus tard que "tous les citoyens" étaient "les bienvenus à la marche". Et si la dirigeante frontiste n'avait pas la légitimité politique pour figurer dans le carré VIP (il fallait être ministre ou représentant d'un grand corps de l'État, NDLR), elle aurait pu défiler juste derrière, aux côtés des chefs de parti et des élus de la République. Ou même dans la foule comme l'ont fait certains.
À la place, elle a déclaré qu'elle ne viendrait pas, avant de choisir de réciter un discours à Beaucaire, un des bastions conquis par le FN lors des municipales. Dimanche, la ville est devenue un rassemblement de frontistes, selon des témoins sur place. Et l'ambiance était particulièrement tendue entre ceux qui venaient soutenir Marine et ceux qui étaient là en l'honneur de "Charlie" et des autres victimes des attentats, ulcérés de voir que leur marche s'était transformée en "meeting du Front national". Alors que la France entière était unie dans la douleur, les noms d'oiseaux volaient à Beaucaire entre les frontistes et les autres citoyens, qui n'étaient "pas venus pour ça".
"Keep calm and vote le Pen"
Au même moment, Jean-Marie Le Pen déclarait à des journalistes que cette marche était organisée par "des coquins copains", et annonçait sa candidature aux régionales en Paca. Et pendant l'attaque contre le supermarché casher, le président du Front national postait sur Twitter un portrait de sa fille barré de l'inscription "Keep calm and vote Le Pen" ("gardez votre calme et votez Le Pen"). L'instruction électorale fait référence à une affiche produite par le gouvernement britannique au début de la Seconde Guerre mondiale sur laquelle était inscrit "Keep calm and carry on" ("gardez votre calme et continuez"). À l'époque, les dirigeants britanniques voulaient relever le moral de l'opinion publique britannique en cas d'invasion. Cette affiche n'avait pas été publiée en 1939, mais elle a été redécouverte et récupérée par un certain nombre d'entreprises privées dans les années 2000 pour vendre des produits. Le fondateur du Front national n'a pas hésité, lui, à récupérer les attentats pour vendre son parti.
Les survivants de la rédaction de Charlie Hebdo ont dénoncé avec vigueur la tentative de "récupération" du FN. Willem a déclaré que Marine Le Pen était "ravie quand les extrémistes tirent de partout". Charlie Hebdo s'est toujours déclaré ennemi du FN, et avait même lancé une pétition pour faire interdire le parti.
"Elle n'a pas tout de suite compris ce qui se passait dans le pays"
Et l'ensemble de la classe politique qui s'écharpait hier sur le nombre de dimanches ouvrés dénonce aujourd'hui d'une même voix le comportement de la dirigeante frontiste. "Marine Le Pen a fait une faute politique majeure. En s'exprimant comme elle l'a fait, elle a essayé de briser l'union nationale. Elle n'a pas tout de suite compris ce qui se passait dans le pays. Elle a fini par le comprendre en décidant finalement de manifester à Beaucaire", considère Malek Boutih. Pour le député socialiste de l'Essonne, la députée européenne est "la seule dirigeante politique qui n'a pas eu le sens de l'Histoire, car elle ne s'est pas soustraite à son habitude de faire de la communication". L'ancien président de SOS racisme juge que les effets ne se verront qu'à long terme. Mais pour lui, "quelque chose s'est brisé dans son irrésistible ascension" : "Marine Le Pen, qui n'a pas su faire face aux événements, a perdu sa stature et sa crédibilité de chef d'État", assure-t-il. Pour le député, il pourrait y avoir un impact sur ses électeurs, "qui étaient en majorité pour l'union nationale", comparable à ce qui est arrivé à l'extrême droite en juin 1940 lorsque ses dirigeants se réjouissaient de l'instauration du gouvernement pétainiste. Cette réaction avait provoqué une scission entre les sympathisants qui approuvaient et ceux qui sont entrés en résistance.
"Elle ne sait pas trop gérer ce genre d'événements"
Même constat du côté du Vert François de Rugy, qui admet que "Marine Le Pen s'est pris les pieds dans le tapis en voulant polémiquer". Mais le coprésident du groupe écologiste à l'Assemblée nationale reste plus réservé sur les conséquences. Pour lui, il y a eu "un mouvement très positif, un sursaut républicain sans précédent". Mais l'inconnu, explique-t-il, "c'est le sursaut civique de participation aux prochaines élections". Pas sûr, en effet, que les événements aient un impact sur les élections territoriales, qui n'ont pas de dimension nationale et ne font pas partie des sujets préférés de la population et des médias. Or une participation plus élevée jouerait en faveur des partis républicains.
Sur le plan électoral, Yves Jégo, député UDI de Seine-et-Marne, a plus de certitudes. Il considère qu'à court terme, la réaction de Marine Le Pen, qui "a agi bêtement", sera perçue négativement, mais que les événements jouent en sa faveur : "Le combat du FN, c'est le combat contre les étrangers. Et elle a plutôt gagné des parts de marché." De son côté, Claude Goasguen, député UMP de Paris, fait un parallèle avec la Manif pour tous : "Elle ne sait pas trop gérer ce genre d'événements. Elle hésite entre la victimisation et la participation. Cela montre bien les contradictions et l'ambiguïté actuelles du FN."
Les dirigeants frontistes communiquent sur sa normalisation tout en gardant une posture anti-système. Peut-être ont-ils oublié que certains événements exigent parfois que l'on abandonne les postures et la communication.
Il n'y a pas unité totale des Français sur la réponse à apporter aux attentats terroristes . 2 exemples l'un concerne un ami des Le Pen et l'autre le père Le Pen :
- L’antisémite Dieudonné s’est livré dimanche soir à une nouvelle provocation antijuive en s’identifiant au terroriste islamiste, auteur du massacre antisémite à Vincennes, qui a coûté la vie à quatre clients de l’épicerie casher visée.
« Sachez que ce soir, en ce qui me concerne, Je me sens Charlie Coulibaly. », a-t-il écrit sa page Facebook, avant de supprimer sa publication après des centaines de messages d’indignations de ses « fans ».
- "Restez calme et votez Le Pen." Voici le message publié sur le compte Twitter de Jean-Marie Le Pen le vendredi 9 janvier à 14h37, alors que deux prises d'otages liées à l'attentat de Charlie Hebdo étaient toujours en cours. Il a commenté dans un interview : je ne suis pas Charlie du tout, je suis Charlie Martel si vous voyez ce que je veux dire!"
Le président d'honneur du FN n'est pas le premier à parler de "Charlie Martel" depuis l'attaque du journal satirique. Cette référence historique à la bataille de Poitiers et à la victoire des Chrétiens sur les Musulmans est partagée par de nombreux internautes d'extrême droite depuis l'attentat.
Un autre message : celui du très ambigu et controversé Tariq Ramadan, salafiste, philosophe spécialiste de l'islam, qui, une nouvelle fois, se distingue par un "message torturé" :
Par contre, je vous engage à écouter le formidable plaidoyer d'une femme libre et critique, musulmane, sur le terrorisme de la religion islamique... Un grand moment. Après l'avoir entendue, vous garderez un espoir pour l'avenir :
Wafa Sultan a fait cette interview sur la chaine Al Jeezira, le 21/2/2006. Si vous voulez tout savoir sur cette syro-américaine, voyez sur http://fr.wikipedia.org/wiki/Wafa_Sultan
Mon samedi a mal commencé, mais s'est très bien terminé !
Vers 11 heures, je me rends place de la République à Hénin-Beaumont pour la manifestation citoyenne. Celle-ci était annoncée sur Facebook avec un appel à mobilisation très simple. Il y avait bien une liste des premières associations signataires de cet appel et une liste de personnes également premières signataires. Très bien, un mouvement plus ou moins spontané : exactement ce que je souhaitais, pas comme celle organisée en même temps, par la majorité municipale FN. Je passe quelques minutes à discuter avec quelques personnes, lorsque une voix au micro demande le silence, et là, stupéfaction, je reconnais la voix du président 62 de la LDH. Je comprends d'un coup que j'ai été floué et je quitte ce rassemblement très en colère en ayant comme l'impression d'avoir été manipulé...
A 14h30 : je me retrouve à la porte de Paris à Lille pour la manifestation, celle-là vraiment citoyenne. A part quelques Anonymus et quelques Francs-maçons portant leur écharpe en bandoulière, aucun signe distinctif de parti ou d'association. Pas de chant non plus, mais de temps en temps une salve d'applaudissements. Une véritable marée humaine que j'évalue à plus de cinquante mille personnes (j'ai remonté la manif' en passant sur les côtés, jusqu'à la tête du défilé, pour faire cette évaluation). Jamais rien vu de tel en près de 50 ans de participation à de tels rassemblements ! Belle question posée par une jeune fille marchant à côté de moi : "Si la liberté d'expression n'existe plus en France, dans quel autre pays existera-t-elle ?"
Apothéose de cette journée, le film Timbuktu : pour beaucoup de critiques de cinéma, c'est le plus beau film de 2014 (il est sorti en décembre dernier). Voici le début de la critique par Télérama (http://www.telerama.fr/cinema/films/timbuktu,491849.php) : "En avril 2012, la ville de Tombouctou tomba aux mains des djihadistes, qui soumirent la population à la loi islamique, jusqu'à l'intervention des militaires français et maliens, en janvier 2013. Avec une réactivité digne de Hollywood, où l'actualité brûlante est vite recyclée en sujet de film, le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako reconstitue cette occupation pour le grand écran. Il le fait avec une formidable liberté. Timbuktu n'a rien de ces films à chaud, mimant l'urgence d'une réalité bouleversée. C'est une oeuvre réfléchie qui affirme ses choix, souvent audacieux. Une oeuvre de courage"
"Un sage tente de faire entendre la voie de la raison et du Coran. Les extrémistes excités refusent d'entendre : ils organisent des mariages forcés, prétendent faire porter des gants aux femmes (AA : à toutes les femmes même à celles) qui travaillent, traquent ceux qui se réunissent, la nuit, dans une chambre, pour y faire de la musique et interdisent le foot." Des scènes de lapidation et de fouet confirment l'application de la Charia (loi islamique). Et pourtant certains des djihadistes sont hypocrites au point de fumer en cachette ou de jeter des regards concupiscents sur les femmes mariées...
Film d'actualité qui nous rappelle quelle société veulent construire les djihadistes dont 3 viennent de s'illustrer en France. Film dur, avec des décors naturels "à couper le souffle", des acteurs magnifiques, surtout les femmes, déterminées et douées d'un bon sens unique.
Ce film passe au Métropole à Lille. Pas ailleurs, semble-t-il. A voir en version originale parce que se mêlent au moins 3 dialectes (des Lybiens ont participé à cette opération en territoire malien), du Français et un peu d'anglais "africanisé". Allez-y, vous ne serez pas déçu...
Au terme d'une journée difficile pour beaucoup, un dénouement tragique a mis un point final à un épisode dramatique qui a secoué beaucoup de Français. 17 morts dans des conditions atroces et pour des raisons religieuses que l'on croyait d'un autre temps.
Encore, sous le coup de l'émotion, je vous livre quelques considérations tout à fait personnelles :
- la fin des prises d'otages d'hier n'a pas mis un terme à la menace qui pèse sur la France. Il va falloir maintenant prendre les mesures qui empêcheront qu'un tel drame ne se reproduise. Mesures policières certes, mais aussi des actions de prévention pour que le processus de radicalisation des esprits cesse. Si les premières sont à court terme, les secondes n'auront des effets qu'à moyen et long terme, ce qui n'est pas fait pour nous rassurer...
- il est du devoir de ceux qui respectent le pacte républicain de ne pas stigmatiser les Musulmans pour ce que des soi-disant croyants ont commis au nom du même dieu. Je rappelle que chez les Musulmans, il y a des laïques et des non-croyants (qui se disent musulmans comme d'autres athées se disent catholiques ou juifs "de culture").
- la "France rassemblée", l'"unité de la France" "66 millions de Français victimes", etc : voici ce qu'on a lu et entendu depuis mercredi. Malgré la ferveur que j'ai pu noter autour de moi, je ne suis pas sûr que tous les Français (et loin de là) soient convaincus que la République soit en danger. 100 000 personnes, parait-il, présents mercredi dans des rassemblements, ce n'est quand même pas beaucoup, je suis désolé de le dire, même si beaucoup ont pleuré chez eux, dans l'intimité. J'ai même peur que certains de ceux qui expriment aujourd'hui leur tristesse ne voient dans le drame de ces 72 heures que la confirmation de ce qu'ils pensent des Musulmans. Zemmour, Houellebecq et Le Pen se trouvent confortés dans leurs déclarations... Et nombreux, aujourd'hui, s'expriment en ce sens sur les réseaux sociaux. Attiser les haines entre Français, voilà la stratégie politique qu'il faut combattre car nous allons finir par y perdre notre âme..
- alors que l'on pensait que les événements terribles qui se déroulaient devant nous ne concernaient que l'islamisme radical avec sa conséquence d'islamophobie récurrente, la prise d'otages de Vincennes nous a rappelé qu'une autre haine était toujours vivace. Celle du Juif. Les islamistes sont antisémites : on le savait, mais une fois de plus, des Juifs ont payé de leur vie cette haine séculaire. Je suis tous les jours stupéfait de lire, sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook, des écrits antisémites émanant de tous horizons. C'est vrai que Soral et Dieudonné ont beaucoup apporté à cet antisémitisme, souvent sous couvert d'antisionisme, mais ils n'ont fait que canaliser des haines latentes et souvent pas que islamistes. Des lois existent pour combattre ces insanités, mais elles ne sont pas appliquées...
- je ne suis pas optimiste pour notre avenir : les haines de toutes sortes sont légion en France et les adversaires de la République s'en donnent à cœur joie pour nous dresser les uns contre les autres. Construire une France apaisée, fière de son patrimoine culturel et de son histoire, ne me paraît pas à portée de main tant les égoïsmes, les intérêts personnels ou de chapelles (politiques, religieuses), l'ivresse du pouvoir, les privilèges, l'argent... semblent être la quête de beaucoup. J'espère me tromper et que ce qui vient de se passer nous permettra de (re)prendre en considération l'intérêt général...
Le FN a rendu hommage aux dessinateurs morts dans l’attentat contre Charlie Hebdo et souhaite participer à la manifestation d’hommage dimanche.
Il y au moins 3 raisons pour lesquelles on ne peut accepter cette participation (libre à tous ceux qui veulent s'y rendre de le faire en leur nom personnel).
1- Cette manifestation et l'émoi enregistré dans le monde entier ces derniers jours concernent le respect de la liberté d'expression, de la presse notamment. Or, c'est bien le parti d'extrême-droite qui s'est élevé à maintes reprises contre les écrits irrévérencieux de l'hebdomadaire satirique. La dernière plainte du FN contre Charlie-Hebdo date de 2012 pour cette une (il fut débouté) :
Certes, rappelle l'AFP, Charlie Hebdo avait été condamné en 1995 pour « injure » après avoir qualifié la candidate frontiste à la députation Marie-Caroline Le Pen de « chienne de Buchenwald ». Bruno et Catherine Mégret avaient aussi assigné le journal à comparaître à plusieurs reprises pour un article les qualifiant respectivement de « petit rat » et de « gourde », sans jamais obtenir gain de cause. Toujours du côté de l'extrême droite, l'ancien député frontiste Jean-Marie Le Chevallier, maire de Toulon de 1995 à 2001, et Serge de Beketch, son adjoint, avaient intenté plusieurs procès en diffamation à la publication, notamment pour avoir qualifié le premier de déserteur et le second de « pourriture particulée ».
Devant les échecs répétés de presque toutes les plaintes, le FN (sauf la une ci-dessus), le parti d'extrême-droite cessa toute action judiciaire.
2- Que diraient les caricaturistes de Charlie s'ils savaient que le FN voulait leur rende hommage ? Eux qui n'aimaient pas le FN...
"En 1996, quatre ans après la refondation du journal, le journal lance une pétition pour interdire le parti d’extrême droite, alors présidé par Jean-Marie Le Pen. Quelques années avant internet, l’hebdomadaire satirique recueille 173.000 signatures.
Tout au long de son histoire, le journal a multiplié les dessins au vitriol contre le parti et ses présidents successifs, affublant Jean-Marie Le Pen de chemises brunes, le visage de plus en plus patibulaire, présentant un étron fumant sur fond de drapeau français avec ce titre «Le Pen, la candidate qui vous ressemble», ou moquant des rapprochements entre l’UMP et le FN.
Charlie Hebdo s’était fait une spécialité de s’en prendre aussi bien aux dirigeants FN qu’à leurs électeurs, croqués soit comme des «beaufs», soit comme des individus aussi décervelés que fascisants." (Libération 8/1/2015).
3- Enfin, ce sont des partis dits républicains (outre les associations religieuses ou non religieuses) qui invitent à la manifestation de dimanche. Et le FN n'est pas un parti républicain parce qu'il ne respecte pas la devise républicaine "Liberté, Egalité, Fraternité" Faut-il rappeler (tiré de l'Obs/Rue89 du 24/4/2012) :
- Liberté : Son programme n’est question que d’ordre, de répression, d’interdiction... les magistrats ne pourront pas se syndiquer, les manifestations de soutien à des personnes dans l’illégalité seront interdites (sans-papiers, fumeurs de cannabis, manifestants arrêtés...) ; les binationaux devront renoncer à leur autre nationalité. Quant à la liberté de la presse...
La laïcité découle de la liberté : c’est l’assurance de la tolérance religieuse. Marine Le Pen, elle, défend une drôle de laïcité : la laïcité sauce chrétienne de Marine Le Pen n’est qu’un moyen pour elle de mieux fustiger l’islam.
- Egalité : Marine Le Pen bafoue l’idée d’égalité, par la promotion de la « préférence nationale » – qu’elle a rebaptisé « priorité citoyenne » pour que cela sonne plus « républicain ». Les aides sociales, les allocations familiales, les logements, les soins, l’éducation seront fournis en priorité à certains habitants : les Français.
- Fraternité : Marine Le Pen distille un discours non-fraternel : un discours de discorde, de rejet de l’autre. Suppression du droit du sol (qui permet à des étrangers vivant en France de devenir français), pour ne conserver que le droit du sang (un enfant n’est français que si l’un de ses parents au moins est français). Le droit du sol – qui témoigne de l’ouverture de notre pays, sa générosité, son universalisme – est profondément républicain.
Enfin, est-ce républicain de danser avec des néo-nazis à Vienne (en 2012) ?
Non, décidément, le FN n'est pas un parti républicain...
Après quelques heures de chagrin, de consternation et de compassion suite à ce qui vient de se produire, le temps est maintenant à la réflexion.
La première réaction que l'on a pu noter chez la grande majorité des Français, mais également des étrangers, c'est une réaction que je qualifierais de "subjective". Nous avons fustigé l'atteinte à la liberté d'expression. Assassiner sauvagement, mais également avec sang-froid, des journalistes qui savaient depuis fort longtemps s'élever contre tous les dogmes et sujets tabous, des hommes qui forçaient l'admiration et nous confortaient dans notre fierté d'être un des rares pays où l'on pouvait remettre en cause des croyances bien ancrées dans la société française. Bien sûr que quand on se trouvait remis en cause dans nos convictions profondes, on avait le sentiment d'être personnellement attaqué. Combien de croyants ont dû sourciller en lisant les anathèmes ou les propos humoristiques et caustiques sur Mahomet, le Coran, le Pape, Jésus ou la Bible, sans parler des autres religions ou croyances. D'où ce formidable appel à l'unité des Français. "Je suis Charlie", nous sommes Charlie". Cela fait du bien de tous se sentir solidaires dans ce rappel aux Droits de l'Homme...
Deux remarques :
- beaucoup de journaux étrangers (aux USA, notamment) n'ont pas osé reproduire les "unes" de Charlie Hebdo, notamment sur le prophète. Cela en dit long sur le courage de Charb et ses collaborateurs;
- cette atteinte à la liberté d'expression a été également évoquée par l'extrême-droite sur l'air du "on vous l'avait bien dit".
La seconde réaction, en parallèle de la première, ou lui succédant, est une réaction "objective", celle de la réflexion sur l'avenir. Et de nombreuses questions se posent :
- que va-t-on faire pour mettre fin à ce qui ressemble à un un début d'une série d'attentats ? Quelle fermeté ?
- comment gérer l'ambiguïté qui fait que de nombreux Français ont des préjugés défavorables sur les Musulmans, en amalgamant islamisme et islam ?
- devant les thèses nauséabondes déniant le sentiment d'unité que l'on avait aimé dans la spontanéité de nos réactions, comment faire comprendre aux Français que tous les mensonges qui leur sont assénés (immigration massive, islam conquérant, immigration et insécurité, etc) visent à l'isolement de la France, pays pourtant d'épanouissement des Droits de l'Homme ?
- comment répondre au Front National, réceptacle de cette folie raciste, xénophobe et islamophobe ? Comment gérer les fausses questions posées par le FN ? Exemples :
* M. Le Pen vient de réclamer un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Or, les terroristes islamistes commettent leurs actes innommables en se sacrifiant pour devenir des martyrs de leur cause. Demander le rétablissement de la peine de mort, est un non-sens, mais c'est purement démagogique. Cet opportunisme politique est indécent et révélateur.
* Demander que l'on déchoit de leur nationalité française les terroristes est impossible juridiquement. Mais les effets d'annonce...
* Imaginer que le Front National soit invité à la manifestation républicaine de dimanche avec les autres partis politiques est une insulte aux victimes. Carb, Wolinski et leurs amis se sont toujours battus contre l'extrême-droite. Imagine-t-on un seul instant que le FN puisse leur rendre hommage ?
Quelle France pour demain ? Quel projet pouvons-nous offrir à nos enfants ? Sera-ce une France haineuse et divisée, une France recroquevillée sur elle-même, fermée aux richesses de la diversité humaine, une France autarcique et vieillissante ? Saurons-nous réagir et poursuivre l'oeuvre de nos prédécesseurs qui ont bâti une France ouverte, accueillante, tolérante,fière de son passé, pays défenseur des libertés ?
C'est cet avenir éclairé que les amis assassinés de Charlie Hebdo espéraient. Ne les désespérons pas en sombrant dans l'obscurantisme...