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mercredi 7 juin 2017

Faut-il être optimiste ?

Le message d'optimisme de l'éditorial du Monde de ce jour mérite d'être nuancé...
Certes, des indicateurs économiques paraissent favorables et on aurait tort de ne pas les prendre en compte. Mais plusieurs sujets non évoqués nuancent l'optimisme affiché :
- l'entité "Union Européenne" n'est pas à la hauteur de ce qu'elle devrait être face à la Chine et les USA.
- le retrait annoncé de l'Amérique de Trump de l'Accord de Paris est, non seulement un désastre écologique, mais également de mauvaise augure pour l'économie mondiale dont on attendait beaucoup de sa reconversion pour faire face aux défis climatiques. 
- la montée des populismes, malgré leur recul en Hollande, Autriche et peut-être en France, n'est pas encore endiguée...
- la multiplication des actes terroristes fragilise la confiance des citoyens envers les pouvoirs censés les protéger...

De quoi nuancer la foi en une "décennie dorée"...


La zone euro nourrit l’espoir d’une « décennie dorée »
Editorial LE MONDE |   Après avoir traversé la pire crise de son existence, la zone euro voit tous ses indicateurs de confiance passer au beau fixe. La France pourrait avoir ainsi l’occasion pour combler l’écart de compétitivité avec l’Allemagne.

Dans les affaires, on appelle cela une valeur de retournement. Une entreprise qui a connu bien des difficultés mais va s’en sortir et retrouver une prospérité que la Bourse et les investisseurs croyaient et croient encore improbable. Il en va ainsi de la zone euro, dix ans après la crise américaine des « subprimes », ces prêts immobiliers à risques, qui déclencha la pire tempête financière que la planète ait connue depuis 1929.
C’est ainsi qu’il faut comprendre l’espoir de Philipp Hildebrand, ancien patron de la banque centrale de Suisse (BNS) et aujourd’hui vice-président du fonds d’investissement BlackRock, premier gestionnaire de capitaux au monde : interrogé par Bloomberg, il a estimé que l’union économique et monétaire était peut-être à l’aube d’une « décennie dorée ».
Regardons d’abord ce qui a été accompli. La zone euro a traversé la pire crise de son existence et a mis en place les conditions de sa survie. Les difficultés restent importantes en Grèce, mais la crise a perdu l’acuité qu’elle avait il y a deux ans, lorsque fut envisagé le « Grexit ». Les banques italiennes continuent d’avoir des créances douteuses considérables, qui pèsent sur l’économie.
Il n’empêche, progressivement, l’union monétaire se redresse. L’Espagne, au prix d’efforts considérables, a remis sur pied son industrie. Le Portugal repart enfin. La Finlande tourne la page de la récession. Les indicateurs de confiance sont au beau fixe dans toute la zone. Même le chômage, plaie de l’Europe continentale, recule. Il frappait en avril 9,3 % de la population, chiffre toujours beaucoup trop élevé, mais qui permet de retrouver le niveau de mars 2009.


Le contexte politique s’est retourné
Ce regain de compétitivité, fruit d’efforts sans précédent, a été accompagné par un contexte macroéconomique favorable. Extérieur, d’abord : la baisse des cours du pétrole, le recul de l’euro sur le marché des changes et la reprise globale qui s’annonce ; intérieur ensuite, avec la fin de l’austérité budgétaire qui avait été décidée au pire de la crise de l’euro, en 2011-2012, et la politique monétaire extrêmement accommodante menée par la Banque centrale européenne (BCE). Le triple effet pétrole-euro- taux s’estompe, car il dure depuis longtemps déjà. Mais la bonne tenue de la croissance montre que la zone euro commence à voler économiquement de ses propres ailes, sans avoir besoin de recourir à des produits dopants.

Enfin, et surtout, le contexte politique s’est retourné. Le Brexit, au lieu d’enclencher un effet domino, a conduit à endiguer, au moins provisoirement, la vague populiste. La reconquête a commencé avec la défaite du leader Geert Wilders aux Pays-Bas et s’est poursuivie avec la victoire d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle française. L’euroscepticisme obsessionnel qui frappait le Vieux Continent et les observateurs anglo-saxons, toujours prompts à jouer les cassandres sur l’euro, n’est plus de mise.
Reste à profiter de ce moment européen et français. Emmanuel Macron devrait avoir une majorité pour gouverner, ce qui rassure fortement les milieux économiques qui ont besoin de stabilité. Certes, la France continue d’avoir des déficits excessifs et l’effort d’assainissement n’a pas été suffisant, comme le notait récemment la Cour des comptes, mais elle a une occasion pour combler l’écart de compétitivité avec l’Allemagne, qui s’était creusé à partir de 2004. C’est la condition évoquée par Philipp Hildebrand pour que se réalise la « décennie dorée » qu’il prédit.





dimanche 21 juin 2015

Des lendemains difficiles...

Rappelons que le "Grexit", c'est la sortie de la Grèce de l'euro. Comme le titre l'article, ci-dessous, ce Grexit serait un échec pour l'Europe, mais évidemment aussi pour la Grèce. 
On a vu à l'oeuvre Tsipras, le premier ministre grec qui avait le soutien de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite française. Le peuple grec, en l'élisant, a dit non aux diktats, nous disait-on. La confrontation avec les réalités entraînèrent les premières reculades du gouvernement grec, qui voulait rester dans l'euro, au grand dam du FN. Aujourd'hui, il semble difficile d'apercevoir une solution et il y a de fortes chances que la Grèce doive sortir de la zone euro, au grand dam de l'extrême-gauche française... 
Le réveil sera très dur pour les Grecs, mais pas seulement pour eux...


Un « Grexit » serait un terrible échec pour l’Europe
LE MONDE | 20.06.2015

L’impensable pourrait arriver. Si lundi 22 juin au soir ou mardi 23 juin aucun accord n’est trouvé au Conseil de la zone euro, un désolant et redoutable processus de « Grexit » risque de s’enclencher. Ce scénario que seuls les plus à droite des conservateurs ou les plus anti-européens sur l’échiquier politique imaginaient est en train de se matérialiser. « Nous devons tout faire pour que les discussions puissent aboutir à un compromis, a affirmé François Hollande, vendredi 19 juin, à Bratislava, mais à un compromis fondé sur les règles européennes. » Mais d’Eurogroupes en Conseils européens dont il ne sort rien, le bras de fer avec Athènes, depuis cinq mois, a provoqué de telles animosités qu’on ne voit plus quelle dynamique politique permettrait d’espérer un accord.
Qui pourrait tirer bénéfice d’un défaut de paiement de l’Etat grec débouchant sur le « Grexit », la sortie de la zone euro ? Certains analystes et économistes assurent qu’il ne ferait pas courir de risque systémique à la zone euro, écartant une contagion sur les obligations souveraines espagnoles, portugaises, belges, italiennes ou françaises. Les investisseurs internationaux font la part des choses en se fiant à l’existence de l’union bancaire et du Mécanisme européen de stabilité. D’autres jugent qu’il vaudrait mieux une purge douloureuse mais rapide, estimant que la Grèce ne parviendra pas avant longtemps à se passer de l’aide internationale, qu’elle n’est pas prête à assainir son économie et qu’elle va rester à la charge des Européens.

La fin d’une certaine idée de la solidarité européenne
La vérité est que personne ne sait comment réagiront les marchés financiers quand le processus, inédit et sans doute long, du « Grexit » commencera à être enclenché. Ce qui est sûr, c’est qu’il abîmera un peu plus encore l’image et les fondements du projet européen. Quelle que soit la manière dont les chefs d’Etat justifieront leur position vis-à-vis du gouvernement d’Alexis Tsipras, on retiendra, selon les avis, que la zone euro a rejeté l’un des siens ou que l’un des siens s’est mis hors du jeu européen. Un terrible échec – dont les premiers à souffrir seront les Grecs eux-mêmes, déjà durement touchés par la crise.
L’idée que l’adhésion à l’euro est irréversible serait du même coup très sérieusement écornée. Comment alors expliquer politiquement aux Européens qui en doutent – et ils sont nombreux – que l’euro est une monnaie qui vaut des sacrifices et qu’ils ont intérêt à continuer d’y adhérer ? Comment continuer à convaincre les investisseurs internationaux que l’euro est une devise d’avenir ?
L’effet politique du « Grexit » ne serait pas moins dommageable. Pour des dirigeants européens qui ont bataillé pendant des mois, en 2010 et 2012, pour sauver la Grèce au prix de centaines de milliards d’euros, et qui lâcheraient prise aujourd’hui pour des sommes nettement moins importantes, l’image qu’ils donneraient serait celle d’une inconséquence politique et, avec elle, la fin d’une certaine idée de la solidarité européenne. L’impact en Grèce serait plus important encore. Portés par leur incontestable légitimité électorale, les dirigeants de Syriza ont choisi une forme d’intransigeance, repoussant des réformes impopulaires mais indispensables. Le prix politique et social serait considérable. La Grèce sombrerait dans l’inconnu alors qu’elle a tant besoin de réformes pour préserver son avenir.

lundi 13 octobre 2014

A voir sur Arte à partir de mardi soir


Aux origines du capitalisme

LE MONDE | 

Rarement on aura rendu aussi accessible, et passionnant, le décryptage du capitalisme et des idées qui gouvernent la « science économique ». En faisant tomber bien des mythes, cette série nous aide à comprendre les crises et les inégalités d’aujourd’hui.
Partir de la vie et des idées d’Adam Smith, David Ricardo, Thomas Malthus, John Maynard Keynes, Friedrich Hayek et Karl Polanyi était un pari de taille. Il est réussi tant la démonstration est patiente, claire, érudite. Chacun des épisodes nous emmène dans les villes où ces auteurs sont nés, dans les maisons où ils ont vécu, sur leurs tombes, et nous restitue l’époque, le milieu social, le contexte familial, social et historique qui les a entourés et influencés.
Le grand voyage peut ainsi commencer, car ces hommes qui ont inventé l’économie – du moins, croyaient-ils – ont raisonné, débattu, circulé, imaginé. Mais leurs idées – ou ce que l’on croyait être leurs idées – ont, plus encore, fait le tour du monde. Pas moins de vingt-deux pays sont visités durant ce parcours minutieux entre Histoire et présent, de Venise à Vienne, des campagnes anglaises aux villages d’Amazonie péruvienne en passant par l’Inde, Haïti, la Chine, Wall Street ou les côtes ghanéennes, point de départ de la traite des esclaves. Parallèlement, des archives montrent l’évolution des débats économiques au cours des dernières décennies. Une vingtaine de spécialistes internationaux apportent aussi leur éclairage : historiens, géographes, anthropologues, sociologues et bien sûr économistes tels les Français Robert Boyer et Thomas Piketty. Très bien ciselé, l’ensemble est réalisé avec un sens aigu de la pédagogie.

L’ORGUEIL DE LA RAISON
Nombre de mythes s’évanouissent : des concepts considérés comme naturels – le marché libre, le marché du travail, la « main invisible », etc. – reposent en effet sur de pures hypothèses ou des interprétations fausses, travesties ou bien sorties de leur contexte. Là n’est pas le plus grave : elles ont la prétention de faire de l’économie une science exacte, où le facteur humain comme la nature deviennent des marchandises comme les autres. Cet orgueil de la raison n’est pas innocent : il s’agit souvent de justifier a posteriori des situations, un ordre et des hiérarchies sociales et humaines, plutôt que de fonder un projet de société.
Ainsi, Adam Smith, dont l’œuvre majeure est la Théorie des sentiments moraux, parle de « l’intérêt personnel » comme d’un moteur légitime de l’action humaine dans son autre ouvrage publié La Richesse des nations. Mais il ne confond pas cette notion avec l’avidité ou l’égoïsme, comme des économistes tels que Milton Friedman ont pu le prétendre à la fin des années 1970 et au début des années 1980 pour justifier la dérégulation et le recul de l’Etat-providence. Smith s’est également inquiété le premier des conséquences de la division du travail sur le sort des ouvriers lors de la révolution industrielle, annonçant à l’avance la critique de Marx. Mais le documentaire ne serait pas aussi remarquable s’il n’allait pas encore plus loin que les textes.
Quel est le grand impensé, le fait que l’on accepte comme une norme, dans les premières théories du marché libre et du libre-échange, la colonisation et l’esclavage ? Ces œillères ne sont pas rien. Le documentaire nous apprend, à ce sujet, l’existence d’un autre penseur, injustement méconnu : un enfant esclave noir offert en cadeau par la compagnie des Indes orientales à un duc allemand – qui l’affranchira et l’élèvera dans l’aristocratie : Anton Wilhelm Amo, inscrit en 1727 à l’université de Halle Wittenberg – une première en Europe –, où il réussit deux doctorats, de droit et de philosophie. Si son œuvre a été moins conservée et moins connue, Amo a été le premier à écrire sur l’irrationalité profonde de la prétendue rationalité économique qui transformait les hommes en marchandises, et sur les dangers de séparer les réalités humaines et sociales des réalités économiques.

LA CONQUÊTE DES COLONIES
Les préjugés fondent nombre de théories. La monnaie aurait été créée par simple commodité dans les peuplades primitives pour éviter le troc ? En réalité, aucun anthropologue n’a jamais rencontré ce cas. Le documentaire nous emmène dans l’Amazonie péruvienne pour nous montrer que la répartition des biens dépendait originellement des relations de réciprocité sociale. La dette, elle, existait – les tablettes sumériennes en attestent –, comme la tradition biblique du jubilé qui consistait à annuler les dettes et à restituer les gages tous les cinquante ans. L’or volé par les conquistadors n’était pas, sur place, un moyen de transaction. C’est la conquête des colonies par des intérêts privés européens, se formant en véritables gouvernements locaux – précurseurs d’un capitalisme de conquête à crédit –, qui a importé cet usage. Et les équipages des navires, ne pouvant accéder à cet or pour être payés, ont reçu les terres conquises en tribut, et ont exploité à coups de fouets leurs habitants et leurs ressources.
Jusqu’au bout, la même description précise s’applique aux autres penseurs. Karl Marx publie en 1848 le Manifeste du Parti communiste, dans un climat de révoltes sociales. Il est alors plus un analyste du capitalisme qu’un théoricien de la société communiste du siècle suivant. Joseph Schumpeter montre que le capitalisme se renouvelle en permanence, décrivant un processus de « destruction créatrice ». Mais il se soucie peu des effets de la destruction. Keynes et Hayek s’opposent sur le rôle de l’Etat, le second étant marqué par la révolution bolchevique.
In fine, c’est avec la fille de Karl Polanyi – Kari Polanyi Levitt – qu’un hommage émouvant est rendu à cet auteur, sans doute le moins connu, et qui a pointé les risques humains, sociétaux et politiques de « désencastrer » l’économie des réalités humaines, environnementales et de la monnaie. Cette pensée, féconde pour réfléchir aux crises que nous traversons, conclut bien cette série, qui restera sans doute comme une contribution majeure à la réflexion économique et sociale.

« Capitalisme » de Ilan Ziv, six épisodes à partir du mardi 14 octobre à 20 h 50 sur Arte

lundi 18 août 2014

Jacques (Attali) a dit

Par hasard, à l'heure habituelle où je prépare le post du jour (hors été, c'est la veille...), j'ai regardé, ce matin, sur BFMTV, Jean-Jacques Bourdin interroger Jacques Attali. Je n'aime pas ce journaliste qui se donne en spectacle, arrogant et discourtois, mais j'apprécie les analyses de "Maître" Jacques. J'aime surtout ses intuitions et, plus encore, son inventivité et ses idées qui sortent des sentiers battus. L'homme est cultivé et expérimenté et JJ. Bourdin n'a pas eu son attitude prétentieuse habituelle, car il avait à faire à forte partie, l'autorité naturelle de JA empêchant les aboiements de roquet. Vous pourrez, je pense, retrouver cet entretien sur le site de BFMTV. Mais j'ai été tellement impressionné que je vous en livre, de suite, ce que j'ai pu en retenir.
JA pense que F. Hollande dispose de 3 semaines (12 septembre: présentation des grandes lignes du budget 2015) pour sauver, non seulement son quinquennat, mais surtout la France. Il pourfend les tenants des politiques de l'offre et de la demande. Depuis Sarkozy qui a endetté le pays (durant son quinquennat l'endettement de la France est passé de 60% à 100% du PIB), Hollande n'a pas pris de mesure pour renverser la tendance. Le déficit de la France est passé des sacro-saint 3% à bientôt 5%, ce qui montre que nous vivons à crédit et que c'est une politique de la demande qui a été mise en oeuvre, alors qu'une partie de la gauche pousse à la roue pour qu'une telle politique soit pratiquée (Frondeurs du PS, EELV, Front de Gauche, Montebourg...). Quand à la droite, qui brandit l'exemple des politiques "exemplaires" de la Grande-Bretagne et de l'Allemagne, JA rappelle que c'est dans la première qu'existe des contrats à 0 euro de rémunération (et que des régions entières sont dévastées par un chômage de grande ampleur) et que, dans la seconde, le salaire horaire peut descendre à 5 euros de l'heure. Si aucune décision n'est prise avant le 12/9, la France entrera dans le déclin et le chômage de masse comme l'Espagne, le Portugal et l'Italie. 

JA propose 5 mesures urgentes et importantes :
- ceux qui achèteront un bien immobilier dans les 2 prochaines années seront dispensés, dans l'avenir, de droits de succession sur ce bien;
- les entreprises qui investiront dans les 2 prochaines années bénéficieront d'avantages fiscaux;
- profiter de l'inflation zéro pour augmenter la TVA de 3 points. En contrepartie, diminuer les cotisations sociales salariales pour redonner du pouvoir d'achat aux Français;
- affecter 5 milliards d'euros sur les 32 milliards dépensés inefficacement par l'Etat dans la formation professionnelle et les affecter à un complément de salaire des chômeurs qui seront embauchés par les entreprises qui pourront les payer en dessous du smic;
- exiger, de l'Europe, des investissements importants (AA : grands travaux ?). S'il y a refus, la France et l'Allemagne d'un commun accord (nos voisins germaniques sont pour) mèneront cette politique de concert.

Mesures d'urgence faciles à prendre mais qui demandent une volonté politique faisant fi des critiques. Ce que veut un Président, c'est"marquer l'Histoire de son empreinte", quitte à prendre des décisions impopulaires...
Sortir de l'euro comme le préconise le FN, c'est "se tirer une balle dans le pied". En effet, l'idée, c'est de dévaluer le franc après le retour à la monnaie nationale. Mais les Français achèteront alors de l'euro (devenu monnaie étrangère et valeur-refuge pour eux) afin de se prémunir de la dévaluation (comme on achetait du dollar auparavant) et précipiteront, ainsi, la faillite de la France.

Les mesures préconisées ont l'avantage d'être énergiques et à effet immédiat, pas comme le pacte de responsabilité qui mettra du temps avant de produire, éventuellement, des effets (AA dixit).

lundi 9 juin 2014

Le Grand marché transatlantique (GMT) ou l'accord USA/UE de libre échange


 
Commentaires AA dans le texte

LA MONDIALISATION HEUREUSE, MODE D'EMPLOI
 
Raoul Marc Jennar et Renaud Lambert. Le Monde Diplomatique N°723 Juin 2014

Selon la secrétaire d’État française au commerce extérieur Fleur Pellerin, les débats autour du projet d’accord transatlantique souffriraient d’une présentation « inutilement anxiogène ». Alors, de quoi s’agit-il exactement ? Et quels sont les risques pour les populations ?

 

De quoi parle-t-on ? GMT, PTCI, TTIP, APT ou Tafta ?

Divers sigles et acronymes circulent pour désigner une même réalité, officiellement connue, en français, sous le nom de partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement (PTCI) et, en anglais, sous celui de Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP). Cette multiplicité d’appellations s’explique en partie par le secret des négociations (opacité destinée à donner confiance aux négociateurs), qui a entravé l’uniformisation des termes utilisés. Alimenté par la fuite de documents, le travail des réseaux militants a conduit à l’émergence de nouveaux acronymes : notamment Tafta en anglais (pour Trans-Atlantic Free Trade Agreement), qu’utilisent certaines organisations francophones (dont le collectif Stop Tafta) ; et grand marché transatlantique (GMT), en français.

De quoi s’agit-il officiellement ?

Le GMT est un accord de libre-échange négocié depuis juillet 2013 (mais les préparatifs ont commencé en 1990) par les Etats-Unis et l’Union européenne visant à créer le plus grand marché du monde, avec plus de huit cents millions de consommateurs.
Une étude du Centre for Economic Policy Research (CEPR) — une organisation financée par de grandes banques que la Commission européenne présente comme « indépendante  » — établit que l’accord permettrait de doper la production de richesses chaque année de 120 milliards d’euros en Europe et de 95 milliards d’euros aux Etats-Unis.
Les accords de libre-échange, tels que ceux parrainés par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), visent non seulement à abaisser les barrières douanières, mais également à réduire les barrières dites « non tarifaires » : quotas, formalités administratives ou normes sanitaires, techniques et sociales (et environnementales). En fait, il y a une dimension politique exprimée : il s'agit d'isoler la Russie, de contenir la Chine et d'empêcher, de ce fait, un accord Russie/Chine qui est, d'ailleurs, en train de naître... A en croire les négociateurs, le processus conduirait à une élévation générale des normes sociales et juridiques.

De quoi s’agit-il plus probablement ?

Créée en 1995, l‘OMC a largement œuvré à la libéralisation du commerce mondial. Toutefois, les négociations s’y trouvent bloquées depuis l’échec du « cycle de Doha » (notamment sur les questions agricoles). Continuer à promouvoir le libre-échange impliquait de mettre au point une stratégie de contournement. Des centaines d’accords ont ainsi été conclus ou sont en cours d’adoption directement entre deux pays ou régions. Le GMT représente l’aboutissement de cette stratégie : signées entre les deux plus grandes puissances commerciales (qui représentent près de la moitié de la production de richesse mondiale), ses dispositions finiraient par s’imposer à toute la planète.
La portée du mandat européen de négociation et les attentes exprimées par la partie américaine suggèrent que le GMT dépasse largement le cadre des « simples » accords de libre-échange. Concrètement, le projet vise trois objectifs principaux : éliminer les derniers droits de douane, réduire les barrières non tarifaires par une harmonisation des normes (dont l’expérience des précédents traités laisse penser qu’elle se fera « par le bas ») et donner des outils juridiques aux investisseurs pour casser tout obstacle réglementaire ou législatif au libre-échange. Par exemple : l'Europe veut qu'un accord donné par elle sur l'autorisation de mise sur le marché d'un médicament s'impose automatiquement aux USA; qu'il n'y ait plus de barrière imposée aux produits OGM importés en France. A signaler que pour tout ce qui est culture, le sujet n'est pas inclus dans la négociation ("exception culturelle" demandée par l'Europe). Bref, imposer certaines des dispositions déjà prévues par l’accord multilatéral sur l’investissement (AMI) (6) et l’accord commercial anti-contrefaçon (7) (en anglais Anti-Counterfeiting Trade Agreement, ACTA), tous deux rejetés sous l’impulsion des populations.

Quand le projet doit-il être réalisé ?

D’après le calendrier officiel, les négociations doivent aboutir en 2015. S’ensuivrait un long processus de ratification au Conseil et au Parlement européens, puis par les Parlements des pays dont la Constitution l’exige, comme en France.

Qui négocie ?

Pour l’Europe, des fonctionnaires de la Commission européenne. Pour les Etats-Unis, leurs homologues du ministère du commerce. Tous font l’objet d’importantes pressions de lobbys représentant, pour la plupart, les intérêts du secteur privé. Des syndicats, des organisations de consommateurs sont également impliquées, mais "moins bien entendus"

Quelles conséquences pour les Etats ?

Le GMT prévoit de soumettre les législations en vigueur des deux côtés de l’Atlantique aux règles du libre-échange, qui correspondent le plus souvent aux préférences des grandes entreprises. Les Etats consentiraient, à travers l’accord, à un abandon considérable de souve­raineté : les contrevenants aux préceptes libre-échangistes s’exposent en effet à des sanctions financières pouvant atteindre des dizaines de millions de dollars.
Selon le mandat de l’Union européenne, l’accord doit « fournir le plus haut niveau possible de protection juridique et de garantie pour les investisseurs européens aux Etats-Unis » (et réciproquement). En clair : permettre aux entreprises privées d’attaquer les législations et les réglementations, quand elles considèrent que celles-ci représentent des obstacles à la concurrence, à l’accès aux marchés publics ou à l’investissement.
L’article 4 du mandat précise : « Les obligations de l’accord engageront tous les niveaux de gouvernement. » Autant dire qu’il s’appliquerait non seulement aux Etats, mais également à toutes les collectivités publiques : régions, départements, communes, etc. Une réglementation municipale pourrait être attaquée non plus devant un tribunal administratif français, mais devant un groupe d’arbitrage privé international. Il suffirait pour cela qu’elle soit perçue par un investisseur comme une limitation à son « droit d’investir ce qu’il veut, où il veut, quand il veut, comme il veut et d’en retirer le bénéfice qu’il veut ».
Le traité ne pouvant être amendé qu’avec le consentement unanime des signataires, il s’imposerait indépendamment des alternances politiques.

S’agit-il d’un projet que les Etats-Unis ont imposé à l’Union européenne ?

Pas le moins du monde : la Commission, avec l’accord des vingt-huit gouvernements de l’Union européenne, promeut activement le GMT, qui épouse son credo libre-échangiste. Le projet est par ailleurs porté par les grandes organisations patronales, comme le Dialogue économique transatlantique (Trans-Atlantic Business Dialogue, TABD). Créée en 1995 sous l’impulsion de la Commission européenne et du ministère du commerce américain, cette organisation, désormais connue sous le nom de Trans-Atlantic Business Council (TABC), promeut un « dialogue fructueux » entre les élites économiques des deux continents, à Washington et à Bruxelles.

 

On l'aura compris, les citoyens doivent s'emparer du débat pour que l'accord ne soit pas exclusivement favorable aux monde économique, et particulièrement aux multinationales. De là à penser que si la mobilisation est suffisante, il ne soit jamais signé tel qu'il apparait aujourd'hui, beaucoup l'espèrent...

dimanche 10 novembre 2013

Sommes-nous plus avancés ?

 

L'intérêt de l'intervention de P Krugman (voir ci-dessous) réside dans le fait qu'il prend position contre la dictature des agences de notation. Peut-être que Standard and Poor's a raison, mais au moins, au-delà des prises de position politiques des uns et des autres, avons-nous un avis autorisé.

J'apprécie particulièrement que Krugman dise que l'agence n'a pas suffisamment d'éléments sur la réalité des finances françaises pour imposer sa conception de la situation française. 

D'autre part, la vision ultralibérale de l'agence lui enlève toute crédibilité pour juger les réformes entreprises par la France. On comprend très bien que si la France taillait dans ses dépenses sociales, la notation serait revue à la hausse... Mais qui souhaite, en France, une telle évolution?

A l'inverse, il ne faudrait pas que l'avis de Paul Klugman conforte F. Hollande dans la politique qu'il mène... Rappelons que la droite a montré ce qu'elle savait faire, les recettes du FN font plutôt sourire, celles du Front de gauche ne sont pas réalistes et le credo du gouvernement ne semble pas mener à la sortie de crise...

Alors, qu'est-qu'on fait ?

 

Perte du AA+ : le prix Nobel d'économie Paul Krugman défend la France

Le Monde.fr |

Le prix Nobel d'économie, l'Américain Paul Krugman, prend la défense de la France, dans une chronique sur son blog "La conscience d'un libéral" sur le site du quotidien américain New York Times, dont la note a été dégradée de AA+ à AA, vendredi 8 novembre, par l'agence de notation Standard and Poor's. "Ne prenez pas cette dégradation [de la note française] comme la démonstration que quelque chose ne va vraiment pas dans l'état de la France. Cela tient davantage de l'idéologie que d'une analyse économique défendable", estime-t-il.
"Les agences de notation n'ont aucune information particulière sur la solvabilité nationale — surtout pour de grands pays comme la France", argue Paul Krugman. Le prix Nobel d'économie pointe que Standard and Poor's n'a pas de connaissance en interne de l'état des finances françaises. Il note ainsi que les projections faites par le Fonds monétaire international (FMI) pour la France jusqu'en 2018 sont notamment meilleures que celles de la Grande-Bretagne. Selon le FMI, la France est un peu moins endettée que la Grande-Bretagne et l'écart entre les deux pays devrait se creuser.
Standard and Poor's justifie la dégradation de la note française par le fait que la France n'a pas procédé aux réformes nécessaires pour améliorer ses perspectives à moyen et long terme. Mais, souligne Paul Krugman, "que sait-on vraiment des réformes économiques qui générent de la croissance et quel pourcentage de croissance sera généré ? La réponse est pas grand chose !". "Je suis désolé, poursuit-il, mais quand Standard and Poor's se plaint du manque de réforme, il se plaint en fait de ce que Hollande augmente, plutôt que baisse, les impôts sur les plus hauts revenus, et qu'il n'est pas assez favorable, de façon générale, au libre-marché pour satisfaire les principes de Davos."

lundi 14 janvier 2013

Sur l'accord syndicat/organisations patronales


L'article suivant du Monde (12 janvier) est très engagé car il justifie entièrement l'accord passé vendredi...Le bloc-notes qui suivra cet article me permettra de nuancer...


Emploi: un accord presque historique

Enfin une bonne nouvelle pour François Hollande : alors que le chômage et la précarité explosent, les partenaires sociaux, au terme de trois mois de négociations qui ont mis en relief les divisions syndicales et patronales, ont abouti, vendredi 11 janvier, à un accord pour "un nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécuri sation de l'emploi ". "Un succès du dialogue social", s'est félicité M. Hollande, qui voit valider sa méthode sociale-démocrate fondée sur le compromis social.
L'accord qui devrait être signé par trois syndicats - CFDT, CFTC et CFE-CGC - et par les trois organisations patronales a l'imperfection de tous les compromis, mais il est équilibré, gagnant-gagnant. Aux entreprises, il apporte une meilleure sécurité juridique sur les procédures de licenciement et valide les "accords de maintien dans l'emploi" - prévoyant pour un maximum de deux ans baisses des salaires et du temps de travail en échange du maintien des effectifs - en cas de "graves difficultés conjoncturelles". Elles gagnent un surplus de flexibilité, mais celle-ci sera encadrée par des accords avec les syndicats.
Les salariés empochent des droits nouveaux : création d'une complémentaire santé, mise en place de "droits rechargeables à l'assurance-chômage" - un chômeur qui retrouve un emploi ne perd pas ses droits déjà acquis -, taxation d'une partie des contrats courts, encadrement du temps partiel, instauration d'un compte personnel de formation tout au long de la vie, entrée de salariés, "avec voix délibérative", dans les conseils d'administration des entreprises françaises de 5 000 salariés. Le compromis esquisse ainsi la sécurité sociale professionnelle réclamée par la CFDT et... la CGT.
M. Hollande n'a pas obtenu le "compromis historique" dont il rêvait il y a deux mois encore, la CGT et FO réfutant l'accord. Mais il s'agit tout de même d'un accord historique, une nouvelle étape dans les relations sociales. Dans un pays qui n'a pas une tradition de compromis et où le syndicalisme est faible, les signataires ont courageusement pris le risque de la réforme au lieu de s'accrocher à un statu quo mortifère. Laurence Parisot, la présidente du Medef, n'a pas tort de saluer "l'avènement d'une culture du compromis après des décennies d'une philosophie de l'antagonisme social".
"La CFDT a voulu rentrer dans la mêlée et a mis les mains dans le cambouis", a commenté Laurent Berger, le nouveau secrétaire général de la CFDT, qui parle d'un accord "ambitieux". Ce compromis va légitimer le syndicalisme réformiste et le dialogue social, si bien que la stratégie de la CGT et de FO pourrait s'avérer perdante. La première tourne le dos à la mutation réformiste entreprise par Bernard Thibault depuis quatorze ans, essayant d'effacer les dégâts de sa crise de succession par une fuite en avant radicale. La seconde, qui a joué le jeu de la négociation, perd l'occasion de disputer à la CFDT le rôle d'interlocuteur privilégié du gouvernement.
Alors qu'elles n'arrivent pas à mobiliser des salariés plus inquiets en raison de la crise que combatifs, la CGT et FO vont guerroyer contre l'accord. Mais il y a peu de chances pour que se rejoue l'épisode de 1984, quand les bases syndicales avaient empêché leurs directions de signer - déjà ! - un accord sur... la flexibilité.
Il reste au gouvernement à respecter sa promesse et à transposer dans la loi ce texte signé par trois syndicats. M. Hollande s'est déjà engagé à "transcrire fidèlement les dispositions d'ordre législatif prévues dans l'accord". Jean-Marc Ayrault a tenu le même langage. Et Harlem Désir, au nom du Parti socialiste, a apporté son soutien. Mais le plus dur est à venir : obtenir des élus socialistes le même respect de la démocratie sociale.

dimanche 16 décembre 2012

L'UE sauvée?


Le grand bond en avant de l'union bancaire

L'Europe s'ingénie à emprunter les chemins apparents de la technocratie. La mise en commun du charbon et de l'acier, en 1950, pouvait apparaître comme un obscur accord entre maîtres des forges européens. Il s'agissait d'un saut politique majeur, qui rendait la guerre entre la France et l'Allemagne " matériellement impossible " et amorçait une intégration européenne irréversible.
Il en est de même de l'union bancaire, décidée jeudi 13 décembre à l'aube par les ministres des finances des Vingt-Sept. Cette décision marque un bond en avant, qui vise à rendre, non pas la guerre, mais la mort de l'euro impossible.
Après l'invention, en 2010, de fonds de solidarité européens, pour voler au secours des Etats en difficulté, les Européens viennent de corriger une deuxième faille de construction du traité de Maastricht : la vulnérabilité de l'union économique et monétaire aux crises bancaires.
A l'époque, nul n'avait prévu que l'interpénétration des marchés financiers et des établissements de crédit deviendrait telle qu'elle permettrait à un pays représentant 2 % de la richesse de l'Union - la Grèce - de faire sombrer toute la zone euro.
De sauvetage en renflouement, l'Europe est entrée dans un cercle vicieux : après la faillite de l'américaine Lehman Brothers en 2008, les Etats ont dû recapitaliser les banques et se sont endettés ; les banques, qui ne se faisaient plus confiance, ont acheté les obligations émises par ces Etats surendettés. Ajoutons-y la bulle immobilière, les déficits publics et de compétitivité européens : in fine, nul ne savait s'il serait remboursé.
Lorsque les banques espagnoles ont menacé de sombrer, au printemps 2012, l'idée d'une union bancaire s'est imposée : pour se sauver eux-mêmes, les Européens épargnés par la crise devaient renflouer directement les établissements en faillite. Les Allemands ont exigé à juste titre une surveillance préalable des établissements de crédit par la Banque centrale européenne (BCE). Cette première étape vient d'être franchie. A partir du 1er mars 2014, toutes les banques européennes seront supervisées par la BCE, et celles qui seront secourues le seront dès 2013.
La supervision n'est qu'un préalable, qui doit s'accompagner d'un mécanisme européen de gestion des crises et de renflouement. Cette deuxième étape sera elle aussi délicate à mettre en place. Y compris pour la France : si la place de Paris accepte l'autorité du gouverneur de la Banque de France lorsqu'il exige la fusion de deux banques françaises ayant commis des errements, il n'est pas sûr qu'elle y consente aussi facilement lorsque la décision sera prise à Francfort. Demain, l'affaire Kerviel-Société générale sera réglée à Francfort. Ce pas est considérable.
La troisième étape consiste à instaurer une garantie des dépôts européens. Il s'agirait du couronnement de l'union bancaire. Elle est souhaitable, mais refusée par Berlin. Elle est lointaine, aussi lointaine que l'Union fédérale.

Editorial Le Monde 14/12/12

samedi 3 novembre 2012

Une voix différente...

AA: Baisser les coûts salariaux pour reporter la charge ainsi libérée sur d'autres impôts (c'est ce que signifie "choc de compétitivité"), n'aurait aucune influence sur la croissance et donc l'emploi, nous dit l'économiste réputé, ci-dessous. L'argumentation est solide...Alors que faire?


© Le Monde 30/10/2012
 
La fausse promesse du "choc de compétitivité"


"Choc de compétitivité", l'expression est bien inventée et bien dans l'air du temps : loin de l'idée ancienne que l'Etat doit protéger les populations contre les chocs externes, c'est lui qui doit en administrer, et ces chocs sont, désormais, considérés comme positifs, tels les électrochocs appliqués aux dépressifs graves. Quant à la compétitivité, terme transféré du vocabulaire des entreprises à la macroéconomie où elle n'a pas de sens, elle apparaît comme la face présentable de la compétition, qui ne vise pas à améliorer la vie de la population mais à réduire les coûts salariaux. Comme le choc de compétitivité est censé produire des emplois et de la croissance, il est nécessaire d'examiner la plausibilité de cette promesse au regard des connaissances économiques actuelles.


Le dernier exemple de choc de compétitivité massif en France est la déflation menée par Pierre Laval en 1935, qui a baissé toutes les dépenses de l'Etat, en particulier les salaires des fonctionnaires, pour provoquer une baisse générale des salaires et des prix et relancer l'économie par l'exportation. A l'époque, le taux de change du franc était fixe, et comme tous les autres pays avaient dévalué leur monnaie afin de relancer leurs exportations, le taux de change réel du franc était surévalué d'environ 20 %, assez pour conduire à l'effondrement des exportations. Décidée pour éviter une dévaluation du franc, la déflation Laval a aggravé la crise en France alors que l'Europe connaissait une reprise générale... Et la dévaluation du franc eut tout de même lieu à la fin de l'année suivante. Malgré la substantielle reprise qui s'ensuivit, la France fut le seul pays dont le revenu par habitant de 1939 ne dépassa pas celui de 1930.


Examinons les avantages et les inconvénients d'un choc qui se traduirait par la réduction des charges sociales, et donc du coût du travail payé par les entreprises, et par la baisse de niveau de vie des salariés, grevé par l'impôt nécessaire au financement de cette réduction. Du côté des avantages, la réduction des coûts permettrait aux entreprises de réduire leurs prix ou d'accroître leurs marges. Si elles choisissent d'augmenter leurs marges, l'effet sur l'activité sera négatif. Dans le contexte de menace de récession, rien ne garantit que l'investissement en sera accru. Et même si elles réduisent les prix, la baisse de la demande en France, conséquence de la baisse du pouvoir d'achat, devrait faire stagner les ventes en France.
En Europe, nombre de pays s'engagent dans des politiques similaires, de telle sorte que leurs efforts s'annuleront mutuellement, la guerre des coûts salariaux ne bénéficiant à personne en l'absence de hausse des ventes. C'est, d'ailleurs, là, la grande différence avec les gains de compétitivité obtenus par une entreprise face à ses concurrentes, car ces gains n'affectent pas la demande globale. Seule l'exportation hors d'Europe devrait bénéficier de la mesure, et relancer l'activité. Cette relance sera modeste, car les exportations hors de la zone euro ne représentent qu'une minorité de nos exportations, celles qui ne sont pas les plus sensibles aux prix. En outre, la baisse des prix en devises de nos exportations pourrait être obtenue aussi facilement par une baisse de l'euro. Certes, le taux de change de l'euro flotte et ne peut être dicté, mais la Banque centrale européenne parviendrait à le faire baisser si elle le souhaitait.

On peut objecter que les deux mesures ne sont pas identiques : la baisse des charges bénéficie aux entreprises de main-d'oeuvre, ce qui fait espérer des créations d'emplois. Mais - et c'est là que le bât blesse - la grande industrie exportatrice, censée être la bénéficiaire principale de ces mesures, a une structure de coûts dans laquelle la main-d'oeuvre pèse relativement peu par rapport aux investissements; elle emploie une main-d'oeuvre qualifiée, pour laquelle le chômage est d'ores et déjà faible et ses usines les plus gourmandes en main-d'oeuvre sont délocalisées depuis longtemps...
Si l'objectif du choc de compétitivité est de faire baisser les salaires pour réconcilier le gouvernement avec le patronat ou pour réduire le chômage par simple remplacement des machines par des salariés peu qualifiés, il faut le dire. C'est une méthode qui peut aider à réduire le chômage à défaut d'améliorer la vie des chômeurs, comme la face cachée du " succès " allemand en témoigne.

A l'inverse, on peut élever le niveau de qualification des chômeurs et des salariés à bas salaires pour les rendre plus employables, plus adaptables, plus productifs, et investir dans la recherche et l'innovation pour accroître nos exportations malgré des salaires accrus. On peut aussi, en coordonnant les politiques européennes, rééquilibrer les échanges intra-européens par le haut en relançant la demande allemande par des hausses de salaires tout en maintenant la demande dans l'Europe du Sud au lieu de la lancer dans la course à la déflation salariale. Alors, les investissements réalisés porteront leurs fruits et la croissance européenne repartira. Sans choc de compétitivité.


Pierre-Cyrille Hautcoeur
Ecole d'économie de Paris, EHESS



AA: y a-t-il une politique économique susceptible de diminuer l'endettement de la France et de maintenir, voire augmenter, la consommation et donc induire une croissance créatrice d'emplois? Quelques éléments:
- L'Europe doit-elle maintenir l'exigence de déficits limités à 3% pour 2013? Pour un pays comme la France qui a décidé, contrairement aux autres pays, de ne pas sabrer dans les dépenses publiques (leur diminution est relativement peu importante), tout en taxant fortement les Français (avec une certaine progressivité), on ne sait pas quel sera le résultat. S'il n'est pas bon, politiquement, Hollande devra prendre des mesures, telle que celle de sacrifier son 1er ministre. Mais la meilleure solution ne serait-elle pas de reporter l'objectif des 3% à 2014? Décision collective à prendre à Bruxelles...
- L'Europe ne devrait-elle pas cesser cette concurrence malsaine entre ses membres? L'Espagne a maintenant des coûts salariaux inférieurs à ceux de l'Allemagne et la France...De même la concurrence fiscale est un leurre...
- Faute d'investir suffisamment dans la recherche, l'innovation et l'enseignement, l'écart se creuse avec les pays scandinaves et l'Allemagne. C'est le rôle fondamental de l'Etat de procéder à une mobilisation générale sur ces objectifs.
- Quelle est la philosophie politique de l'Europe? L'Europe doit-elle continuer sur la voie de l'ultra- libéralisme économique? Quel rôle pour la puissance publique nationale? Pour l'Europe? Cela mériterait d'être mis à plat...
- 2 chantiers sont insuffisamment poursuivis: celui des grands travaux (comme le canal Seine-Nord) et celui de la croissance verte.

vendredi 17 août 2012

Des économistes en appellent à la raison



Plus de quatre ans après le début de la crise financière, les grandes économies du monde restent profondément déprimées, dans un scénario qui rappelle trop celui des années 1930. Et la raison est simple : nos décideurs ont les mêmes idées que celles qui ont guidé la politique dans les années 1930.


Le moment est donc venu d’un Manifeste dans laquelle des économistes proposent une analyse fondée sur des faits. Parmi les signataires, des grands noms de la profession : Krugman, Layard, Hodgson, Wyplosz…




Traduction de quelques passages :


Les causes


De nombreux décideurs estiment que la crise a été provoquée par l’emprunt public irresponsable. A quelques rares exceptions près - autres que la Grèce -, c’est faux. En réalité, les conditions de la crise ont été créées par les emprunts du secteur privé, y compris l’effet de levier des banques. Ainsi, les importants déficits publics que nous voyons aujourd’hui sont une conséquence de la crise, et non sa cause.


La nature de la crise


Lorsque les bulles immobilières ont éclaté des deux côtés de l’Atlantique, de nombreux agents privés ont sabré dans leurs dépenses afin de tenter de rembourser leurs dettes passées. Il s’agissait d’une réponse rationnelle de la part de ces personnes, mais - tout comme dans les années 1930 - elle s’est avérée collectivement autodestructrice, parce que les dépenses d’une personne constituent les revenus d’une autre personne. Le résultat de la réduction des dépenses de consommation a été un effondrement économique engendrant une hausse des dettes publiques.


Ce que serait une politique appropriée


À une époque où le secteur privé est engagé dans un effort collectif pour dépenser moins, les politiques publiques devraient agir comme une force stabilisatrice, en essayant de soutenir les dépenses. À tout le moins nous ne devrions pas aggraver les choses par de larges coupes dans les dépenses publiques, ou de fortes augmentations des taux d’imposition sur les gens ordinaires. Malheureusement, c’est exactement ce que de nombreux gouvernements sont en train de faire.


La grande erreur


Après avoir répondu ainsi à la première phase, la plus aiguë de la crise, les idées couramment admises [conventional policy wisdom] ont pris un mauvais virage politique - en se concentrant sur les déficits publics, qui sont pourtant une conséquence du plongeon de l’activité. De plus, cette pensée fait valoir que le secteur public devrait tenter de réduire ses dettes en tandem avec le secteur privé. En conséquence, au lieu de jouer un rôle stabilisateur, la politique budgétaire a fini par renforcer et exacerber les effets récessifs des coupes dans les dépenses du secteur privé.


Comment ceux qui soutiennent les politiques actuelles répondent-ils à nos arguments ? Ils utilisent deux arguments très différents à l’appui de leur cause.


La confiance


Leur premier argument est de dire que les déficits publics vont entraîner une hausse des taux d’intérêt.


Mais il n’existe aucune preuve en faveur de cet argument. Tout d’abord, malgré des déficits exceptionnellement élevés, les taux d’intérêt sont aujourd’hui tombés à de bas niveaux sans précédent dans tous les grands pays où il y a une banque centrale qui fonctionne normalement. Cela est vrai même au Japon où la dette publique dépasse désormais 200% du PIB annuel ; la dégradation de la dette japonaise par les agences n’a eu aucun effet sur les taux d’intérêt japonais. Les taux d’intérêt ne sont élevés dans certains pays de la zone euro que parce que la BCE n’est pas autorisée à agir comme prêteur de dernier ressort au gouvernement. Ailleurs, la banque centrale peut toujours, si nécessaire, financer le déficit.


En outre, le FMI a étudié 173 cas de compressions budgétaires dans différents pays et a constaté que le résultat est conforme à ce que nous avançons. Dans les rares cas où la consolidation budgétaire a été suivie d’une croissance du PIB, cette évolution s’expliquait principalement par une forte dépréciation de la monnaie [baisse du taux de change], ce qui n’est possible aujourd’hui. La leçon de l’étude du FMI est claire - les coupes budgétaires retardent la reprise. Et, d’ailleurs, c’est ce qui se passe aujourd’hui - les pays où les coupes budgétaires ont été les plus importantes sont ceux où la récession est la plus forte.


Car la vérité est, comme on peut le voir actuellement, que les coupes budgétaires n’inspirent pas confiance aux entreprises. Les entreprises n’investiront que si elles ont suffisamment de clients disposant d’un revenu suffisant. En réalité, l’austérité décourage l’investissement.


Il existe donc des preuves massives à l’encontre de l’argument selon lequel les coupes budgétaires, en réduisant les déficits, engendreraient la confiance des entrepreneurs et des consommateurs.


L’argument structurel


Un deuxième argument pour s’opposer aux déficits publics consiste à dire que la production est en fait limitée du côté de l’offre, en raison de déséquilibres structurels [les entreprises ne pourraient embaucher à cause de la législation, les marchés ne seraient pas suffisamment concurrentiels, etc.].


Si cette théorie était juste, cependant, au moins certaines parties de nos économies devraient être au maximum de leurs capacités, au moins pour certaines professions. Mais dans la plupart des pays, ce n’est tout simplement pas le cas. Tous les secteurs majeurs de nos économies sont en difficulté, et chaque profession a un chômage plus élevé que d’habitude. Donc, le problème doit être un manque général de dépenses et de la demande [et non pas d’adaptation des marchés du travail aux besoin des entreprises].


Dans les années 1930, le même argument structurel a été utilisé contre les politiques de dépenses menées aux États-Unis. Cependant, on observe que comme les dépenses publiques ont augmenté entre 1940 et 1942, la production a augmenté de 20%. Cela prouve que, dans les années 1930 comme aujourd’hui, le problème était un manque de demande, pas d’insuffisance de l’offre.


En raison de leurs idées fausses, de nombreux décideurs occidentaux sont en train d’infliger des souffrances massives à leurs peuples. Les idées qu’ils défendent sur la façon de lutter contre les récessions ont été rejetées par presque tous les économistes, après les désastres des années 1930. Au cours des quarante années ou à peu près qui ont suivi, l’Ouest a connu une période sans précédent de stabilité économique et de faible chômage.
Il est tragique qu’au cours des dernières années les vieilles idées aient à nouveau pris racine. Mais nous ne pouvons plus accepter une situation dans laquelle les craintes erronées de hausse des taux d’intérêt pèsent plus fortement dans les décisions politiques que les horreurs du chômage de masse.

Les meilleures politiques qui devront être adoptées seront certes différentes selon les pays et elles nécessiteront dans chaque cas un débat approfondi. Mais elles doivent être fondées sur une analyse correcte du problème. Par conséquent, nous demandons instamment à tous les économistes et aux autres personnes qui sont d’accord avec l’orientation générale de ce Manifeste de manifester leur accord, et de soutenir publiquement l’idée d’une approche plus saine de l’économie. Le monde entier souffre quand les hommes et les femmes restent silencieux à propos de ce qu’ils savent être faux.



Gilles Raveaud est maître de conférences en économie à l'Institut d'Etudes Européennes de l'université Paris 8 Saint-Denis. Après sa thèse à l'université Paris 10 Nanterre, il a effectué un post-doctorat à l'université Harvard (Etats-Unis). Il a contribué aux ouvrages Petit Bréviaire des idées reçues en économie (La Découverte) et Douze économistes contre le projet de constitution européenne (L'Harmattan). Il est membre du comité de rédaction de la revue L'Economie Politique.







samedi 7 avril 2012

Récession, pouvoir d’achat : Nicolas Sarkozy invente une exception française


Blog "Les décodeurs" Le Monde.fr
30 mars 2012

"La France est le seul pays à ne pas avoir connu la récession depuis 2009 et le seul pays qui a connu chaque année une hausse de pouvoir d'achat."

C'EST FAUX

Ce qu'il a dit : "Il y a un pays occidental, un seul, qui depuis le deuxième trimestre 2009 n'a pas connu la récession, c'est la France. Il y a un seul pays qui, depuis 2007, a connu chaque année une augmentation du pouvoir d'achat des Français, c'est la France." Nicolas Sarkozy, au micro d'Europe 1, vendredi 30 mars.

Pourquoi c'est faux ?
La tentation de l'exception. A moins d'un mois du premier tour de la présidentielle, Nicolas Sarkozy a profité de son passage sur Europe 1 pour annoncer des chiffres positifs sur la baisse du déficit, plus forte que prévu même si la dette, elle, se creuse de manière plus importante. Et le président-candidat en a profité pour vanter son bilan économique, quitte à l'enjoliver quelque peu.

1/ Une dizaine de pays de l'OCDE n'ont pas non plus connu de récession depuis 2009

M. Sarkozy a déjà par le passé cédé à cette tentation, qui consiste à assurer que la France est le "seul pays en Europe" à connaître une situation moins défavorable qu'ailleurs. Cette fois, l'adage s'applique à la récession.
On définit la récession par deux trimestres consécutifs de croissance négative du produit intérieur brut (PIB). La France a connu un tel épisode en 2008, avec quatre trimestres négatifs d'affilée. Depuis, notre pays a connu quelques trimestres de croissance négative, mais jamais deux d'affilée, même si la chose a failli survenir fin 2011. Jusqu'ici, Nicolas Sarkozy a donc raison.
Mais dire que la France est le seul pays occidental à être dans ce cas est tout bonnement faux. Le tableau ci-dessous, extrait de la base de données de l'OCDE, présente la croissance du PIB par trimestre dans un certain nombre de pays occidentaux.
Et il est aisé de constater que l'Autriche, le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Allemagne, la Pologne, la Slovaquie, la Suède, la Suisse, la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis n'ont pas non plus connu deux semestres d'affilée de croissance négative, donc de récession, depuis le deuxième semestre 2009.
De même, la France n'est pas le seul pays à n'avoir connu qu'un seul trimestre de croissance négative depuis cette date, puisque c'est aussi le cas de l'Allemagne ou des Etats-Unis, tandis que la Pologne ou la Suisse n'en ont pas connu du tout.


La France n'est donc pas seule. Et la chose s'applique également à la seconde affirmation de M. Sarkozy, sur le pouvoir d'achat.

2/ Le pouvoir d'achat n'a augmenté "chaque année" depuis 2007 en France que globalement, pas par ménage

M. Sarkozy assure par ailleurs que depuis 2007, le pouvoir d'achat est en hausse constante en France. Or, ce n'est vrai qu'en comptant d'une certaine manière.
Comme nous l'avions déjà expliqué, le pouvoir d'achat est calculé par l'Insee "au sens du revenu brut disponible des ménages" (RBD). En clair, les revenus moins les prélèvements obligatoires. Ce qu'on mesure ensuite, c'est la variation de ce ratio. S'il augmente plus vite que l'inflation, il y a croissance du pouvoir d'achat.
Si l'on s'en tient à ce chiffre, M. Sarkozy a raison : le pouvoir d'achat du RBD a augmenté de 3% en 2007, 0,4% en 2008, 1,3% en 2009 et de 0,8% en 2010, et 0,4% en 2011, selon l'Insee.
Mais cet indicateur est quelque peu trompeur. Car il ne tient pas compte du facteur démographique : la population française croît (1,7 million de personnes depuis 2007, selon l'Insee), et avec elle le revenu des ménages. C'est pourquoi on tend à calculer le pouvoir d'achat en le ramenant à chaque ménage.
Et si on fait ce calcul, les résultats sont différents : le pouvoir d'achat par ménage a reculé par deux fois, en 2008 (-0,6%) et en 2010 (-0,2%).


3/ D'autres pays d'Europe ont connu une croissance continue de leur pouvoir d'achat

Reste la comparaison européenne. Elle n'est pas évidente à établir car tous les pays ne comptabilisent pas le pouvoir d'achat de la même manière. On peut cependant se baser sur un indicateur de l'office européen de statistiques Eurostat : l'évolution du revenu disponible net des ménages et des associations (en euros), qui correspond aux revenus moins les prélèvements obligatoires.




En prenant ces chiffres d'Eurostat sur le revenu disponible, il suffit de faire le calcul des variations d'une année sur l'autre pour obtenir un indicateur qui, sans être l'exact reflet du pouvoir d'achat, permet au moins de constater si d'autres pays que la France augmentent en continu durant ces années, en l'occurrence jusqu'en 2010, dernière date disponible auprès d'Eurostat. Et c'est le cas dans quatre pays autres que la France : Belgique, Danemark, Slovaquie et Finlande.
On peut recouper ce raisonnement avec un autre indicateur : l'évolution du PIB par habitant en standard de pouvoir d'achat. Là aussi, si la France connaît une hausse, elle n'est pas seule. D'autres pays (Belgique, Slovaquie...) connaissent une hausse continue. Une fois encore, notre pays n'est pas donc pas seul au monde, contrairement à ce qu'aimerait faire croire Nicolas Sarkozy.
Samuel Laurent