Ne pouvant assister au Conseil municipal, j'ai pu regarder quelques instants la video "live" filmée par Marine Tondelier. La langue française parlée par les élus vaut toujours son pesant d'or. En 5 minutes, j'ai entendu un conseiller FN évoquer un "Terril" prononcé « terrile » alors que l'on dit (pas seulement dans notre région): "terri"... Un adjoint frontiste a parlé de "vin neuros" pour "vingt euros"... Pensait-il à un breuvage ou à ses neurones ? Il faudra un jour que je relève, durant tout un conseil municipal, ces bévues langagières qui sont très drôles... Concernant le direct filmé par M. Tondelier, je suis certainement une mauvaise langue : on entend très bien les interventions de la majorité, par contre, celles des élus d'opposition sont hachées et incompréhensibles... Y a-t-il un "brouilleur de réseau" sélectif ? Décidément, je vois le mal partout, surtout au FN...
- Puisqu'on parle du FN, le titre du Canard enchaîné de ce mercredi est à apprécier : "Marion Maréchal-Le Pen s'emballe sur l'IVG. Sa tante lui conseille une interruption... volontaire de grosse tête !"
- Continuons avec le Canard, Marion (celle du sud) et son conflit avec sa tata. "Jugement d'un proche de Marine Le Pen ("Le Monde", 9/12) : "Marion est dans une démarche opportuniste. Elle n'est pas complètement en retrait, mais elle fait entendre sa petite musique. S'il y a un bon résultat à la clé, elle pourra dire qu'elle en était. Si c'est le contraire , elle rappellera qu'elle était restée en retrait". Pas folle, la guêpe...
- Toujours le Palmipède : "Robert Ménard, le maire de Béziers, en est convaincu ("Le Figaro", 6/12) : "François Fillon, c'est la victoire de nos idées, c'est une droite conservatrice assumée." L'ancien Premier ministre appréciera le baiser empoisonné d'un soutien de M. Le Pen"
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vendredi 16 décembre 2016
jeudi 15 décembre 2016
Humour, science et écologie...
Toujours le même humour de ce Pierre Barthélémy...
L’expérience dingue des jeans cradingues
Improbablologie. Pour dénoncer les diktats de la société de consommation, une expérience australienne a analysé les réactions de 31 personnes obligées de porter cinq jours par semaine et pendant trois mois son jeans sans le laver.
LE MONDE SCIENCE ET TECHNO |
Ado crado, pléonasme ? On ne répondra pas ici à cette immense question mais si votre rejeton a tendance à oublier l’adresse du panier à linge sale, si sa chambre est parsemée de vêtements roulés en boule sous, sur, ou dans son lit, et si s’en dégage une odeur de chaussette macérée, cachez cette chronique ou, mieux, brûlez-la. Car tous les conseils de propreté vestimentaire que vous avez laborieusement prodigués à votre progéniture et dont vous espérez encore qu’ils porteront un jour leurs fruits vont voler en éclats.
La faute en incombe à Tullia Jack, une Australienne qui, depuis plusieurs années, réfléchit à ces gestes domestiques que l’on effectue sans même y penser mais qui pèsent autant sur le porte-monnaie que sur l’environnement. Au premier rang de ces comportements standardisés figure le lavage des vêtements, auquel Miss Jack a consacré un long mémoire et une étude publiée en 2013 dans le Journal of Consumer Culture. L’arme la mieux cachée de notre société de consommation, s’interroge-t-elle, sa plus belle oppression, n’est-elle pas dans ces automatismes : fourrer son pantalon dans la machine à laver après l’avoir mis deux jours, verser sa dose de lessive, appuyer sur le bouton ? Et, par conséquent, consommer des ressources telles que l’eau et l’électricité, sans oublier qu’il faudra ensuite traiter ces eaux usées pleines de détergent…
Bousculer ses habitudes
Consciente que nous agissons sous l’effet de normes puissantes imposées par l’extérieur – porter des vêtements propres et repassés, ne pas émettre d’odeur corporelle –, Tullia Jack a voulu voir s’il était possible de bousculer ces habitudes. Elle a donc mis sur pied une expérience originale en donnant à 31 personnes un jeans neuf et en demandant à ces « cobayes » de les porter au moins cinq jours par semaine pendant trois mois sans jamais les laver. Alors même qu’un sondage réalisé auprès d’habitants de Melbourne lui avait montré qu’en moyenne les jeans passaient au lave-linge après avoir été portés deux ou trois fois. La chercheuse a elle aussi entamé une grève de la lessive, pour faire bon compte – 16 hommes et 16 femmes âgés de 18 à 56 ans – et sans doute pour constater par elle-même ce à quoi elle exposait les participants. Ceux-ci pouvaient se parler sur un groupe de discussion ouvert pour eux sur Facebook et furent tous interviewés à la fin de l’expérience. Après trois mois, 30 des 32 « cobayes » avaient tenu le coup et résisté à la tentation du lavage. La plupart d’entre eux se disaient étonnés de voir à quel point cela avait été facile, surtout quand ils avaient pu se justifier, construire un discours pour affronter le regard des autres – en évoquant le projet de recherche ou l’argument écologique.
Les sujets se sont aperçus que ce qui les répugnait était davantage l’idée que le fait de ne pas laver leurs jeans. Ils ont aussi, rapporte l’étude, développé des stratégies pour éviter de puer, notamment en suspendant chaque nuit à l’extérieur leurs pantalons retournés. Comme le souligne Tullia Jack, l’expérience a permis de toucher du doigt la manière dont la société imposait des diktats aussi routiniers qu’invisibles, qui, ainsi que l’a écrit Ruth Schwartz Cowan, une historienne des technologies, font de chacun d’entre nous « un somnambule marchant au milieu des rituels ».
Bon. Désolé si votre ado a lu cette chronique avant que vous ne la détruisiez et qu’il ou elle vous dit qu’à partir d’aujourd’hui, pour lutter contre cette société de consommation, il n’est plus question de tirer la chasse après chaque pipi.
mercredi 14 décembre 2016
Quel avenir pour notre monde ?
La tragédie (mot éculé, mais désolé, je n'en trouve pas d'autre à la hauteur de ce qui se passe) d'Alep pose question sur l'avenir du monde et plus particulièrement sur la coexistence pacifique, nécessaire au "bonheur" des hommes...
La Russie vient une nouvelle fois d'imposer son ordre dans le silence médusé des autres pays. Après avoir annexé la Crimée, tenté de mettre la main sur l'Ukraine, voilà qu'elle a volé au secours de la Syrie, dirigée par un dictateur sanguinaire honni à l'intérieur de son pays et dénoncé, à l'extérieur, pour son mépris des droits de l'Homme. Comment veut-on que les ex-pays socialistes d'Europe centrale ne voient pas dans ces violations du droit international par la Russie, un danger pour leur indépendance ?
Comment ne pas être effrayé à l'idée que le nouveau président des USA qui entrera en fonction dans quelques semaines, ait l'intention de se rapprocher de Poutine. Veulent-ils se partager le monde comme Staline et Roosevelt le firent à Yalta ? S'agit-il de se liguer contre la Chine ? Assisterons-nous impuissants à la main-mise sur le monde de Trump et Poutine... Comme on aimerait une Europe forte pour avoir son mot à dire dans cette mainmise en gestation...
En Syrie, le dictateur Assad est issu d'une tribu (les Alaouites) proche des chiites, minoritaires dans ce pays dont la majorité sunnite est malmenée depuis des dizaines d'années. Poutine, dans son soutien à Assad, a été aidé par l'Iran chiite et le Hezbollah chiite libanais. Sans leur aide, Assad aurait été incapable de se maintenir au pouvoir. Le conflit entre les chiites et les sunnites (Daesch est d'obédience sunnite, comme Al-Quïda et ses différentes "filiales") est le poison qui mine l'islam et provoque une situation explosive dans les pays musulmans. Il y a une véritable guerre entre les chiites et les sunnites et on ne voit pas très bien quelle pourrait en être la solution pacifique. Était-ce le rôle de la Russie de prendre parti dans ce conflit, d'essence religieuse ? Que cherche Poutine si ce n'est de reconstituer son pays comme puissance incontournable, face à la Chine et aux USA (quant à l'Europe, il n'en a pas peur car il a pu juger de sa faiblesse).
Comment ne pas être étonné par le soutien à Poutine de la part de politiques français ? Que M. Le Pen puisse trouver en Poutine une idole qu'elle aimerait imiter dans son ultra-nationalisme et son autoritarisme, on n'en est pas dupe. Mais que JL Mélenchon trouve des vertus à cet homme ou que Fillon veuille se rapprocher du dictateur russe, pose question : s'agit-il de manœuvres hypocrites destinées à se concilier un électorat sensible au passé soviétique de la Russie ou anti-étatsuniens dans l'âme ?
Quels sont les ressorts des Trump, Fillon, Le Pen, Mélenchon qui leur font soutenir Poutine, ce dictateur méprisant le droit international et les droits de l'Homme ?
Dans cette remise en cause de l'idée de paix dans le monde, il faudrait également signaler l'impuissance des Nations-unies à prévenir les massacres d'Alep et à organiser un sauvetage humanitaire des populations civiles. Tout cela à cause de la Russie qui s'est opposée à toute décision en ce sens. Il est temps de supprimer ce droit de veto qui empêche l'ONU de jouer son rôle de prévention et de résolution des conflits...
NB : Je me garde bien, dans ce qui précède, de prendre parti pour telle ou telle faction en Syrie : il y a des islamistes, des rebelles de tous ordres (modérés ou pas). Mais il y a bien un dictateur aux mains ensanglantées, ainsi que des populations civiles victimes des bombardements et massacres des Russes, de l'Iran et du Hezbollah, tous accourus au secours d'Assad...
De même, je mets dans le même sac, ces musulmans chiites ou sunnites qui ne songent qu'à imposer des régimes politicos-religieux dans leurs pays.
mardi 13 décembre 2016
Honte à ceux qui soutiennent Poutine à Alep !
Alors que les forces gouvernementales ont annoncé avoir pris le contrôle de la quasi-totalité de la partie est d’Alep, trois députés français ont tenté, lundi 12 décembre, de se rendre en Syrie avant d’être refoulés à la frontière turco-syrienne. L’écologiste Cécile Duflot, le républicain Hervé Mariton et le socialiste Patrick Mennucci ont organisé ce voyage dans une ville détruite par plusieurs semaines de bombardements afin, disent-ils, d’obtenir une aide humanitaire pour la ville d’Alep.
«Nous avons été bloqués à Kilis» dans le sud-est de la Turquie, «l’endroit où on passe pour aller vers la zone d’Alep», a indiqué l'un d'entre eux. «Les Turcs n’ont pas voulu qu’on passe. Ils ont dit qu’il y avait eu des bombes au chlore et qu’il y avait un nuage» dangereux,
Un massacre est en cours à Alep. Les troupes de Bachar Al Assad, soutenues par l’aviation russe sont en action et la communauté internationale reste passive face aux tueries de civils, bombardements d’hôpitaux et autres crimes de guerre (on parle de l'utilisation d'armes chimiques)..
L'ONU n'a pu rien faire, bloquée par les vetos successifs de la Russie. Aujourd'hui, ce que réclament ceux qui espèrent encore limiter les massacres, c'est qu'un corridor humanitaire soit ouvert pendant 24 heures pour laisser sortir les civils. On a toutes les raisons de penser, à l'heure où j'écris, que cela ne se fera pas...
Je suis révolté par les critiques adressées aux 3 députés français (accompagnés par 2 autres écologistes, Jacques Boutault, maire d'arrondissement à Paris et Marine Tondelier, élue d'opposition à Hénin-Beaumont et assistante de C. Duflot). On leur reproche un "coup politique". Cette critique déshonore ceux qui la profèrent, car qu'ont-ils fait, eux ? Trop facile de tancer une telle action, même si, vu les circonstances, elle n'est que symbolique... J'aurais aimé que les 5 personnes qui ont tenté d'aller à Alep aient été accompagnés d'artistes et intellectuels pour que cette action soit plus médiatisée et que la Russie se sente obligée, avec son allié syrien, de suspendre son action pour éviter que plus de civils soient assassinés... J'aurais aimé que ceux qui ironisent sur l'initiative parlementaire se tournent vers les admirateurs de Poutine, les Mélenchon, Fillon, Le Pen... afin que ces derniers désavouent Poutine et Assad ! Que nenni ! Tout ce qu'ils ont pu faire c'est se moquer de l'acte désespéré de quelques politiques qui ont voulu attirer l'attention sur les massacres en cours. Honte à ceux-la qui abreuvent les réseaux sociaux et les médias de leurs commentaires ironiques ! Non seulement ils n'ont, certainement, accompli aucun geste pour sauver l'honneur de l'Humanité, mais ce sont eux qui critiqueront l'inaction de la classe politique et qui continueront à aduler Poutine et à trouver des vertus aux politiques français qui soutiennent le dictateur russe.
Honte à eux et bravo aux députés français pour leur courageuse initiative !
lundi 12 décembre 2016
Au sujet d'Emmanuel Macron...
J'ai regardé le "meeting" de Macron ce matin pour "me rendre compte"...
Sa péroraison est à entendre et surtout à voir, car elle restera dans les annales: http://www.francetvinfo.fr/elections/presidentielle/video-presidentielle-quand-emmanuel-macron-hurle-a-pleins-poumons-dans-son-micro_1963157.html
Les commentaires vont bon train sur les réseaux. Un de mes amis vient de sous-titrer la vidéo de la fin du discours : "coke ou amphétamines" ?
Charline Vanhoenacker s'en est donnée à cœur joie dans un billet réussi :
Eric Woerth a eu également un "bon mot" : "Vous avez vu la dernière image de son meeting, les bras en croix, la tête vers les nuages ? Je sais bien que c'est Noël bientôt mais… Il a un côté assez biblique."
En ce qui me concerne, je trouve le personnage intéressant, à plusieurs titres (je vous rassure de suite : ce ne sera pas mon candidat...).
Il est jeune, ce qui peut être intéressant dans le paysage politique actuel. Même si ses favoris font un peu "vieux jeu", je comprends qu'il plaise à une certaine jeunesse : il parle "djeuns", ne s'embarrasse pas des clichés sur la droite libérale et la gauche marxiste ou la "vraie gauche"... Il ne fustige pas la mondialisation ou le capitalisme... On comprend qu'il plaise à une droite qui ne se reconnait pas dans Fillon et à une gauche (PS surtout) ulcérée par les "ego" des candidats primaires ou hors primaires. J'aime bien son discours sur l'Europe, seule solution à nos problèmes hexagonaux... Enfin, je trouve qu'il sort complètement du cadre des candidats stéréotypés qui se présentent à nos suffrages...
Par contre, je ne vois pas derrière ses propositions, de socle humaniste et républicain fondateur. Je n'ai pas retrouvé dans son discours de références à la lutte contre les inégalités (bien sûr, il y a des propositions sur la fiscalité) et à la justice sociale. Je n'ai pas ressenti, non plus, de vision sur l'école, la justice et le "bien vivre ensemble" dans notre société accessible, de nos jours, au populisme.
Nous manquons d'un homme politique qui nous fasse vibrer par un discours porteur d'espoir...
dimanche 11 décembre 2016
Pour y voir plus clair...
Notre-Dame-des-Landes : l’histoire de « la plus vieille lutte de France » en 6 actes
Alors que le gouvernement reporte l’évacuation de la ZAD, le conflit né de ce projet d’aéroport, vieux de cinquante ans, est peu à peu devenu un symbole de la contestation des grands projets d’aménagement.
LE MONDE |
Temporisation ou vrai revirement ? L’annonce par Matignon, vendredi 9 décembre, du report de l’évacuation de la « zone à défendre » (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantiques), occupée par des militants écologistes et anticapitalistes, marque dans tous les cas un nouveau rebondissement dans un feuilleton vieux de plus de cinquante ans.
C’est même « la plus vieille lutte de France », selon les mots de Dominique Fresneau, natif de la commune de 2 000 habitants et opposant historique au projet d’aéroport. Depuis près de cinquante ans, le dossier « NDDL » a changé de motifs, de partisans, d’époque, mais n’a cessé de cristalliser la contestation, pour devenir, peu à peu, le symbole, selon l’expression d’usage d’associations, des « grands projets inutiles et imposés », destructeurs de terres agricoles et naturelles.
Acte I : rêves de grandeur
Projet d’aménagement du territoire avant tout, l’idée d’un « aéroport du Grand Ouest » émerge dans les années 1960 de réflexions sur la décentralisation et le développement économique des régions. En 1965, la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (Datar) définit des « métropoles d’équilibre », qui viendraient contrebalancer l’hypercentralisation parisienne. Parmi celles-ci, Nantes-Saint-Nazaire.
D’après l’ouvrage de Jean de Leffe et de Robert Leggen, Dégage ! On aménage, (Le Cercle d’or, 1976), on parle déjà en 1966, dans des documents des chambres de commerce et de l’industrie de Nantes et de Saint-Nazaire, d’un « nouveau terrain à vocation internationale », qui permettrait à l’Ouest de devenir « la Ruhr du XXIe siècle ».
Dès 1970, c’est le site de Notre-Dame-des-Landes qui est retenu par l’Organisme régional d’étude et d’aménagement d’aire métropolitaine (Oream) et par la direction des bases aériennes. Un terrain plat, agricole et peu peuplé, composé de zones humides – dont l’importance écologique est alors ignorée – situé à une vingtaine de kilomètres au nord de Nantes. Des avions américains s’y étaient déjà posés en 1945.
La réalisation de l’aéroport est alors prévue pour 1985, avec des prévisions de 5 à 9 millions de passagers à l’horizon 2000 — alors que l’aéroport de Nantes-Atlantique atteignait 4,15 millions de passagers en 2014 seulement.
A Nantes, on rêve d’un aéroport tourné vers les Amériques, qui pourrait servir de base au Concorde. Le sénateur gaulliste et futur maire de Nantes, Michel Chauty, de retour d’un voyage d’étude sur les transports aériens aux Etats-Unis, imagine dans Presse Océan, en mai 1970, le développement du « Rotterdam aérien de l’Europe par la création d’un aéroport international de fret au nord de la Loire ».
Les habitants prennent alors connaissance du projet, et certains agriculteurs, craignant de voir leurs terres bétonnées, créent deux ans plus tard l’Association de défense des exploitants concernés par le projet d’aéroport (Adeca), le premier avatar de la contestation.
Acte II : demi-sommeil
Malgré cette prospective, le projet tombe dans un relatif oubli pendant plus de deux décennies. Parallèlement, une zone d’aménagement différé (ZAD) est créée en 1974. Elle permettra au conseil général de la Loire-Atlantique d’accumuler, par droit de préemption, de la réserve foncière, acquérant ainsi, jusqu’en 1988, 850 hectares sur les quelque 1 250 hectares prévus (qui deviendront ensuite 1 600 ha).
Chocs pétroliers, arrivée en 1989 du TGV à Nantes, trafic aérien balbutiant… Le projet ne suscite guère plus de passion. A peine ressurgira-t-il en 1994, à l’occasion d’un autre (très long) débat sur la construction d’un troisième aéroport parisien pour désengorger ceux d’Orly et de Roissy. L’occasion rêvée, pour les partisans d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, de ressortir cet « ancien » projet. A leur tête, le député PS et maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, défend alors cette opportunité « de raccrocher à l’Europe nos régions, qui se sentent à l’écart des grands flux économiques du continent ».
Acte III : le retour
C’est sous le gouvernement de Lionel Jospin, en 2000, que le projet ressort véritablement. Il s’inscrit dans les réflexions autour de la loi Voynet, ministre écologiste de l’aménagement du territoire, en faveur d’un rééquilibrage territorial. « La desserte aérienne des métropoles régionales est bien trop tributaire du passage par Paris », dit-elle à l’Assemblée nationale le 30 octobre 2000. Avec la « perspective de la saturation des aéroports parisiens », il faut renforcer ces métropoles, et à Nantes, déplacer l’aéroport de Nantes-Atlantique, créé au début des années 1960, « sur le nouveau site de Notre-Dame-des-Landes ».
D’après les opposants, c’est surtout M. Ayrault qui pousse à relancer cet aménagement, au moment où il entend lancer un grand chantier pour réhabiliter l’île de Nantes. « La DGAC [Direction générale de l’aviation civile] fait alors sa révision du plan d’exposition au bruit de l’aéroport existant, et selon ses prévisions, très surestimées, l’île serait en partie touchée par les nuisances. Ce qui gênerait la construction de nouveaux logements », explique la conseillère régionale EELV Geneviève Lebouteux, membre du CEDPA, Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.
Désormais, le maire de Nantes argue de son côté que ce projet permettrait d’éviter la saturation de l’aéroport Nantes-Atlantique, d’assurer la sécurité des Nantais, de créer « quatre mille emplois » et d’élever Nantes au statut de « ville de grands événements, de conventions ».
Après études préalables, s’ensuit un débat public entre 2002 et 2003. Il est rapidement jugé biaisé par les opposants, car n’envisageant, selon eux, aucun autre scénario crédible. Le projet est validé par arrêté ministériel en octobre 2003. Puis soumis à enquête publique en 2006 et 2007. La déclaration d’utilité publique est signée en 2008, pour un aéroport qui accueillerait à terme neuf millions de passagers, et dont le coût est estimé à 581 millions d’euros. En 2010, l’Etat signe avec Vinci un contrat de construction et de concession du futur aéroport pour cinquante-cinq ans. Les travaux doivent commencer en 2014, pour une ouverture en 2017.
Acte IV : la « guérilla » du bocage
Pendant ce temps, l’opposition s’organise. Dès 2000, l’Adeca est réactivée et l’Association citoyenne des populations concernées par le projet d’aéroport (Acipa) est créée. Voient ensuite le jour la Coordination des opposants, en 2004, le CEDPA, en 2009, ou encore le Collectif des organisations professionnelles agricoles indignées par le projet d’aéroport (Copain), en 2011.
Les premières fresques humaines — « Aéroport non » ; « Vinci dégage » — se dessinent dans le bocage ; des manifestants débarquent avec vélos, tracteurs et animaux à Paris ; des agriculteurs font une grève de la faim ; une chaîne humaine entoure sur 25 kilomètres la ZAD, la zone d’aménagement différé, bientôt rebaptisée « zone à défendre ».
Mais c’est en 2009 que la lutte contre l’aéroport prend un tournant décisif. Après une rencontre avec la revue Silence, les opposants « historiques » de Notre-Dame-des-Landes invitent le premier camp action climat français. Des centaines de militants y affluent. « Très rapidement, il y a une émulation énorme dans le camp. On perd un peu la main sur ce qui s’y passe, ce sont des individus très indépendants, tout se décide en AG », se rappelle Dominique Fresneau, de l’Acipa.
Défiance envers les médias, invention de nouvelles formes de lutte – avec par exemple une « brigade activiste des clowns » qui envahit joyeusement l’aéroport de Nantes – occupation, autogestion et mode de vie alternatif... Autant de traits qui préfigurent déjà l’ambiance de la future ZAD. Celle-ci s’étoffera peu à peu autour d’un noyau de quelques participants du camp qui demeurent sur place, occupant les terrains préemptés, sous tente, dans des cabanes ou des maisons laissées vides par le conseil général.
A l’automne 2012, c’est l’opération « César« : l’Etat tente, avec plus de mille gendarmes et policiers, d’évacuer les « zadistes ». Ces expulsions manu militari, les destructions de fermes et de cabanes, et surtout la « guérilla bocagère » qui s’ensuit, faisant de nombreux blessés, retiennent l’attention des médias. Erigée en symbole, la lutte dépasse les enjeux locaux, s’attirant la solidarité de nombreux habitants et agriculteurs opposants, et au-delà, des soutiens venus de toute la France et même d’Europe.
Le 16 novembre 2012, le président François Hollande réaffirme son soutien au projet. Le lendemain, une manifestation de « réoccupation » rassemble entre 13 000 et 40 000 personnes dans la ZAD, selon les estimations. Pour sortir de l’impasse, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, annonce une commission de dialogue. Celle-ci conclura, en avril 2013, à l’utilité du projet, tout en remettant en question ses mesures de compensation environnementale.
Acte V : dissonances gouvernementales
A plusieurs reprises, entre 2013 et 2015, le gouvernement annoncera l’attente des décisions de justice avant le lancement des travaux. Ce sera chose faite à l’été 2015, avec le rejet par la Cour de cassation des pourvois contre les ordonnances d’expropriation, puis le rejet, par le tribunal administratif de Nantes, des derniers recours contre les arrêtés préfectoraux autorisant les travaux, permettant de déroger à la loi sur l’eau, et de déplacer les espèces protégées.
En octobre 2015, la reprise des travaux est annoncée pour 2016. Les procédures d’expulsion reprennent, à l’encontre de onze familles et de quatre exploitants agricoles. Après une « pause » lors des élections régionales – qui voient arriver à la tête de la région des Pays de la Loire Bruno Retailleau (LR), fervent défenseur du projet –, ces expulsions sont confirmées, en janvier 2016, par le tribunal de grande instance de Nantes. Ce qui occasionne un regain de tensions à NDDL, où les opposants se préparent à résister sur le terrain.
Toutefois, le projet divise alors au sein du gouvernement. La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, souhaite le remettre à plat, tandis que la ministre du logement, l’écologiste Emmanuelle Cosse, y est opposée de longue date.
Ultime rebondissement, l’annonce faite par François Hollande, le 11 février, d’un référendum local. il est censé laisser la voie libre au futur chantier en cas de victoire du « oui » à la question qui sera posée le 26 juin : « Etes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport de Nantes-Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ? »
Acte VI : la consultation populaire ne règle rien
Rebondissement en février 2016 : François Hollande annonce un référendum local pour « [savoir] exactement ce que veut la population » sur le sujet. Contesté par les opposants à l’aéroport, quant au périmètre électoral retenu (le département) comme à sa formulation, le Conseil d’Etat donne finalement son feu vert. La consultation a lieu le 26 juin et les habitants de Loire-Atlantique approuvent à 55,17 % le projet d’aéroport.
Malgré cela, la cacophonie se poursuit au niveau du gouvernement : en octobre, la ministre de l’environnement, Ségolène Royal, appelle à « arrêter les frais » sur le sujet, en abandonnant le projet, tandis que Matignon confirme une évacuation prochaine de la ZAD. Mais le remaniement de début décembre, avec Bernard Cazeneuve nouveau premier ministre pour succéder à Manuel Valls, change temporairement la donne : l’évacuation est repoussée jusqu’à nouvel ordre, les services de Matignon invoquant un contentieux en cours avec la Commission européenne, qui reproche à la France de n’avoir pas respecté la règlementation concernant les effets cumulés de plusieurs chantiers, ainsi que la disponibilité des forces de l’ordre en plein état d’urgence.
samedi 10 décembre 2016
La guerre des 2 Marions...
- Rappelons que le prénom d'état-civil de Marine Le Pen est Marion...
- Dans la famille Le Pen, Marion joue en soloLa députée de Vaucluse, qui craint la concurrence de François Fillon, reste en marge de la campagne de sa tante, Marine Le Pen.LE MONDE | 09.12.2016
Florian Philippot a rendu un service involontaire à Marion Maréchal-Le Pen, sa concurrente au sein du Front national. Recadrée par sa tante Marine Le Pen, lundi 5 décembre, pour avoir défendu la fin « du remboursement intégral et illimité de l’avortement », la députée de Vaucluse a subi, quelques heures plus tard, les feux du vice-président du parti d’extrême droite. « Cette personne est seule, cette personne est isolée sur cette question. Ce qui compte, c’est ce que dit la candidate à la présidentielle, ce que dit le mouvement, ce que dit notre projet présidentiel : pas de remise en cause de l’IVG, remboursement total de l’IVG », a affirmé le bras droit de Marine Le Pen sur BFM-TV.« Seule », « isolée »… La charge est lourde, et a suscité une campagne de soutien en faveur de la jeune femme sur Twitter de la part de cadres locaux et de militants de la formation lepéniste. « Non aux diabolisations internes. Marion Maréchal-Le Pen n’est pas seule et isolée. Elle est un atout majeur de Marine pour 2017 ! », a par exemple écrit le président du groupe FN au conseil régional des Pays de la Loire, Pascal Gannat.Cette mobilisation est arrivée à point nommé pour la députée, qui donne parfois le sentiment de naviguer en solitaire et de jouer une partition en marge de la campagne menée par sa tante. Les mots d’excuses se sont multipliés ces dernières semaines. Mme Maréchal-Le Pen n’a pas assisté au discours de rentrée de la présidente du FN à Brachay (Haute-Marne), le 3 septembre, pour cause de « cousinade ».Elle n’était pas, non plus, à l’inauguration de « L’Escale », le siège de campagne de la candidate à la présidentielle, le 16 novembre, du fait d’un voyage prévu de longue date à Moscou. Enfin, elle a séché les deux réunions du conseil stratégique de campagne, bloquée à chaque fois, explique-t-elle, par des rendez-vous indéplaçables. La députée n’avait par ailleurs pas demandé à intégrer cet organe de direction. « Je ne suis pas dans l’initiative de la campagne. Je ne sais pas ce qui se trame dans les sous-sols de “L’Escale” », a-t-elle récemment expliqué à des proches. Son entourage cherche à l’excuser : « Elle n’a pas beaucoup de temps. L’Assemblée nationale s’arrête en février, elle a sa circonscription, le conseil régional de PACA, sa fille Olympe… »Ne pas alimenter la chronique des crispationsLa passe d’armes avec Florian Philippot couronne une exaspération croissante du côté de certains marinistes. Sur le plateau du « 20 heures » de TF1, mercredi, Marine Le Pen a reconnu « une petite friction ». MmeMaréchal-Le Pen a annulé sa participation à l’émission de Jean-Jacques Bourdin, vendredi, sur BFM-TV et RMC, pour ne pas alimenter la chronique des crispations. Une déclaration supposée de la jeune femme devant la presse parlementaire, le 23 novembre, dans laquelle elle aurait décrit le candidat de la droite François Fillon comme le concurrent « le plus dangereux pour le FN », a suscité l’ire de ses camarades.« Qu’elle le pense, d’accord, c’est un sujet de discussion pour nous tous. Mais ce qui est frappant, c’est de le dire. Ça traduit un état d’esprit », note un dirigeant frontiste.« Marion est dans une démarche opportuniste, juge un proche de Marine Le Pen. Elle n’est pas complètement en retrait, mais elle fait entendre sa petite musique. S’il y a un bon résultat à la clé, elle pourra dire qu’elle en était. Si c’est le contraire, elle rappellera qu’elle était restée en retrait. » Et de fustiger une « démarche personnelle, pour se poser en recours un jour ou l’autre ».« Petite musique efficace »Face à la presse parlementaire, Marion Maréchal-Le Pen a en fait déclaré que « le danger qu’on peut percevoir avec François Fillon, c’est une nouvelle escroquerie électorale, après celle de 2007 ». Et d’ajouter que le Sarthois jouait une « petite musique efficace » aux oreilles de la « droite hors les murs », cette mouvance identitaire portée par Philippe de Villiers et Eric Zemmour.C’est en réalité là que se trouve le véritable problème de la députée, qui compte se représenter aux législatives en juin 2017. Avec son cocktail de conservatisme, de catholicisme revendiqué et de libéralisme, l’ancien premier ministre bloque une partie du créneau politique de la jeune femme. Cette dernière reconnaît volontiers que le FN doit jouer de sa « dimension sociale » pour le contrer, et que les marges de manœuvre principales du parti se trouvent parmi les abstentionnistes. Elle plaidait encore, il y a quelques semaines, pour partir à la conquête des électeurs « de droite ».Pour autant, la jeune femme ne démord pas de sa ligne. « Jouer sur la question identitaire, c’est notre force. Il faut aller sur des sujets où Fillon n’ira jamais, comme la priorité nationale », avance-t-elle. Marine Le Pen semble avoir entendu sa nièce, puisqu’elle a défendu l’idée, jeudi, de barrer l’accès à l’école aux enfants étrangers en situation irrégulière.« Nous sommes gaulois. Mettez vingt mecs autour d’un banquet et ils se tapent dessus avec un poisson », a récemment assuré la présidente du FN, en petit comité, à propos de la rivalité qui se joue entre Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot. En d’autres occasions, la députée européenne précise aussi qu’elle « pense très très souvent la même chose » que son bras droit, avec qui la rencontre a été « humaine et intellectuelle ». Gare aux poissons.
vendredi 9 décembre 2016
Comment on manipule l'opinion...
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jeudi 8 décembre 2016
Un examen obligatoire de maths avant de devenir ministre ?
J'ai, à plusieurs reprises, repris les articles, bijoux d'humour, de Pierre Barthélémy. Encore une fois, il s'est surpassé dans celui ci-dessous. Il s'auto-désigne "Passeur de sciences" dans ses chroniques hebdomadaires du Monde daté du mercredi. (certains mots soulignés renvoient à un lien).
Ces ministres nuls en maths
ALORS que l’on s’émeut du niveau en mathématiques et en sciences des élèves français – moyen selon l’enquête PISA publiée mardi 6 décembre, en baisse inquiétante si l’on en croit l’étude Timss dont les résultats ont été rendus publics le 29 novembre –, il est une autre catégorie de population pour laquelle il convient carrément de tirer le signal d’alarme : les ministres et anciens ministres. L’affaire n’est pas nouvelle, comme on va le voir plus bas, mais elle prend des proportions affolantes puisque la dernière victime en date de cette épidémie de nullité en maths est un ancien ministre « de l’économie, du redressement productif et du numérique » (mais visiblement pas de la numération) et candidat à l’élection présidentielle de 2017, Arnaud Montebourg. Invité, ce mercredi 7 décembre, sur France Info, le socialiste, apparemment agacé d’être interrompu, lance la supplique suivante : « Si vous me le permettez, vous êtes trois, je suis seul. Laissez-moi une chance… » L’ennui, c’est que ses interlocuteurs étaient quatre, puisque, comme on peut le constater sur la vidéo ci-dessous, en plus de Jean-Michel Aphatie, de Guy Birenbaum et de Gilles Bornstein, se trouvait là Fabienne Sintes, la responsable de la matinale de France Info.
On pourrait, comme l’a fait Sylvain Chazot d’Europe 1, se demander si M. Montebourg « a un gros problème de vision périphérique » ou s’il « a tendance à oublier que les femmes aussi peuvent avoir une responsabilité », mais nous privilégierons très subjectivement la troisième hypothèse : Arnaud Montebourg serait la dernière victime en date de cette malédiction des maths qui a frappé tant d’hommes et de femmes politiques avant lui. L’un des plus beaux exemples date de 2011 et concerne celui qui n’était alors rien moins que ministre… de l’éducation nationale, Luc Chatel. Comme je l’ai raconté à l’époque dans un billet de mon précédent blog (que je vais allègrement recopier ici en hommage à Etienne Klein…), le ministre, invité à l’émission de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, devait résoudre un problème extrait du cahier d’évaluation des élèves de CM2 : « 10 objets identiques coûtent 22 euros. Combien coûtent 15 de ces objets ? » Le même Luc Chatel qui préconisait de faire faire 15 à 20 minutes de calcul mental chaque jour aux élèves de primaire, a répondu 16,50 euros (au lieu de 33). Un grand moment de solitude à regarder ici :
Passé la minute de rigolade, on tente de retracer le cheminement mental qui a pu conduire le ministre à ce nombre. On s’étonne en effet que, dans l’esprit d’un homme a priori éduqué, 15 objets puissent valoir moins que 10. Le fait que 16,50 soit la moitié de 33 nous donne cependant un indice : tout imprégné de la doctrine gouvernementale de l’époque Sarkozy qui obligeait à ne plus remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, Luc Chatel a là aussi tenté d’avoir plus avec moins. On pourrait essayer de trouver des excuses au ministre de l’éducation dans son curriculum vitae. En effet, comme nous l’apprend sa fiche Wikipedia, Luc Chatel est né en 1964. Il est donc allé à l’école primaire au début des années 1970, à une époque où l’expérience des maths modernes avait supprimé la bonne vieille règle de trois des manuels scolaires, remplacée par des tableaux de proportionnalité et le fameux produit en croix. Peut-être le ministre a-t-il fait partie de ces nombreux enfants perturbés par les notions assez abstraites des maths modernes… Peut-être. Cela dit, ayant obtenu par la suite une maîtrise de sciences de la gestion, il aurait dû finir par maîtriser cette technique mathématique élémentaire.
Examen complètement raté
Son prédécesseur au ministère de l’éducation nationale, Xavier Darcos, n’a, lui, pas l’excuse des maths modernes puisqu’il est né en 1947, mais il n’est pas plus à l’aise avec les enseignements de base. Lors d’une mémorable participation au Grand Journal de Canal Plus, il avait non seulement été incapable de répondre à une question sur le passé antérieur (alors qu’il était agrégé de lettres classiques et devait devenir académicien en 2013…) mais il avait aussi séché sur la règle de trois, mettant son ignorance sur l’habitude d’utiliser une calculatrice. Ce qui est stupide car ce ne sont pas les calculettes qui raisonnent mais bien la personne qui appuie sur les touches… Voici la vidéo de cet examen complètement raté :
A l’intention des ministres du nouveau gouvernement, voici donc un petit rappel sur la règle de trois. Reprenons la question posée à Luc Chatel : « 10 objets identiques coûtent 22 euros. Combien coûtent 15 de ces objets ? » La règle de trois, connue au moins depuis Euclide, dit que pour obtenir le nombre manquant, il faut multiplier 15 par 22 et diviser le tout par 10, ce qui fait 33. Une autre façon de faire, qui revient exactement au même mais peut mieux se comprendre, consiste à réduire à l’unité, c’est-à-dire à déterminer le prix d’un seul objet (en divisant 22 par 10, ce qui donne 2,2), puis à le multiplier par le nombre d’objets voulu : 2,2 fois 15 font bien 33. La même opération a été faite mais, dans le second cas, dans un autre ordre.
En 2011, Valérie Pécresse, pour sa part, n’était pas ministre de l’éducation nationale, mais de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ce ne sont donc pas les notions de mathématiques de CM2 qui lui ont posé des problèmes, mais celles de… classe de troisième. Il ne s’agissait plus de règle de trois mais de pourcentages d’augmentation appliqués à deux montants différents, que la ministre a indûment additionnés, comme la démonstration simple en a été faite par un professeur de mathématiques dans la vidéo ci-dessous. On ne saurait dire si l’erreur de Valérie Pécresse (formation HEC puis ENA…) est due à une déficience du raisonnement ou à de la malhonnêteté intellectuelle, étant donné qu’elle parlait, lors de la campagne des régionales en Ile-de-France, des hausses d’impôts votées par la gauche et qu’il valait sans doute mieux alourdir la barque de ses adversaires politiques…
Nul doute qu’à l’avenir les ministres réviseront leurs règles de trois ou leurs calculs de pourcentage avant de passer à la télé. Je suggère donc aux animateurs qui voudront les piéger de leur proposer un exercice célèbre mêlant les deux, connu sous le nom de paradoxe de la patate. (Non, le paradoxe de la patate ne parle pas des nuls qui deviennent ministres.) Pour un grand repas à l’Elysée, vous achetez 100 kilos de pommes de terre (le nouveau gouvernement aime les frites). Sur ces 100 kg, 99 sont de l’eau et le kilo restant est la masse de la matière sèche. Mais voilà, vos patates sont un peu trop gorgées de flotte et vous décidez de les faire sécher pour que la proportion d’eau descende d’un point, à 98 %. Une fois ce séchage effectué, quelle est la masse totale des patates ?
La tentation est grande de faire directement une règle de trois (98 fois 100 divisé par 99 = 98,99) mais le raisonnement est erroné parce que la masse totale diminue entre les deux étapes. Intéressons-nous plutôt à ce qui ne change pas, à savoir le kilo de matière sèche. Au départ, il représentait 1% des 100 kilos. Maintenant, il représente 2 % de la masse restante. Si ce kilo de matière sèche vaut 2 % du total, la règle de trois nous dit que l’eau vaut 98 % fois 1 kg divisé par 2 %, soit 49 kg. Au total, les pommes de terre ne pèsent donc plus que 50 kg. Aussi étonnant que cela puisse paraître, passer de 99 % d’eau à 98 % a fait perdre la moitié de la masse au tas de patates. Mais peut-être Luc Chatel, avec sa capacité à tout diviser par deux, trouverait-il le bon résultat ?
Pierre Barthélémy
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